PMO : « Reproduction artificielle « pour toutes » : le stade infantile du transhumanisme »

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Pièces et main d’œuvre

Reproduction artificielle « pour toutes » :
le stade infantile du transhumanisme

 

Texte paru sur le site de Pièces et main d’œuvre le 17 juin 2018 

 

« Nous sommes partisans d’accorder aux individus une large marge de manœuvre dans le choix des modalités liées à leur épanouissement personnel. Cela inclut l’usage de techniques qui peuvent être développées pour assister la mémoire, la concentration, et l’énergie mentale ; les thérapies permettant l’extension de la vie ; le choix des techniques de reproduction ; les procédures de cryoconservation ; ainsi que toute autre forme possible de modification et d’amélioration technologiques de l’être humain[1]. »

Humanity +, association mondiale transhumaniste

 

« La femme a joué de tout temps un rôle très important dans la survie de l’espèce humaine.
Tout homme, sans elle, serait un orphelin. »

Alexandre Vialatte

 

 

En 2013, un gouvernement socialiste en quête de diversion sociétale et de soutien à gauche légalise le mariage homosexuel, réservant l’ouverture de la PMA aux lesbiennes et aux femmes seules, comme une poire pour la soif, pour une future nécessité. Vif scandale des métropolitains, des journalistes, des militants LGBT et des milieux culturels et intellectuels postmodernes – des gens, aussitôt démonisés, osent s’interroger ou penser autrement ! « Réactionnaires », « homophobes », « droitistes-voire-pire », « France profonde » (ploucs), « catholiques ». Un déchaînement de bien-pensance et de morgue outragées qui en dit plus long sur ses auteurs – sur ce qu’est devenue « la gauche », son idéologie, son personnel – que sur la masse de leurs cibles.

Nous, Chimpanzés du futur, esprits critiques et libres-penseurs, nous sommes saisis de ce symptôme pour continuer notre enquête démarrée en 2003 sur l’avènement de l’homme-machine, cette fois sous l’angle de sa reproduction artificielle. En rédigeant La reproduction artificielle de l’humain avec Alexis Escudero en 2014, nous sommes, à notre habitude, remontés du symptôme d’actualité à la cause et à la racine profondes : la machination et la marchandisation de la procréation pour les homos comme pour les hétéros. Comme nous avons saisi le téléphone portable, la puce RFID, le capteur Linky pour critiquer la société connectée. Ou Minatec, les nanotechnologies, la biologie de synthèse, etc., pour critiquer ce qu’un ouvrage collectif avait nommé La tyrannie technologique[2], et plus justement pour notre part : le techno-totalitarisme[3]. Et pardon pour ce long train de syllabes, ponctué de « t ».

 

Incapables de l’emporter sur le fond, par l’argument, les hurleurs de la bonne société et de la bonne pensée ont glapi à l’homophobie. Ces rigoureux logiciens ont confondu conséquence et corrélation. Facile, puisque nous parlions à l’occasion du débat sur le mariage homosexuel et sur la reproduction artificielle de l’humain, remis soudain à l’ordre du jour.

L’intimidation verbale et intellectuelle, le chantage à l’homophobie, visait, et vise toujours, à faire taire et à réduire les doutes au silence ; à interdire que la question soit posée : acquiesçons-nous aux progrès de l’artificialisation et à la prise en main de l’évolution par les mécanocrates ? Où ces progrès conduisent-ils l’espèce humaine ?

D’aucuns nous ont alors reproché de parler si tard, les sieurs Testart et Frydman ayant produit depuis des décennies leur premier bébé-éprouvette. C’était bien la preuve de notre homophobie. D’autres nous reprochent aujourd’hui, d’avoir parlé trop vif, avec toute la sage pondération que leur donnent quatre ans de réflexion.

Les inspecteurs des travaux finis et les inquisiteurs queer ont au moins un point commun : les uns comme les autres nous reprochent d’avoir parlé. (Trop tard, trop vite, etc.)

Nous allons donc continuer, ne serait-ce que pour notre santé mentale et le repos de notre conscience. Si nous sommes réduits à la simple expression, au moins devons-nous exercer cette dernière liberté afin qu’elle ne tombe pas tout à fait en déchéance.

 

Nostra culpa. J’avais 12 ans à la naissance d’Amandine. Aujourd’hui, la technocratie fonce vers la reproduction asexuée et la conception sur-mesure. En élargissant le droit à la reproduction artificielle, l’Etat accélère l’agenda des ennemis de l’humain. Tout juste manque-t-il une plus franche acceptation sociale. Quoi de mieux que la prétendue défense de l’égalité, de la liberté et des droits pour emballer un putsch anthropologique ? Tel est le rôle dévolu aux activistes homosexuels et féministes par les transhumanistes et les technocrates. A la grande fierté de la plupart. Bientôt, nous serons tous égaux face à la fabrication des bébés en laboratoire – mais certains le seront plus que d’autres. La seule domination et la seule norme jamais contestées par les détecteurs d’inégalités et pourfendeurs de l’ordre normé, sont celles qui menacent le plus notre vie : celles de la technologie et des technomaîtres. Les faits sont têtus, nous aussi. Reproduction artificielle de l’humain : la suite.

 

La tactique des petits pas

Instruit par les polémiques de 2013, Emmanuel Macron saisit l’occasion de la révision des lois de bioéthique pour étendre l’extension de la reproduction artificielle à toutes les femmes en âge de procréer, y compris célibataires ou en couple homosexuel. Une tactique de communication que saluent les militants LGBT :

« Marie-Claude Picardat, la coprésidente de l’Association des parents et futurs parents gays et lesbiens (APGL), expliquait à Têtu que ces Etats généraux sont une aubaine pour la légalisation de la PMA : « On trouve que ce n’est pas une mauvaise chose d’attendre 2018, car on évite de construire un projet de loi qui ressemblerait à un projet de loi spécifique pour les homosexuelles »[4]. »

De fait, élargir le champ de la procréation technologiquement assistée concerne tous les humains. Mais comme d’habitude, les « débats » divertissent les sans-pouvoir tandis que la technocratie change concrètement nos vies sans notre avis. L’Etat a monté une pseudo-concertation conforme aux dispositifs d’acceptabilité habituels : débats ouverts (vous pouvez tout dire, cela n’a aucune incidence sur les décisions), avis d’un « comité de citoyens » censé représenter les Français (au grand dam de Sciences Citoyennes et de Jacques Testart, qui voudraient une « conférence de citoyens » censée représenter les Français), synthèse du Comité consultatif national d’éthique. Lequel n’a pas attendu les Etats généraux de bioéthique pour rendre un avis favorable à l’extension de la PMA, dès juin 2017. Vous dire sa considération pour ces pseudo-débats citoyens.

 

Glissant sur ce vernis démocratique, Macron achèvera le chantier laissé par Hollande – qui reconnaît avoir « manqué de courage » lors du vote sur le mariage homosexuel.

Evidemment, l’objectif de ce mariage n’était pas la reconnaissance légale d’un lien amoureux – sauf à instaurer un droit de regard de l’Etat sur la vie sexuelle des individus, ce qui n’est pas la moindre des régressions démocratiques (rappelant les-heures-sombres-de-notre-histoire, quand la loi condamnait l’homosexualité). Il ne s’agissait pas non plus de renforcer les protections et solidarités au sein des couples homosexuels : un Pacs amélioré y aurait suffi, comme le rappelle Elisabeth Schemla, journaliste et militante lesbienne :

« L’affaire ne concerne pas que les homos, très loin de là. Elle engage chacun. Cependant, le mariage, qui la portait en germe, en a bel et bien fait une affaire homo. Les associations LGTB et homoparentales, un lobby gay surtout parisien relayé par la gauche, savaient pertinemment ce qu’ils enclenchaient. S’ils n’avaient pas eu d’arrière-pensées concernant la légalisation de la PMA et de la GPA, ils n’auraient pas réclamé le mariage qui était après tout la revendication ultraminoritaire d’une minorité. Ils auraient visé l’amélioration du Pacs[5]. »

 

Evidemment, il s’agissait d’autoriser la reproduction artificielle pour toutes les femmes. Dès la loi Taubira adoptée, les militants LGBT et la gauche, puis des « Marcheurs » macroniens en ont dénoncé « l’hypocrisie », à l’instar de l’Association des parents et futurs parents gays et lesbiens (APGL) :

« Depuis la loi de 2013 portant réforme du mariage et l’ouvrant aux couples de même sexe, l’APGL n’a cessé de réclamer que les gouvernements successifs de François Hollande poursuivent leurs efforts et donnent, en France, aux citoyens homosexuels, les moyens dont ils peuvent bénéficier à l’étranger pour fonder leurs familles, et en particulier l’élargissement de la PMA à toutes les femmes[6]. »

 

« Les Verts veulent relancer le débat sur la PMA », annonçait Le Figaro en avril 2014, en titre d’un entretien avec un député gay :

« « La PMA, c’est une patate chaude dont le gouvernement voudrait se débarrasser, et il le fait de la pire manière qui soit », s’agace Sergio Coronado. Le député écologiste ne mâche pas ses mots pour critiquer le « retournement de veste spectaculaire » d’une partie du gouvernement sur cette réforme sociétale[7]. »

 

Deux mois plus tard, Libération publiait le manifeste de 400 femmes reconnaissant avoir eu frauduleusement recours à la PMA : « Nous réclamons l’ouverture de la PMA à toutes les femmes, sans discrimination[8] ».

 

Afin de maintenir la pression pour renforcer la part de la procréation technologique dans les naissances, 47 députés « En marche » ont signé une tribune dans Libération le 29 mai 2018 :

« L’extension à toutes de la PMA n’enlèvera aucun droit à personne. Il n’y a pas de modèle unique qui représenterait la famille. »

 

A l’issue des Etats généraux de la bioéthique, où la reproduction artificielle a éclipsé les autres sujets (big data, neurosciences, intelligence artificielle, bref le programme transhumaniste), la décision reviendra au gouvernement. Macron ayant promis l’extension de la PMA, le CCNE ayant déjà rendu un avis favorable, de même que le défenseur des droits et le Haut Conseil à l’égalité entre les hommes et les femmes, 2019 pourrait être l’année de la reproduction artificielle pour toutes. D’après deux sondages publiés par La Croix et L’Obs, une majorité de Français serait favorable à l’extension de la PMA, ainsi qu’aux couveuses humaines (gestation pour autrui). Rien, semble-t-il, ne s’opposera à la reproduction artificielle comme mode de procréation banal pour nos successeurs. C’est-à-dire au mode de reproduction transhumaniste, qui seul permet la fabrique d’enfants à façon, et légitime le droit de certains humains à d’autres humains, en vertu de leur bon plaisir.

 

Dès le vote, en 1994, des trois premières lois garantissant « le respect de la personne humaine sans freiner les progrès de la science[9] » (sic), l’Etat a décidé que les dispositions adoptées devaient être réexaminées « pour tenir compte de l’évolution rapide des techniques et des enseignements qui pourraient être tirés de leurs premières années de mise en œuvre[10]. » Cinq ans plus tard, le Conseil d’Etat réexamine : « Comme chacun s’y attendait (…), les techniques médicales et de biologie, notamment de la reproduction, ont évolué à un rythme accéléré. À ce titre, l’exemple du clonage est révélateur de la nature des problèmes, voire des dilemmes, créés par les progrès des sciences de la vie[11]. »

Progrès qu’il est hors de question de freiner, rappelle Jean-François Delfraissy, médecin immunologue, officier de la Légion d’honneur et actuel président du Comité consultatif national d’éthique, organisateur des « Etats généraux de bioéthique 2018 » :

« Beaucoup de scientifiques considèrent que les lois actuelles les briment, par rapport à d’autres grandes instances scientifiques mondiales. On a aussi besoin de les entendre, ce sont des citoyens comme les autres. À titre personnel – chacun a sa vision de l’éthique, je considère que l’un des objectifs est d’arriver à un équilibre entre les avancées de la science et les avancées de la société (…) qui doit s’inscrire dans la notion de progrès. (…) La science avance, en effet. Je fais partie de ces gens qui pensent qu’on ne peut pas l’arrêter, qu’on ne doit pas l’arrêter. (…) Il y a des innovations technologiques qui sont si importantes qu’elles s’imposent à nous[12]. »

 

La révision des lois de bioéthique sert à adapter la société, non à un surcroît de sagesse, mais à « l’évolution rapide » des technologies. À la soumettre légalement au progrès technologique qui « s’impose à nous ». Au fait, le Comité consultatif national d’éthique a été créé après la naissance du premier bébé-éprouvette, afin de remplir sa mission de chambre d’enregistrement du fait accompli.

 

Vingt-quatre ans après le premier texte, l’Etat prépare une nouvelle étape dans la banalisation de l’enfant produit en laboratoire. Toutes les femmes y auront droit. Cliniques et labos produiront toujours plus. Chacun sait que, passé un certain seuil, l’exception devient la norme. D’ici peu, faire ses enfants soi-même, gratuitement et au hasard, semblera aussi incongru que faire de l’auto-stop sans plateforme web.

 

Autonomie du vivant contre hétéronomie de la technologie

En 2015, un bébé sur 32 a été conçu sans relation sexuelle. Les centres clinico-biologiques et les laboratoires spécialisés français ont effectué plus de 145 000 tentatives de PMA, donnant naissance à 25 000 enfants[13]. Parmi eux, 5398 sont des embryons décongelés. Un nombre en constante augmentation. Au 31 décembre 2015, on dénombrait 221 538 embryons conservés au frais en attente de projet parental ou de changement d’avis, et 1528 à donner.

 

Depuis Louise Brown (1978) et Amandine (1982), l’idée de fabriquer des bébés humains en éprouvette et de congeler des embryons, comme pour les lapins ou les bovins, s’est banalisée. En plaçant la procréation technologiquement assistée sous l’autorité médicale, bien que l’infertilité ne soit pas une maladie. Le co-inventeur d’Amandine, Jacques Testart, n’est pas médecin mais biologiste, ancien employé de l’INRA (Institut national de recherche agronomique), où il était spécialisé dans la reproduction des mammifères domestiques. Elargir la performance technique aux animaux politiques ouvrait un marché et des opportunités à une foule d’experts, médecins, services hospitaliers, laboratoires ; et la traiter comme une pathologie permettait sa prise en charge par la Sécurité sociale. Excellente affaire.

 

Pascal Nouvel, biologiste et professeur de philosophie, le note dans une étude pour le très progressiste Institut Diderot : attribuer le prix Nobel de médecine 2010 à Robert Edwards et Patrick Steptoe (les créateurs de Louise Brown) pour la fécondation in vitro chez l’homme revenait à « considérer la plainte de patients qui ne souffraient d’aucune maladie comme relevant de la médecine[14] ».

La stérilité, naturelle ou provoquée par le mode de vie industriel (perturbateurs endocriniens, sédentarité, obésité, etc), n’altère pas la santé. Elle relève plutôt du handicap, que la loi définit comme une limitation des possibilités d’interaction avec l’environnement et de participation à la vie de la société, en raison de l’altération d’une fonction. La conception artificielle d’un enfant ne soigne pas l’infertilité du ou des parents, mais la compense. Elle est cependant remboursée par la Sécu, à la différence des chiens d’aveugles – mais Libération ne milite pas contre cette inégalité-là[15].

 

Handicapés, nombre de sourds refusent une greffe d’implants cochléaires. Ils ne veulent pas être des hommes-machines dotés d’ouïe artificielle, mais enrichir la culture humaine de leur particularité et diffuser le langage des signes. Une solution humaine et autonome plutôt que l’automachination et la soumission à des dispositifs hétéronomes, qu’il leur est de plus en plus difficile à défendre puisque la technologie existe.

Les couples infertiles qui admettent leurs limites suscitent une sorte de défiance. Les autres, explique la sociologue québécoise Maria De Koninck, professeur à la faculté de médecine de l’Université Laval, exigent que la technologie leur fasse des enfants :

« [La] construction sociale du désir d’enfant à tout prix – de son enfant à tout prix – […] s’accompagne d’une détresse. […] J’appelle ça la « pathologisation » et la médicalisation du désir d’enfant[16] ».

 

La technologie a transformé le désir d’enfant en projet parental, c’est-à-dire en volonté et en planification. Les planificateurs se croient managers de leur vie, alors que leur projet est suscité par l’offre technologique.

 

Il est hilarant de voir les réductionnistes, fanatiques du « tout social et construit », en guerre contre « la révérence totale à l’égard de la nature[17] » (Elisabeth Badinter), militer pour des contrefaçons de la nature (biotechnologiques), plutôt que pour des solutions sociales. Un enfant fabriqué en laboratoire plutôt qu’une famille sans enfant. Les déconstructeurs de toutes-les-formes-de-dominations, jamais trop sarcastiques à l’égard du « modèle familial traditionnel » (un papa, une maman, des enfants), renforcent ainsi l’injonction à faire des enfants comme tout le monde (des papas, des mamans, des enfants) : encore un effort pour tolérer la différence et les rebelles.

 

La critique de la reproduction artificielle vous classe désormais parmi les cœurs secs. Comment ignorer la détresse de ces couples stériles, dont dégoulinent les magazines ? Lesquels dépensent moins de larmes et d’énergie militante pour celle des vieillards abandonnés – question d’identification, sans doute. Notre cas s’aggrave avec l’extension de la PMA aux femmes seules et aux couples lesbiens. Nous étions insensibles, nous voilà sexistes et homophobes – c’est-à-dire, coupables de délits. Démonstration paralogique de l’association SOS Homophobie, omniprésente dans les médias :

« L’homophobie est la haine et le rejet fondés sur l’orientation sexuelle ou l’identité d’une personne ou d’un groupe de personnes. Elle se manifeste notamment par l’inégalité des droits entre personnes hétérosexuelles et homosexuelles. Aujourd’hui, la PMA est autorisée pour les couples hétérosexuels et interdite pour les couples lesbiens. Il y a inégalité des droits, il y a donc homophobie[18]. »

 

L’inversion des termes suffit à faire éclater la fausseté de ce raisonnement :

« L’hétérophobie est la haine et le rejet fondés sur l’orientation sexuelle ou l’identité d’une personne ou d’un groupe de personnes. Elle se manifeste notamment par l’inégalité des droits entre personnes homosexuelles et hétérosexuelles. Aujourd’hui, la PMA est autorisée pour les couples homosexuels et interdite pour les couples hétérosexuels. Il y a inégalité des droits, il y a donc hétérophobie. »

 

Sauf que l’infertilité d’un couple hétérosexuel relève de l’atteinte corporelle ; et les exceptions congénitales confirment la règle générale.

L’infertilité d’un couple homosexuel relève en revanche de la règle générale et congénitale, sans nulle exception. Les corps de deux humains du même sexe ne peuvent pas plus concevoir, que les corps humains en général ne peuvent voler.

Du point de vue de la fécondité, il n’y a donc pas plus d’inégalité entre couples hétéros et homos qu’entre n’importe quel couple de mammifères, mâle et femelle, de la même espèce et, par exemple, un couple constitué d’un oiseau et d’un poisson s’aimant d’amour tendre. Et il ne peut y en avoir parce que ces deux types de couples sont biologiquement incomparables. Non seulement l’amour ne se réduit pas à la reproduction, mais il ne l’implique pas.

La différence n’est pas l’inégalité.

L’égalité n’est pas l’uniformité.

Les humains ne sont pas – pas encore – des produits de série standardisés.

 

Quant à nous, quoique partisans de l’égalité, puisqu’opposés à la reproduction artificielle pour tous (y compris les chèvres et les vaches), nous voilà assimilés aux cathos de la Manif pour tous, hostiles aux droits des femmes et à la liberté d’avorter. L’experte en marketing, Elisabeth Badinter, a exhumé une vieille et sinistre dénomination pour nous fourrer dans la même « sainte alliance réactionnaire[19] ». Un exemple parmi cinquante dans Le Monde, Causette, sur France Inter ou France Culture, cette chronique de Sabine Prokhoris, « psychanalyste et philosophe », dans Libération regrettant que la ministre de la Santé ne s’engage pas en faveur de la PMA pour toutes :

« Agnès Buzyn a-t-elle craint (…) de heurter la « sensibilité religieuse » des croyants, si elle osait une position que les activistes de la Manif pour tous combattent avec la dernière énergie conservatrice ?[20] »

 

Cocasse, pour de beaux esprits qui ne cessent de fustiger les dualismes de l’ancien monde au nom de la complexité du réel. Cette réduction binaire de la controverse leur permet de s’approprier le fétiche du « progrès » (lequel ? Le progrès de quoi ?), et d’occulter leurs contradictions avec leurs valeurs supposées.

Ils dissimulent ainsi les débats qui opposent les féministes entre elles, depuis les débuts de la reproduction artificielle. Notamment la position humaniste du Feminist International Network of Resistance to Reproductive and Genetic Engineering qui, dès les années 1980, soutenait des arguments féministes et anthropologiques :

« Le génie génétique et reproductif est le produit de développements scientifiques qui considèrent le monde comme une machine. De même qu’une machine peut être démontée en composants, analysés et remontés, les êtres vivants sont considérés comme faits de composants qui peuvent être isolés. Nous appelons les femmes et les hommes à s’unir contre les technologies déshumanisantes et à exprimer leur solidarité avec tous ceux qui cherchent à préserver la diversité de la vie sur notre planète, l’intégrité et la dignité de toutes les femmes[21]. »

Oups. De quoi cet oubli est-il le symptôme, Sabine Prokhoris ?

Même difficulté de classement pour les Chimpanzés du futur. Ecologistes anti-industriels, luddites, libres-penseurs athées, défenseurs de l’autonomie, nous brouillons le faux clivage en reconnaissant cette évidence : le progrès technologique n’est pas synonyme de progrès social et humain, ils sont même antonymes.

Que dirait Darwin ? Que diraient Lamarck ou Buffon ? Ce problème de classement se résoudra par la disparition des spécimens à classer. Les Chimpanzés du futur sont évidemment, comme leurs prédécesseurs, des chimpanzés sans futur.

 

 

Lâchons les réflexes, réfléchissons. Le fait majeur de l’époque, le putsch technologique permanent, périme pour l’essentiel la distinction droite/gauche. Les commissaires politiques et directeurs de conscience retardent d’une disruption avec leurs clivages auxquels eux-mêmes ne croient plus, sinon pour garder leur base électorale (de droite ou de gauche). Macron, après Hollande et Sarkozy, et comme l’auraient fait Fillon, Mélenchon ou Le Pen, investit dans l’innovation et les technologies de déshumanisation : intelligence artificielle, nanotechnologies, génie génétique, neurotechnologies (les thèmes des Etats généraux de bioéthique, vous avez noté ?).

Le stade actuel du progrès technologique et de la croissance économique, objectifs communs de la droite et de la gauche, se nomme l’homme « augmenté » – le transhumanisme. Le choix qu’on nous laisse ? Renoncer à notre humanité pour devenir posthumains (cyborgs, cybernanthropes, Humains génétiquement modifiés), ou sombrer dans l’espèce moribonde des Chimpanzés du futur. Disparaître ou disparaître. On voit l’importance du débat sur les « modèles familiaux » à côté de cette rupture anthropologique.

On voit surtout comment les idéologues et scientifiques transhumanistes prennent en otages certains groupes (certains activistes LGBT et certaines féministes, certains hétéros stériles et certains handicapés), comment ils s’en servent, tantôt comme boucliers humains, tantôt comme chevaux de Troie pour avancer leur agenda.

L’offensive transhumaniste trace le front principal de notre temps, qui oppose désormais les humains d’origine animale aux inhumains d’avenir machinal. Le mode de reproduction est un enjeu central, en ce qu’il détermine la poursuite de l’histoire naturelle collective ou la prise en main de l’évolution par la technocratie.

Aussi, nous, qui tenons à notre humanité errante et faillible, hasardeuse et imprévue, et si limitée, nous refusons la reproduction artificielle de l’humain et ses progrès[22].

 

Ne pas confondre droit de se reproduire et droit à l’enfant

Vivre sans temps mort, jouir sans entrave. Ce fut le mot d’ordre de la grande Fête des hormones dont on commémore cette année le cinquantenaire. Et assurément les enfants gâtés du baby boom et des Trente glorieuses s’en sont donné à cœur joie appliquant leur programme avec une implacable férocité. Cette génération d’héritiers libéraux libertaires ne s’est rien refusé, ni la critique, ni la jouissance du Capitalisme de la séduction (Clouscard, 1981) et de La Société de consommation (Baudrillard, 1970). Elle n’a d’ailleurs rien transmis à ses déshérités, sinon l’intime conviction que tout leur était dû – et tout de suite.

Ainsi va le nouveau régime des désirs, surchauffés par le bombardement de stimuli électroniques, d’exemples à imiter, et par l’injection perpétuelle d’envies impérieuses. Interrogez les enseignants, les médecins, les vendeurs des magasins, les employés des services, au contact de larges populations. L’individu-consommateur, placé dans un état de dépendance à l’insatisfaction bien calculée par le marché, a désappris à sublimer sa frustration. L’accélération techno-marchande et la vie sous assistance numérique le maintiennent au stade infantile. Rien ne doit entraver ses désirs. Il en va des relations humaines comme des produits Apple, périmés sitôt consommés, mais auxquels, clament directeurs de marketing et activistes sociétaux, nous avons droit.

L’idée de limite, vécue comme frein au désir sans fin, est intolérable. Tout est dû aux maîtres et possesseurs de la machine. « L’attente – quel qu’en soit l’objet – est toujours insupportable[23] », geint la sénatrice EELV Esther Benbassa.

Ainsi le primordial instinct de reproduction, le désir d’enfant, a-t-il mué en revendication. Et même, en revendication égalitaire, motivant l’ouverture de la reproduction artificielle à toutes les femmes, sans condition. Esther Benbassa :

« Pour les lesbiennes et les femmes seules qui attendent d’avoir un enfant, l’urgence n’en est pas moins dans le vote d’une loi qui mettrait enfin un terme à la discrimination dont elles sont victimes. (…) Nous nous battrons à nouveau (…) pour ce droit à l’égalité avec les couples hétérosexuels que réclament légitimement les couples de lesbiennes et les femmes seules. Une exigence d’égalité et un progrès des libertés individuelles indissociables, dans l’écologie politique, de la défense de l’environnement[24]. »

 

L’Inter-LGBT, SOS homophobie, Act Up, le Planning familial et d’autres associations :

« Seule l’ouverture de la PMA à toutes les femmes et/ou aux personnes trans, et son remboursement par la sécurité sociale pourra mettre fin à une discrimination fondée sur l’orientation sexuelle, le statut conjugal ou l’identité de genre[25]. »

 

Laurence Rossignol, ex-ministre PS à la Famille, à l’enfance et aux droits des femmes :

« Il n’y a aucune raison de discriminer les couples lesbiens par rapport aux couples hétérosexuels[26]. »

 

Marlène Schiappa, actuelle secrétaire d’Etat à l’égalité entre les femmes et les hommes :

« Je suis favorable à l’ouverture de la PMA pour toutes les femmes, afin de mettre fin à la discrimination qui fait que des femmes y ont accès et d’autres non, en raison de leur vie amoureuse[27] ».

 

Pour qu’il y ait discrimination, il faudrait qu’un couple de femmes soit naturellement apte à concevoir, tout comme un couple mixte, et qu’on lui refuse, en cas d’incapacité acquise, les traitements dont bénéficient les couples mixtes. Comme le note la lesbienne féministe Marie-Jo Bonnet,

« on ne peut pas comparer les couples hétérosexuels dont un membre est stérile avec les couples de femmes qui ne le sont pas. Pour parler discrimination il faudrait que les deux situations soient comparables, ce qui n’est pas le cas ici[28]. »

 

Discrimination signifie atteinte aux droits. Pour la gauche et les techno-progressistes, l’enfant est un nouveau droit conquis par les femmes (cela viendra pour les hommes, ne piaffez pas, les prochaines lois de bioéthique y pourvoiront). Voilà qui donne un sens augmenté au slogan féministe des années 1970 : « Un enfant si je veux, quand je veux ».

 

Fascinant, le cynisme avec lequel l’ex-camp de l’émancipation renie ses valeurs. En l’occurrence, ce « droit à l’enfant » bafoue les droits inaliénables de l’individu. Dans un Etat de droit, on ne donne, ni ne vend ni ne procure nulle personne humaine. Nul n’a le droit à quiconque – ni esclave, ni épouse, ni enfant – à l’exception des orphelins à qui l’on donne des parents d’adoption (et non l’inverse), en vertu des droits de l’enfant. A quand une loi et une branche de la Sécu pour faire valoir le droit des célibataires à un conjoint ? A quand la fabrication en série d’Epsilons dociles et travailleurs ?

C’est le progrès technologique qui induit l’escroquerie juridique. De même que les start-up de biotechnologie « ne brevettent pas le vivant », selon elles, mais seulement des gènes[29], les plaignants ne réclament pas un enfant, mais des gamètes stockés dans une banque et une procédure technique… produisant un enfant. Non pas du lard, mais du cochon. Retour au Pays du mensonge déconcertant (Ciliga), avec ces tyranneaux qui, jurent-ils, revendiquent non pas le droit à l’enfant, mais le droit de se reproduire. Sous quelle forme ? Virtuelle, peut-être ? D’hologramme en 3D ?

Pour compléter la manip’, l’honorable et scrupuleux président du Comité consultatif national d’éthique n’a plus qu’à déclarer : « le CCNE n’a pas le droit de juger de cette transformation du désir en droit[30] », et le tour est joué. Enregistrement du fait accompli. Exorbitant.

 

N’étant pas un comité d’éthique, encore moins consultatif, nous avons le devoir de juger cette transformation, qui entérine le primat d’un individualisme mortifère sur le bien commun de l’humaine condition. « Pourquoi protester, puisque nous accorder ce droit ne retire rien à vos propres droits ? », argumentent les associations LGBT, trahissant un individualisme qu’elles croient universel. N’imaginent même pas qu’on défende des idées supérieures à ses intérêts. On croit entendre la Macronie face aux cheminots : « Pourquoi protester contre la fin du statut puisqu’elle ne vous concerne pas personnellement ? » Cynisme égocentrique et mesquinerie boutiquière : ils sont faits pour s’entendre.

 

S’exprime dans cette exigence de légalisation du désir une volonté de puissance puérile et destructrice. Il n’y a pas d’éthique possible si les lois fluctuent selon les désirs.

Si les désirs sont des droits, si l’on valide le droit à l’enfant, il n’y a pas de raison de refuser l’hybridation avec des dispositifs d’augmentation physique ou intellectuelle, ni cette « large marge de manœuvre dans le choix des modalités liées à leur épanouissement personnel » que réclament les transhumanistes. Et on vous passe la pléthore de désirs qu’il serait temps de légitimer socialement et technologiquement : le CCNE va avoir du travail pour les enregistrer.

 

Contrairement aux clameurs des activistes LGBT, la PMA pour toutes n’est pas qu’une affaire de liberté individuelle. Le choix des modes de reproduction concerne la société des humains dans son ensemble. Mais il est si facile de couvrir ses contradicteurs de l’infamie sexiste, tel l’ex-président de SOS Homophobie, ce héros qui ose affronter « les forces les plus réactionnaires de notre pays » :

« Au nom d’une vision inégalitaire de la place des femmes dans la société, elles luttent contre toutes les mesures qui renforceraient la liberté des femmes à disposer de leur corps[31]. »

 

Argument développé par un collectif d’associations féministes et LGBT à l’occasion des Etats généraux de bioéthique, outrées qu’on ose débattre de la PMA pour toutes :

« Comme toujours lorsqu’il est question des droits des femmes, de leur liberté à disposer de leur corps et de leur choix de fonder ou non une famille, la réforme de la procédure d’accès à la PMA est à nouveau l’occasion pour tout un chacun de se permettre de commenter et critiquer des choix personnels, qui ne devraient relever que de la liberté individuelle[32]. »

« La liberté de disposer de son corps », ou comment retourner contre lui-même le sens d’un principe.  Nous, Chimpanzés du futur, défendons la liberté du patient de choisir son traitement ou de refuser l’acharnement thérapeutique ; nous sommes pour la contraception non-chimique ; nous reconnaissons le droit à l’avortement et au suicide. A l’inverse des progressistes qui nous morigènent, nous revendiquons la liberté de balader librement notre corps sans géolocalisation ni laissez-passer biométrique. Nous n’exigeons pas pour autant que la loi nous autorise à devenir esclaves, à nous prêter au lancer de nains si nous étions nains, à vendre nos organes ou à léguer notre dépouille aux Amis de l’anthropophagie. Nous reconnaissons une limite à cette liberté de disposer de notre corps, au nom de principes supérieurs. Comme la dignité de la personne humaine qui, pour être valide, doit être universelle. La revendication d’une libre disposition abstraite de son corps ouvre la possible licéité de son aliénation. De gré ou de force, entre adultes consentants ou non, n’importe pas. Qui s’aliène rend potentiellement licite l’aliénation de tout autre. Dans un monde qui se divise entre ceux qui peuvent et ceux qui subissent, ce ne sont pas les moyens de contrainte et de manipulation qui manquent pour surprendre le consentement des corps et des esprits à l’auto-aliénation. Le but des droits de l’homme est de protéger chacun contre cette licéité d’aliénation, et non pas de la permettre à la faveur de leur retournement. Voilà pourquoi la libre reproduction artificielle de l’humain nous concerne tous et non pas seulement quelques-uns, homosexuels ou hétéros stériles. Quelle est cette prétendue liberté dépendante d’un marché qui impose sa loi et d’un appareil techno-industriel qui dicte ses procédures ?

 

Nous prendrons au sérieux ces revendications de libre disposition de son corps quand leurs partisans dénonceront avec nous l’emprise technologique qui atrophie nos capacités physiques et nos sens, réduisant les corps à de simples supports assistés par des prothèses numériques. A l’heure de la réalité virtuelle, du cyborg, du « réductionnisme informationnel[33] » (Céline Lafontaine) qui réduit le vivant à du code génétique, c’est bien plutôt la disparition des corps qui nous menace, et le rejet de la corporalité dans le lien au monde et aux autres[34]. A nouveau la convergence idéologique des militants postmodernes et des transhumanistes éclate. Cette rage de déconstruire et reconstruire leur corps traduit le désir d’en finir avec cette guenille imparfaite et périssable, dont ils ne maîtrisent pas tous les processus et dont les limites s’imposent à leur volonté. De la naissance à la mort, il n’est question que d’éliminer cet encombrant obstacle à la toute-puissance. Qu’est-ce que la reproduction artificielle sinon l’effacement du corps – le sien, celui de l’autre – dans l’engendrement ? L’immaculée conception technologique. Mais pourquoi fabriquer un enfant quand on hait la chair à ce point ; nul ne vous y oblige. Faites comme vos prédécesseurs religieux, vénérez les corps mystiques et immatériels, les anges, les esprits, l’Esprit, l’enfant Jésus ; et ne ravagez pas cette terre qui ne vous a rien infligé que la naissance.

 

 

Se reproduire sans homme, une augmentation transhumaniste

Personne n’interdit aux lesbiennes de procréer comme toute femme, hormis le fait biologique de la reproduction sexuée qui, faut-il le redire, n’a pas plus de valeur morale ni d’intentionalité que la gravité universelle. Dire, comme Clémentine Autain, que « la nature est fasciste », ou prétendre que l’incapacité procréative des homosexuels et des femmes seules serait discriminatoire, c’est faire ce que les tenants du tout-construit reprochent à leurs contradicteurs : prêter des intentions à la nature. Mais ils ne sont pas à une contradiction près.

Pour imposer l’égalité, concept social et politique, au vivant, réalité matérielle et physique, ils remplacent la reproduction naturelle par une procédure technologique conforme à leurs voeux. C’est à cela aussi que sert la technologie : plier le donné à la volonté, les faits aux concepts, la réalité à l’idéologie. Supprimer les inégalités revient à supprimer les différences. On voit le progrès politique.

Songez aux inégalités naturelles qu’il reste à éradiquer afin de mettre fin aux discriminations contre les petits, les gros, les moches, les roux, les femmes enceintes, les hommes pas enceints, les mal-fichus, les trisomiques – quoique ceux-là ne sont plus discriminés depuis qu’on traite leur inégalité avant la naissance. Quelles tribunes pour les apôtres du vivrensemble, quels défis pour la créativité de nos chercheurs, quels marchés pour l’industrie ! Enfin nos lois et le progrès aboliront cette répugnante biodiversité.

 

Afin d’introduire l’inégalité de droits là où n’agissent que les processus contingents du vivant, les théoriciens LGBT, les plus audacieux, ont forgé un pseudo-concept : la « stérilité sociale » ou « infertilité culturelle ». D’un coup, l’impossibilité de procréer naturellement devient un handicap créé par la société contre les homosexuels, afin, dit l’écrivain Erik Rémès, de préserver « le monopole des hétéros » : « La raison d’être des hétéros – assurer la survie de l’espèce – constituait jusqu’ici leur atout biologique[35] ». L’avènement d’une espèce augmentée par la technologie, éliminant « l’atout biologique » des hétéronormés, ne serait pas pour déplaire à cet ami de la concurrence. Pour le coup, quelle fécondité culturelle.

 

Un complot hétéro. On aurait dû s’en douter. La rebellocrate queer Beatriz/Paul Preciado, qui tient chronique dans Libération, n’avait-elle pas fait cette révélation à son lectorat de gauche :

« En termes biologiques, affirmer que l’agencement sexuel d’un homme et d’une femme est nécessaire pour déclencher un processus de reproduction sexuelle est aussi peu scientifique que l’ont été autrefois les affirmations selon lesquelles la reproduction ne pouvait avoir lieu qu’entre deux sujets partageant la même religion, la même couleur de peau ou le même statut social […].

Homosexuels, transsexuels, et corps considérés comme « handicapés », nous avons été politiquement stérilisés ou bien nous avons été forcés de nous reproduire avec des techniques hétérosexuelles[36]. »

 

On comprend que Le Monde qualifie Preciado de « Galilée de la sexualité[37] ». La preuve, elle est devenue un homme à grandes injections de chimie. À notre connaissance, mais nous ne sommes pas Galilée, une façon pour les homosexuels de se libérer des « techniques hétérosexuelles » de reproduction, c’est le clonage, qui supprime les tracas de la fécondation. On y travaille. On aura sans doute des résultats plus rapides avec les cellules souches pluripotentes.

Applaudissements du bioéthicien transhumaniste James Hughes :

« Les homosexuels, les lesbiennes et les bisexuels sont aussi des alliés naturels du transhumanisme démocratique (…). Alors que la fécondation in vitro permet aux lesbiennes d’avoir des enfants sans rapports sexuels avec un homme, le clonage leur permettrait d’avoir un enfant apparenté à seulement un parent. Les travaux sur la fécondation des ovules avec l’ADN d’un autre œuf ou le remplacement de l’ADN d’un ovule avec l’ADN du sperme, permettraient aux deux parents homosexuels d’avoir des liens génétiques avec leurs enfants. [Le militant des droits homosexuels Randy Wicker] a vu que le droit de cloner était une question fondamentale (…) parce que « le clonage rend le monopole historique de l’hétérosexualité sur la reproduction obsolète ». Wicker a commencé le Front uni pour le droit au clonage avec d’autres militants des droits des homosexuels, puis a cofondé la Fondation pour le clonage humain, et est devenu un porte-parole national du clonage comme droit de reproduction[38]. »

 

Cependant, comme dit la journaliste et féministe lesbienne Elisabeth Schemla, par ailleurs très réservée sur le mariage homosexuel, « il y a débat ».

 

« Les homos réclament et attendent de la société qu’elle admette au fond l’impensable : ils sont porteurs d’une infertilité… culturelle. Laquelle vaut autant selon eux que l’infertilité. Comme on dit, il y a débat. Qu’il est subtil le glissement du désir d’enfant au droit à l’enfant ! De boucs émissaires il y a cinq ans, les homos sont plutôt aujourd’hui des « accélérateurs de transgression »[39]. »

 

On nous questionne souvent sur le « seuil » : où finit le soin et où commence le transhumanisme ? Si la limite est parfois ténue, ici, aucun doute. L’« infertilité culturelle » est un concept transhumaniste. Il traduit la volonté, non de pallier un handicap mais d’augmenter les facultés naturelles d’humains fertiles. Rupture anthropologique réclamée par Daniel Borillo, le juriste gay, dans Libération :

 

« La réforme modifie cependant la nature de la PMA, elle cesse d’être un palliatif à la stérilité pour devenir une véritable manifestation de la liberté procréative. L’ouverture de la PMA à toutes les femmes mettra ainsi fin non seulement aux discriminations mais permettra l’instauration d’un véritable droit de la procréation, détaché de toute justification naturaliste et basé dorénavant sur la responsabilité individuelle et le projet parental […][40] »

 

Mêmes éléments de langage à l’association SOS Homophobie :

« La PMA en elle-même ne saurait donc être considérée comme un acte de soin. Il s’agit bien d’une technique issue de la science et visant à répondre à un projet parental[41]. »

 

L’équivalent d’une greffe d’œil bionique sur un individu voyant, « répondant à un projet » de vision nocturne. En l’occurrence, l’augmentation consiste à faire un enfant sans intervention mâle. Il faut dire que ces accouplements à visée reproductrice sont atrocement mammifères. Pensons aux religieuses et aux « a-sexuelles », elles aussi victimes de « stérilité sociale » et privées de leur « liberté procréative » en raison de leur chasteté. Grâce à la technologie, elles pourront enfanter comme Marie et devenir des sœurs augmentées.

 

À rebours des Chimpanzés du futur, qui font comme ils peuvent avec leurs limites naturelles, les posthumains, ces hommes artificiels, se reproduisent comme ils veulent avec l’illimité technologique. Ils troquent une contrainte objective et impersonnelle pour l’asservissement à un dispositif social, construit et marchand. L’étonnant est qu’ils croient ainsi s’émanciper. Sans voir que la fuite en avant technologique et le marché nourrissent l’insatisfaction de désirs toujours renouvelés, produisant des individus envieux et plaintifs. On entend déjà les lamentations sur l’accès aux gamètes. Les banques de sperme et d’ovules ont déjà du mal à fournir la demande. Autorisant la PMA pour toutes, la Belgique achète 90 % de son sperme au Danemark et le Canada se fournit aux Etats-Unis. En France, les stériles redoutent la concurrence des nouvelles venues sur le marché. Les lesbiennes et célibataires craignent d’être discriminées. Tous espèrent que l’Etat garantira la disponibilité du matériel, ou que le marché trouvera les solutions : rémunération des donneurs, campagnes d’incitation à la solidarité, import-export. Faudra-t-il organiser le partage obligatoire de nos gamètes ? (Equitable, bienveillant, respectueux, inclusif, etc.) Mais bien sûr, la technologie résoudra le problème. On y reviendra.

 

Leurs geignardises de consommateurs-victimes renseignent sur les effets de cent ans de « progrès » exponentiel sur Homo sapiens. Sans doute certains d’entre nous ont-ils accumulé connaissances, puissance, confort, facilités pratiques au-delà de l’imagination des anciens. Notre sagesse cependant, non plus que notre bonheur, ne surpasse d’un pouce ceux des anciens.

La science, pourtant, nous avait enseigné ceci : les espèces vivantes disparaissent lorsqu’elles ne peuvent plus vivre dans leur milieu. La destruction de leur habitat (l’eau, les sols, l’air) et la disparition d’autres espèces nécessaires à leur survie menacent désormais les humains. Leur point fort – la faculté de penser et de traduire une pensée complexe en actes – est leur faiblesse. Une banalité dans l’histoire naturelle. Pourtant, à la différence des autres espèces, Homo sapiens est instruit des conséquences de sa démesure et pourrait utiliser cette faculté pour s’épargner la catastrophe. On voit que l’appel à l’auto-limitation relève d’abord de l’instinct de conservation.

Le plaisir de vivre, nous enseigne Épicure, naît du sentiment de plénitude que procure un usage délicat du monde. Il est dans ce rêve ancien des jardins nourriciers du corps et de l’esprit dont l’art témoigne, de la Perse aux prieurés médiévaux, d’une intelligence avec la nature. Confirmation de l’ours Baloo :

Il en faut peu, pour être heureux,

Vraiment très peu, pour être heureux.

Il faut se satisfaire du nécessaire[42].

 

Telle est l’invitation du sage à la quiétude contre les désirs artificiels et, désormais, contre notre disparition. Merci Baloo.

 

Fabriquer les bébés, c’est les choisir

Coup double. La technologie permet aux femmes de se passer d’hommes et aux riches de sélectionner des « projets parentaux » conformes à leurs goûts. Aux Etats-Unis, en Thaïlande et ailleurs, des femmes et des couples fertiles choisissent sur catalogue le sexe, la couleur des yeux, les aptitudes de leurs héritiers. Ils retiennent rarement des modèles atteints d’affections ou de handicap, ou risquant d’être très petits ou trop gros. Dans la guerre de tous contre tous, ils arment au mieux leurs successeurs. Il faut voir cette vendeuse californienne d’ovocytes sélectionner ses « donneuses » (vendeuses, en fait) comme d’autres choisissaient leurs gagneuses, examiner leurs dents, poids, pedigree, pour sentir l’humanité du baby business[43].

 

On entend les hauts cris. Vous exagérez ! On n’en est pas là ! La France n’est pas les Etats-Unis, on ne tolère pas ça, la loi empêche les dérives ! Vous voulez dire, comme pour les mères porteuses, interdites en France et qui accouchent aux Etats-Unis d’enfants destinés à des couples français ? Ces « fantômes de la République », qui nous font tant de soucis avec les droits de l’enfant qu’on est bien obligé de les reconnaître légalement ? Ou comme la PMA pour les femmes seules et les couples de lesbiennes, illégale en France et qui oblige à tous ces voyages en Espagne ou en Belgique, si bien qu’on est forcé de l’autoriser aussi ? Selon le principe du fait accompli, le bébé sur mesure sera disponible dans l’Hexagone quand suffisamment de Français l’auront acheté ailleurs.

Au passage, on espère aussi une réduction sévère du droit social et des impôts sur les sociétés en France. Il est intolérable que tant de nos compatriotes soient obligés de s’exiler en Californie, ou d’implanter le siège de leur entreprise au Luxembourg, au motif que « ce pays », éternellement à la traîne, ne s’aligne pas sur des législations plus modernes.

Tant qu’à revendiquer la prise en charge sociale de leur désir d’enfant, les défenseurs de la reproduction artificielle pourraient nous épargner leur mauvaise foi.

 

Il ne faudra pas longtemps pour que le marché de la procréation offre aux Français aussi les bébés correspondant à leurs desiderata. En pratiquant l’insémination artificielle sur les vaches, Testart n’avait pas pour but de combler leur désir d’enfants, mais d’améliorer génétiquement le cheptel et d’obtenir des animaux conformes aux exigences de leurs propriétaires. Si des médecins de bonne foi ont voulu soulager leurs patients stériles, les transhumanistes, eux, n’ont pas oublié le but premier de ces technologies. Non plus que ces mots du biologiste eugéniste anglais Julian Huxley (frère d’Aldous), inventeur du mot « transhumanisme »[44] :

« Nous savons que la sélection artificielle peut être beaucoup plus efficace et obtenir des résultats beaucoup plus rapides que la sélection naturelle. (…) Théoriquement, nous pourrions à coup sûr élever un certain nombre de types humains spécialisés, si nous prenions la résolution de le faire. (…) Nous, humains, nous sommes les agents de l’évolution à venir (…) L’idée eugéniste peut devenir un motif d’agir et une raison d’espérer[45]. »

 

Héritiers des eugénistes, avides de devenir « les agents de l’évolution à venir », les anthropophobes distinguent deux voies d’« augmentation » par l’automachination : l’hybridation avec la machine (implants, prothèses, interfaces) et la génétique. Les technologies reproductives sont les premières étapes de l’artificialisation et de la marchandisation des potentialités physiques. La reproduction artificielle de l’humain est leur cheval de Troie, introduit dans les esprits et le débat public par les « défenseurs des nouveaux droits ». Un scénario idéal, selon la Déclaration technoprogressiste, adoptée lors du colloque transhumaniste international de 2014 à Paris :

« Partant de notre engagement commun à préserver l’autodétermination de chacun, nous pouvons développer des liens de solidarité avec (…) les mouvements des droits liés à la procréation : contraception, IVG, reproduction artificielle ou assistée et choix du génome.  »

 

***

La fécondation in vitro à partir des gamètes des parents a vite dérivé vers le don de gamètes et une ingénierie reproductive complexe. La sélection des donneurs de gamètes, puis celle des embryons et des fœtus, se sont naturellement banalisées. Avec l’« appariement des couples reproducteurs[46] » pratiqué dans le secret des labos, s’affole Testart (après coup), les techniciens choisissent quel donneur de sperme attribuer à telle receveuse, afin d’obtenir les meilleurs embryons à leurs yeux. Ils sélectionnent. Essayez de donner vos gamètes si vous avez une anomalie génétique. Le diagnostic prénatal, qui permet d’éliminer les fœtus porteurs de trisomie 21, détecte aujourd’hui une dizaine d’anomalies ou de syndromes.

« En trois ans, on est passé de l’identification d’un excès d’ADN du chromosome 21 sur une simple prise de sang maternel à l’analyse complète du génome fœtal ! », s’enthousiasme François Jacquemard, coordinateur du centre pluridiscipinaire de diagnostic prénatal de l’Hôpital américain de Paris. « Et c’est loin d’être terminé. La recherche ne va pas s’arrêter, la compétition industrielle non plus. Les coûts (…) continuent de chuter et ne seront plus un frein à moyen terme[47]. »

On allait le dire.

 

Mettre au monde un enfant trisomique, qui a aujourd’hui une espérance de vie de 60 ans – plus que nos aïeux – vous expose à la suspicion (catho intégriste, au moins) et au reproche de préjudice envers celui-ci. La tolérance-envers-toutes-les-différences, il y a des limites.

 

Le diagnostic préimplantatoire (DPI) trie les embryons parmi ceux produits en laboratoire. Il s’agit là du choix des enfants à naître – d’un eugénisme technologique que le Comité consultatif national d’éthique feignait de craindre en 1990 : « Le diagnostic génétique préimplantatoire conduirait à une dérive des indications de la procréation médicalement assistée[48] ». Depuis, il a suivi la dérive. Pour la nommer, les transhumanistes ont inventé les euphémismes de « conception humaine consciente », ou de « choix germinal », afin d’éviter les mauvais souvenirs de l’expérience nazie.

Lors des « Etats généraux de bioéthique » de 2009, l’Association française transhumaniste (AFT) a défendu la solution eugéniste avec ses habituels louvoiements, entre cenéquisme (ce n’est que la suite de ce qu’on a toujours fait) et appel à la disruption, mais toujours au nom de son utilitarisme et de son individualisme consumériste :

« Pour les parents qui en feraient la demande, la sélection des êtres humains relève d’abord du libre choix individuel. Du point de vue de la femme (jusqu’à ce jour), cela relève même du droit à disposer librement de son corps. (…)

Le risque de dérive eugénique fait peur. Au lieu de ressasser ce réflexe irrationnel, il nous semble temps d’affirmer, ou plutôt de réaffirmer (car c’était déjà le premier message des humanistes de la Renaissance) que l’humain est à présent maître de sa destinée en tant qu’espèce. Il nous faut assumer notre capacité à orienter notre évolution, et nous demander : « améliorer » l’espèce, pour quoi ? puis en quoi ?[49] »

 

Notez la délicate allusion à la suppression du privilège féminin de la grossesse et l’argument du droit à disposer de son corps, partagé avec les mouvements LGBT. En fait, un droit à la toute-puissance sur des êtres à venir. L’AFT ne précise d’ailleurs pas qui est ce « nous » capable d’orienter notre évolution. Dans la même veine, le « bioéthicien » australien Julian Savulescu[50] milite pour la « bienfaisance procréatrice » (procreative beneficience). Selon lui, les parents seraient moralement tenus de recourir au diagnostic préimplantatoire afin de mettre au monde le meilleur enfant possible.

 

« L’eugénisme signifie juste avoir un meilleur enfant. Cette idée est bien vivante aujourd’hui. Quand les gens dépistent durant la grossesse le syndrome de Down ou un handicap intellectuel, c’est de l’eugénisme. Le problème de l’eugénisme nazi est qu’il n’était pas volontaire. Les gens n’avaient pas le choix. Aujourd’hui, ils peuvent choisir d’utiliser les fruits de la science pour prendre ces décisions de sélection. L’eugénisme d’aujourd’hui donne la possibilité aux couples de choisir pour eux une meilleure vie ou une moins bonne[51]. »

 

Choisir votre rejeton fait de vous un eugéniste libéral[52]. Vous suivez juste votre goût personnel pour les bébés de tel ou tel modèle, sur un marché libre et concurrentiel. C’est votre choix, vous le valez bien et ça tombe bien, l’industrie développe les solutions répondant à votre demande. Laquelle est validée par la Cour européenne des droits de l’homme et son invention d’un nouveau « droit de mettre au monde un enfant qui ne soit pas affecté par la maladie. » Conclusion de Gregor Puppinck, directeur de l’European Center for Law and Justice : « l’eugénisme devient ainsi une composante de la nature humaine augmentée[53]. » On ne saurait mieux dire.

 

Il y aura des modes de bébés comme il y a des modes de prénoms. On sait qu’en Chine et en Inde, on préfère les garçons et que nombre de fœtus féminins sont avortés au plus vite (une fille si je veux, quand je veux). Il sera chic d’avoir des petits bruns aux yeux verts ou de mignons frisés au teint d’ambre et de miel. Chaque saison, les stylistes génétiques lanceront de nouveaux modèles que les critiques découvriront lors d’expositions et de défilés. Les riches excentriques se feront faire des enfants vraiment uniques, aux aspects spectaculaires et extravagants. Les artistes, les proxénètes, les pornographes, le showbiz, le sport spectacle, ne seront pas moins créatifs dans leurs exigences. Si vous avez aimé Freaks, les comprachicos, les trottoirs de Manille et les plages de Pattaya, les enfants prodiges (musiciens, sportifs), habilement gérés par leurs parents agents, vous serez enthousiasmés par le feu d’artifice qui s’annonce.

 

C’est un lieu commun, pour les transhumanistes comme pour les autres, que la plupart des commanditaires continueront à faire de leur mieux, comme les parents d’aujourd’hui, pour doter leurs enfants des meilleures armes dans le combat de tous contre tous pour la réussite. A chaque époque ses armes (la force physique, la valeur guerrière, les capacités intellectuelles, les bons diplômes, etc.), qui déterminent des types humains désirables (sur le marché économique, sexuel, etc.). Certaines innovations, comme pour n’importe quel produit apportent aux plus rapides un avantage concurrentiel provisoire. Produire des individus dotés d’un talent aigu et précoce pour l’informatique ou les biotechnologies, par exemple, serait en 2018 une idée judicieuse pour des parents soucieux de la carrière de leurs enfants. Mais le propre de la course aux armements, c’est de ne jamais s’arrêter. Sitôt l’avantage compétitif repéré par les rivaux, tous s’empressent de l’acquérir, le supprimant du même coup. La perpétuelle fuite en avant pour se distinguer et prendre le dessus sur les autres, entraîne immanquablement l’uniformisation des suiveurs, cependant que les précurseurs ont déjà une autre innovation, un autre avantage d’avance.

 

Si l’on veut « améliorer l’espèce », la sélection artificielle est un cercle vicieux du point de vue scientifique mais un cercle vertueux du point de vue techno-industriel. Éliminer dès la conception les non-conformes et les indésirables, c’est attaquer la diversité génétique et rendre l’espèce plus vulnérable. Donc, renforcer la dépendance à la sélection artificielle pour éviter la « dégénérescence ». Voyez ces pitoyables vaches Holstein, usines à lait standardisées, difformes et incapables de tenir sur leurs pattes. Le techno-capitalisme ne connaît pas d’autre loi : détruire les processus et les produits naturels et gratuits, pour les remplacer par des succédanés artificiels et payants. La reproduction artificielle et la sélection sont des marchés comme les autres.

Si l’ouverture de la PMA à toutes les femmes offre à ces marchés un nouveau champ d’expansion, elle ne les crée pas : ils existent depuis les débuts de la procréation technologique. Ce que la Manif pour tous, qui distingue entre les « bons usages » de la PMA (pour les hétéros) et les « mauvais » (pour les homos et les femmes seules) fait mine d’ignorer. Pour les cathos d’Alliance Vita par exemple, seule « la PMA hors cas d’infertilité » entraînerait « l’exploitation de la « matière première reproductive » » et le risque eugéniste[54]. La réalité contredit leur cécité idéologique : le tri est déjà en plein boom.

 

En ce mois de mars 2018, on inaugure au CHU de Grenoble le cinquième centre de DPI français. Le Daubé nous apprend à cette occasion que « les quatre premiers centres sont complètement débordés face à une forte demande et des délais d’attente de 18 mois à 2 ans[55]. » Le diagnostic préimplantatoire est une pratique transhumaniste courante en France depuis son autorisation par la loi de bioéthique de 1994 ; puis l’élargissement de son champ d’application en 2004, pour détecter une maladie grave à révélation tardive chez un ascendant direct, ou pour sélectionner un enfant donneur de cellules-souches pour un frère ou une sœur malade. On voit que les lois de bioéthique servent à quelque chose.

 

L’Institut d’éthique biomédicale de l’université de Zürich analyse ce glissement :

« Chez les pays ayant autorisé le tri d’embryon, on observe une tendance nette à élargir de plus en plus les indications du recours à cette technique. Cela pose dans toute son acuité le problème de la « pente glissante », c’est-à-dire du risque de s’engager, sans le vouloir, dans un processus aboutissant à des conséquences de plus en plus pernicieuses pour l’ensemble de la société. Dans le cas du DPI, le risque majeur est de se trouver dans une course imparable vers une nouvelle forme d’eugénisme[56]. »

 

Sans le vouloir ? Ce n’est pas faute de débats, de rapports de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques, du Comité consultatif national d’éthique ou du Conseil d’Etat, ni de controverses publiques par voie de presse, de livres ou de conférences. C’est en toute connaissance de cause, et dûment alertés par les « obscurantistes réactionnaires bioconservateurs », que l’Etat a choisi l’eugénisme, d’une loi de bioéthique à l’autre (1994, 2004, 2011). Tout ce qui est techniquement possible est réalisé.

 

C’est ce qu’a compris dès 1985 l’Américaine Gena Corea, auteur de The Mother Machine[57], et membre du réseau international des féministes contre les technologies de reproduction (Finrrage). Celle-ci démontre alors comment la grossesse et la procréation sont peu à peu passées sous la coupe du pouvoir technologique. Quelle femme enceinte se risquerait désormais à refuser une échographie « de contrôle » ? Idem pour l’extension de l’amniocentèse, de la césarienne, des tests prénataux. La fécondation in vitro, destinée au départ aux femmes avec des trompes bouchées ou déficientes, s’emploie aujourd’hui en cas de stérilité masculine, de risque de transmission de maladies, etc. La FIV ne risque-t-elle pas de devenir la norme pour se reproduire ? interroge Corea, qui conclut : « Les technomédecins ne veulent pas aider les femmes. Ils veulent nous contrôler[58]. »

 

Donner vie n’est pas donner la vie

Tant qu’à choisir, autant tout choisir. Tout décider, tout maîtriser, tout programmer. La volonté illimitée de toute-puissance s’enfle du progrès des technologies de reproduction avec d’autant plus d’avidité qu’il s’agit de fabriquer des êtres vivants. – Maman, comment on fait les bébés ?

« Donner la vie »  – entendez « transmettre la vie », pour les animaux politiques comme pour les autres mammifères, consistait jusqu’ici à accomplir à deux les gestes nécessaires à l’apparition d’un troisième, en laissant faire des processus autonomes, spontanés. Insupportable pour des aspirants-dieux dont le slogan est : « Remplacer le naturel par le planifié[59] ». La rage technicienne de « mise en ordre rationnelle du monde » (Gorz) n’avait pas de raison d’épargner la naissance. Rappelez-vous Frankenstein de Mary Shelley.

 

« Remplacer le naturel par le planifié », c’est substituer au mouvement propre des étants l’artifice et ses mécanismes programmés. Troquer l’autonomie du vivant contre l’hétéronomie du fabriqué. Supprimer la naissance. C’est-à-dire, détruire la génération commune qui fonde le genre humain. Une destruction créatrice censée réparer chez les ennemis de l’humain la « honte prométhéenne » (Günter Anders) – étrange névrose aux effets ravageurs :

« [L’homme] a honte d’être devenu plutôt que d’avoir été fabriqué. Il a honte de devoir son existence – à la différence des produits qui, eux, sont irréprochables parce qu’ils ont été calculés dans les moindre détails – au processus aveugle, non calculé et ancestral de la procréation et de la naissance. Son déshonneur tient donc au fait d’ »être né » […][60]. »

 

Le verbe « naître » vient du latin nasci, qui donne également « croître, pousser » pour les végétaux, mais aussi « commencer ». Natura signifie à la fois « naissance » et « nature ». Le naturel est ce qui naît, par opposition à l’artificiel, qui est fabriqué. En grec, Aristote utilise phusis (« nature ») pour désigner les choses qui contiennent en elles-mêmes leur principe de développement, à l’inverse des artefacts :

« En effet, les étants par nature ont tous manifestement en eux-mêmes un principe de mouvement et de repos, les uns selon le lieu, les autres selon la croissance et la décroissance, les autres encore selon l’altération[61]. »

C’était avant le progrès. Désormais, on peut lire dans Libération, sous la plume d’une Madame Spranzi, maîtresse de conférences en histoire, philosophie et éthique des sciences, une autre définition :

« La PMA valorise au contraire le naturel si l’on oppose ce terme non à artificiel, mais à conventionnel. (…) La médecine permet au désir on ne peut plus naturel d’enfanter d’être enfin réalisé (…) indépendamment même de la capacité biologique de le faire : l’apport de la science ne change rien au caractère « naturel » de la PMA[62]. »

 

Et si on oppose « table » à « fromage » ou « plafond », on fait du Ionesco, c’est-à-dire du théâtre de l’absurde, ce qui amuse beaucoup les enfants et embrouille leurs parents.

 

Jusqu’ici, les humains de naissance composent avec du donné dont une part échappe à toute volonté. La Fortune est impersonnelle et distribue ses lots à l’aveugle. Savoir que nous ne devons à personne la couleur de nos yeux, le son de notre voix et nos traits physiologiques, garantit notre liberté individuelle (dans certaines conditions sociales, bien sûr). Nous devenons des individus en agissant à partir de ce donné. Comme le dit l’historien Marcel Gauchet :

« Prendre en charge cette contingence et la solitude qui s’y attache, c’est ce qui fonde notre capacité d’indépendance psychique, c’est là que se joue la constitution de l’identité personnelle[63]. »

 

« Donner vie » à une créature fabriquée, à l’inverse de « donner la vie », est une prétention démiurgique. Décider soi-même des traits génétiques d’un individu, c’est conditionner une part de son existence selon son propre désir. Si mon concepteur a choisi mes caractères génétiques, ce choix m’inflige envers lui une dette écrasante. D’où les relations « asymétriques » dénoncées par le philosophe allemand Jürgen Habermas, entre programmé et programmateur : des liens de subordination implacables[64].

 

Certes nous dépendons d’autrui pour devenir un humain, un animal social, dans un monde façonné par d’autres avant nous. Mais tout homme reçoit sa liberté d’action avec sa naissance. L’humanité renaît avec chaque homme. Par le seul fait de sa naissance, chacun peut créer un « commencement » (Arendt), c’est-à-dire agir en étant davantage que le produit d’une socialisation.

En éliminant le hasard, le design de l’enfant détruit les fondements de cette liberté. Mais pour les anthropophobes, la liberté est un choix de consommateur entre des modèles plus ou moins interchangeables, en libre-service. James Hughes, bioéthicien transhumaniste, fondateur de l’Institute for Ethics and Emerging Technology :

« Si vous sélectionnez, sur catalogue, la plupart des gènes de votre enfant, cette sélection renforcerait probablement l’importance de vos liens parento-sociaux avec vos enfants.[65] »

Au temps pour l’autonomie psychique et le droit de choisir leur voie des êtres-marchandises ainsi manufacturés. On leur souhaite de rester conformes à la commande de leurs acquéreurs, sinon gare aux liens parento-sociaux. Quand on investit des dizaines de milliers de dollars dans un spécimen, ce n’est pas pour qu’il vous échappe dès 15 ans.

L’enfant génétiquement modifié est dans l’éprouvette

La « pente glissante » de la reproduction artificielle conduit de la FIV au diagnostic préimplantatoire et au big data génétique, puis aux gamètes artificiels, aux bébés transgéniques et poussés en bocaux. Nulle extrapolation dans ce tableau. Voici déjà la FIV « à trois parents » : en 2016, le premier bébé porteur de l’ADN nucléaire de ses parents et de l’ADN mitochondrial d’une donneuse naissait aux Etats-Unis. Le Royaume-Uni a autorisé ce mode de conception la même année. Faire un bébé réclame un budget, des infrastructures techno-scientifiques, une expertise juridique et la collaboration d’un nombre croissant de partenaires. Potentiellement, six personnes (les porteurs du projet parental, les donneurs de gamètes, la mère porteuse), plus les équipes techniques. Ce n’est plus un livret de famille, c’est un générique de film.

 

Après le DPI, voici le séquençage génétique (screening) des embryons, réclamé à grands cris en 2016 par 130 médecins et biologistes français[66]. Selon le transhumaniste Gregory Stock, ex-directeur du programme de médecine, technologie et société à la faculté de santé publique d’UCLA :

« Le screening des embryons par biopuces arrivera dans la décennie et, au-delà des maladies, il permettra en effet de tester des aptitudes, des tempéraments, des personnalités pourvu qu’ils comportent une part génétique, ce qui est en général le cas. Pour autant, les futurs parents n’agiront pas nécessairement dans une logique d’ »amélioration ». Ainsi, on peut parfaitement imaginer que des sourds choisiront d’avoir des enfants sourds. Mais l’inverse est également vrai : une personne renfermée pourra corriger ce qu’elle estime être un défaut en atténuant la timidité de sa descendance[67]. »

 

Ayez l’esprit start up : imaginez la convergence entre la puissance de calcul des algorithmes et la génétique ; des modèles statistiques à partir d’immenses bases de données d’ADN pour prédire les caractéristiques d’un embryon conçu in vitro. Ces bases de données enflent chaque jour. 23andme, la boîte d’Anne Wojcicki (ex-épouse du patron transhumaniste de Google Sergeï Brin), qui vend du séquençage ADN comme d’autres des smartphones, monétise ses deux millions de profils ADN auprès des labos pharmaceutiques[68]. Son concurrent Ancestry revendique 6 millions de profils ADN. Début 2018, le généticien de Harvard George Church, pilote du programme « Human Genome Project – Write » (projet de création d’un génome humain artificiel) a lancé Nebula Genomics, pour dépasser ses concurrents en rémunérant les clients qui autorisent l’exploitation de leur ADN[69]. Ça devrait marcher. La Biobank britannique (para-publique) met en ligne les données génétiques et les dossiers médicaux (anonymes) de 500 000 sujets de sa Majesté. Etc. Bienvenue dans le big data génétique.

Lâchez une « intelligence artificielle » dopée à l’apprentissage profond dans de telles bases de données, vous obtenez, promettent les fondateurs de Genomic Prediction, un outil performant de sélection d’embryons suivant des critères de taille, de poids, de couleur de peau, de prédisposition à certaines pathologies, voire de QI. Selon la revue du Massachusetts Institute of Technology, cette start up américaine est financée par des magnats de la Silicon Valley – les transhumanistes siliconiens – et son patron, le bio-informaticien danois Laurent Tellier, s’inspire du film Bienvenue à Gattaca. Son co-fondateur, Stephen Hsu, compte sur les « milliardaires et les types de la Silicon Valley » pour utiliser sa technologie et « faire des FIV même quand ils n’ont pas besoin de FIV[70] ». Ensuite, note Hsu, le reste de la société suivra. Précisons : ceux qui en auront les moyens.

 

Le co-fondateur de la World Transhumanist Association, Nick Bostrom, se réjouit de cette perspective, à la manière sournoise des ennemis de l’humain, attendant que le progrès œuvre pour leurs desseins :

« L’ensemble des traits qui peuvent être sélectionnés ou éliminés va beaucoup s’étendre dans les deux prochaines décennies. Une tendance forte des progrès en génétique comportementale est la chute rapide du coût du génotypage et du séquençage des gènes. L’analyse d’un trait complexe à l’échelle du génome, qui fait appel à des études sur un nombre très important de sujets, commence tout juste à être réalisable et va considérablement améliorer notre connaissance des architectures génétiques des traits humains cognitifs et comportementaux. Tout trait dont l’héritabilité est non négligeable (y compris une capacité cognitive) pourrait alors faire l’objet d’une sélection[71]. »

 

Ce même Bostrom milite pour que « la somme de nos choix résulte dans la naissance de telle personne plutôt que telle autre[72] » :

« Peut-être l’amélioration germinale conduira à plus d’amour et d’attachement parentaux. Peut-être certains pères et mères trouveront plus facile d’aimer un enfant qui, grâce aux améliorations [génétiques], sera brillant, beau et en bonne santé[73]. »

 

Vae victis. Malheur aux niais, moches et malades. De l’art d’enfoncer des portes ouvertes. Vous ne reprocheriez pas à des parents de vouloir aimer leur enfant ? Ça tombe bien, répondent les scientifiques qui ne font que leur travail, voici Crispr-Cas9, nos ciseaux génétiques pour éditer le génome des êtres vivants. Couper, copier, coller, travail à façon. On n’en est pas aux BGM (bébés génétiquement modifiés), un peu de patience, la technologie n’a que six ans. Quand nous rédigions La Reproduction artificielle de l’humain avec Alexis Escudero en 2014, nous n’imaginions pas que la course à l’humain génétiquement modifié avait commencé. Tout juste avions-nous connaissance du premier embryon humain modifié à New York[74]. Depuis, la presse a vanté la prouesse des deux co-inventeuses de l’outil « révolutionnaire » Crispr, l’américaine Jennifer Doudna et la française Emmanuelle Charpentier. Elles ont pour leur exploit reçu le Breakthrough Prize remis par les milliardaires transhumanistes de la Silicon Valley. Ils ne pouvaient faire moins.

 

« « Crispr-Cas9 permet de modifier le génome de tous les êtres vivants, aussi bien dans les domaines végétal et animal qu’humain. Et sa simplicité a généré une explosion de créativité dans les laboratoires », explique, enthousiaste, le professeur Jean-Louis Mandel, titulaire de la chaire de génétique humaine au Collège de France. (…) « Il faut continuer à pouvoir faire de la recherche ». (…) Le généticien plaide aussi pour que les scientifiques puissent corriger, lorsque cela sera possible, des anomalies portées par les spermatozoïdes ou les ovules et qui provoqueraient certaines maladies (…)[75]. »

 

Ce professeur Mandel, membre des académies des Sciences et de Médecine, n’est pas transhumaniste. Simplement, comme scientifique, il trouve légitime d’élargir le champ de son intervention, moyennant quelques encadrements bioéthiques garantissant le repos de sa conscience. Il sait aussi que l’offre – la « créativité » des labos – crée la demande.

 

En quatre ans, l’expansion de Crispr-Cas9 a explosé plusieurs barrières. En 2016, le Royaume-Uni et la Suède ont donné leur feu vert pour expérimenter la technique sur des embryons humains. En février 2017, les académies américaines des Sciences et de Médecine ont approuvé l’édition germinale pour éliminer des maladies héréditaires graves chez des embryons. Les Chinois ne les avaient pas attendues pour faire leurs tests sur des embryons humains. Pour se faire la main, ils ont créé des micro-cochons. On parle ici de modifications génétiques transmissibles aux générations suivantes. Imaginez des lignées d’humains à taille réduite, économes en eau, en alimentation et en espace vital : voilà un programme écologiste.

 

Interrogée sur l’édition génétique d’êtres humains, Jennifer Doudna répond, avec une candeur toute scientifique : « C’est trop tôt[76]. » Question d’acclimatation des esprits, le temps que la banalisation œuvre – et que la technologie s’améliore, car on déplore quelques à peu près. Les fortes têtes nous feront une fois de plus le coup du bluff technologique : « Ce ne sont que des effets d’annonce, on n’en est pas là, ils n’y arriveront jamais, il ne faut pas prendre pour argent comptant les discours triomphalistes des scientifiques, etc ». On en a entendu bien d’autres à propos des nanotechnologies, des technologies convergentes, des puces RFID.

Quant aux scientifiques, ils affectent des craintes, afin de couper court à l’expression des critiques et de garder le contrôle de leurs activités, hors de toute ingérence du public. Dès 2015, ils ont demandé un « moratoire sur les modifications touchant à la part héréditaire du génome humain[77] ». Les chercheurs pyromanes n’aiment rien tant que jouer les pompiers. Ils ont aussi fait le coup avec l’intelligence artificielle : « une menace pour l’humanité, qu’il faut encadrer », articule le robot Elon Musk, vendeur de voitures conduites par des intelligences artificielles. On se souvient qu’en 1975, déjà, des généticiens et ex-physiciens du projet Manhattan réunis à Asilomar avaient demandé un moratoire sur les manipulations génétiques. Heureusement, ni le progrès ni l’innovation n’en ont souffert, ce qui permet aujourd’hui aux deux inventeuses de Crispr de déposer leurs brevets,

« cré[ant] leurs propres start up et engage[ant] des alliances avec des groupes pharmaceutiques. Et si, sur le plan éthique, les pays occidentaux sont tenus par des cadres, ce n’est pas le cas partout. Aussi un certain nombre de généticiens font-ils pression pour que les législations puissent changer, de peur de se faire doubler par leurs homologues asiatiques[78] », explique Jean-Hugues Déchaux, chercheur au centre Max-Weber de Lyon.

 

C’est ce qui s’appelle savonner la « pente glissante ».

 

Vivre, vieillir et mourir

Connaissez-vous le mini-drone pollinisateur mis au point par des chercheurs japonais en nanomatériaux ? Ce bijou de technologie recouvert d’un gel spécial capture les pollens des fleurs pour les déposer sur les pistils d’autres fleurs et assurer leur fécondation. Ces insectes-robots, se réjouit l’AFP (9/02/17), représentent une

« option attrayante surtout face à la diminution rapide du nombre d’abeilles dans le monde. Au rythme actuel du déclin des populations de ces insectes, les pollinisateurs robotisés pourraient bien être un jour la seule alternative[79]. »

 

Vous voyez qu’il y a de bons usages des nanotechnologies. Sans elles, comment réparer les catastrophes provoquées par l’industrie chimique ? On est bien contents d’avoir des nano-drones pour polliniser les plantes. Et des nano-hélices pour guider les spermatozoïdes ramollis vers l’ovule à féconder. C’est à l’institut des Nanosciences Intégratives de Dresde que l’on doit le « Spermbot[80] », le robot-pilote de spermatozoïdes qui doit révolutionner la procréation technologiquement assistée. On voit que l’épidémie de stérilité fabriquée par la société industrielle a ses bons côtés : elle stimule la « créativité » des chercheurs et crée de nouveaux marchés.

 

Tandis que les populations d’insectes pollinisateurs s’effondrent, le nombre de spermatozoïdes a diminué en moyenne de moitié entre 1973 et 2011, aux États-Unis, en Europe, en Australie et en Nouvelle-Zélande[81]. En cause, selon les chercheurs, les perturbateurs endocriniens, mais aussi la sédentarité, l’obésité, le stress. Bref, le mode de vie des techno-sociétés, dans lesquelles l’industrie artificialise et vend d’une main les processus naturels et gratuits qu’elle détruit de l’autre.

Ce mode de vie – efficacité, compétition, accélération – retarde aussi l’âge de la première grossesse, augmentant les problèmes de fertilité féminine (qui chute après 35 ans). Sans doute les femmes – les CSP + surtout – privilégient-elles leur vie professionnelle. Elles le font d’autant plus que la technologie les y invite. Plutôt qu’une solution sociale – organiser le monde du travail en fonction des contingences de la maternité, garantir aux femmes le niveau de salaire et la progression statutaire durant leur congé, repenser la contribution des pères – la technocratie a intérêt à favoriser la solution technologique. D’où l’offre tellement progressiste de Facebook d’offrir à ses employées la congélation de leurs ovocytes. On voit l’inanité des revendications « féministes » au droit à « garder nos œufs au frais », comme dit le magazine Causette, afin de mieux se plier aux exigences de l’économie. Pour défendre (refrain) « le droit de chaque femme de disposer de son propre corps », celui-ci clame : « le vieillissement ovarien doit être considéré comme une pathologie ».

Interview de la gynécologue spécialiste de l’infertilité – ex-membre du CCNE – Joëlle Belaïsch-Allart :

« – Est-ce réellement une question éthique ? (NdA : la congélation des ovocytes)

C’est avant tout une question d’ordre médical : le vieillissement est une pathologie[82]. »

 

C’est ainsi, lectrice de Causette, magazine « plus féminin du cerveau que du capiton », que le transhumanisme vampirise ton esprit. L’idée que le vieillissement serait une maladie est l’un des fondements idéologiques des ennemis de l’humain. Le biogérontologue transhumaniste anglais Aubrey de Grey a fondé un institut de recherche, SENS Research Foundation, dédié à la « médecine méliorative », afin d’allonger indéfiniment la durée de la vie. Il compare le vieillissement à la malaria, arguant que celui-ci tue bien plus que celle-là. De son côté, l’Association française transhumaniste radote :

« Qu’est-ce qui différencie le vieillissement d’une maladie, au fond ? Il en a toutes les caractéristiques ! Cette question un brin provocatrice est une invitation à nous interroger sur l’arbitraire de nos catégories. [Le vieillissement] n’a rien d’intrinsèque à la vie, et on pourrait parfaitement imaginer le ralentir, le stopper ou même l’inverser[83]. »

 

Si le vieillissement est une maladie en raison de son caractère létal, alors la vie est la pire des maladies. Jusqu’ici, nul mammifère n’échappe à la finitude. Cette universelle condition nous unit à nos congénères et au monde vivant depuis ses origines. Ce n’est pas drôle de vieillir et de mourir, mais savoir que nous y passons tous, qu’éventuellement nous transmettons la vie aux suivants, avait créé une fraternité des vivants, nourri nos représentations symboliques, y compris celles liées à la reproduction, et notre sens de l’humour (pas chez tous, certes). Dans le laboratoire des Solutions technologiques, tout ce qui nous approchait du sentiment d’éternité, dans l’art et les idées, se dégrade en protocole expérimental. Echange Homère et Schubert contre garantie de révision corporelle illimitée.

 

Il faut l’hybris des aspirants dieux pour prétendre se soustraire à cette réalité par la seule puissance de leur volonté. Causette et Joëlle Belaïsch-Allart travestissent ce désir infantile de toute-puissance en nouveau droit. Prosaïques, elles imitent ces chercheurs américains avides d’élargir l’usage d’un médicament contre le diabète à la « lutte contre le vieillissement » – le marché des vieux, c’est autre chose que celui des diabétiques. Pour y parvenir, leurs collègues, en 2015, ont tenté de convaincre la Food and Drug Administration de classer le vieillissement comme pathologie. En effet, explique le chercheur Nir Barzilai à l’origine de cette manipulation :

« « les compagnies pharmaceutiques ne développeront pas de médicaments n’ayant pas d’indication » officielle de la FDA, car c’est une condition sine qua non pour obtenir le remboursement des traitements par les assurances santé[84] ».

 

Si la Sécu reconnaissait le vieillissement ovarien comme une maladie, elle rembourserait la congélation des ovocytes (et le Botox, donc, sur ce principe). Cela mérite une concession au transhumanisme. En attendant la fabrication d’ovocytes à partir des cellules-souches, qui règlera la question.

 

Le constat est partagé. Tandis que l’homme pubère (à partir de 12-13 ans), produit des spermatozoïdes toute sa vie, la petite fille vient au monde avec un nombre fini d’ovules, destinés à éclore un par un, mois après mois, de la puberté à la ménopause (en moyenne, de 13 à 51 ans). Soit environ 450 ovules dans une vie. Si vous êtes une fille sans pilule, pas trop insensible à vous-mêmes, vous savez peut-être ces jours plus désirants, en période d’ovulation. Pas louper le coche, rappellent vos hormones, même à celles qui ne veulent pas d’enfant (ou qui réduisent leur féminité à « une construction sociale »).

Cette finitude en soi confère sans doute un rapport singulier au temps et à la mort, pour le coup différent de celui des hommes. La perception, même inconsciente, d’une limite. Que les enfants ont besoin de parents jeunes et qu’il y a un temps pour tout (faire son premier enfant à 60 ans, est-ce une bonne idée, Pierre Moscovici ?). On rêve, bien sûr. Il y a dans cette expérience intime trop de matière à penser. Mais dans une époque mécanique, « l’horloge biologique » et les solutions technologiques ont tué la conscience.

 

Et l’indifférenciation, au nom de l’égalité, a tué la dialectique. Voyez ces protestations de militantes de la reproduction artificielle contre l’avis du Comité consultatif national d’éthique (CCNE), défavorable à l’« autoconservation ovocytaire » :

« L’autoconservation ovocytaire renvoie à un autre enjeu féministe que celui de la liberté, il signale l’importance nouvelle que revêt l’égalité des femmes et des hommes face au projet parental. La technique apparaît comme le moyen d’une égalisation des conditions procréatives. Les femmes se voient enfin offrir la possibilité de vivre leur vie sociale aussi pleinement que les hommes tout en ne sacrifiant pas leur potentialité maternelle[85]. »

 

Pourquoi préserver des rapports divers au monde et au temps, quand la technologie nous offre l’uniformité ? Vivement l’utérus artificiel.

 

Vers la reproduction asexuée

A en croire la presse et la sociologie, trouver un partenaire stable en 2018 relève du mythe de Sisyphe. Grâce aux réseaux sociaux et aux applis toujours plus disruptives, il est toujours plus compliqué de se rencontrer et de vivre ensemble. Il paraît aussi que les écrans concurrencent la vie sexuelle. D’après le chercheur de l’université de Cambridge David Spiegelhalter[86], les couples anglais ont 40 % de rapports sexuels de moins en 2010 qu’en 1990. A ce rythme, c’est fini en 2030. Même constat aux Etats-Unis : les couples ont neuf fois moins de rapports sexuels dans les années 2010 que vingt ans avant, et les « Millenials » (nés après 1990) sont les plus touchés[87]. La plupart reconnaissent consacrer plus de temps à leur smartphone qu’à leur partenaire. On le savait depuis les années soixante, la natalité baisse quand la télé arrive. Non seulement, elle vampirise le temps que l’on passait au lit, au bistrot, à vivre pour de vrai, mais elle forme les spectateurs en propageant des modes de vie approuvés par la Direction des programmes, au détriment des cultures populaires arriérées. Avec Internet, le porno est à portée de vue permanente des adolescents. Selon les spécialistes, cela en détourne une grande partie de la sexualité avec des humains en chair et en os. Bref, l’écran fait écran, et on ne fait pas de bébés en réalité virtuelle.

 

Cinquante ans de progrès technologique ont transformé le désir d’une sexualité sans reproduction en celui d’une reproduction sans sexualité. Sans corps.

 

« Le soupçon qui touche le corps n’épargne pas la fécondation ; après la gestation et l’accouchement qui ont cessé d’être tout à fait de l’ordre du corps pour être médicalisés, les biotechnologies ont bouleversé également le cycle de la reproduction. Au hasard de la conception et de la gestation, on oppose alors une médecine du désir, des interventions sur les gènes, sur les embryons, voire sur le fœtus, on dissocie les différents temps de la maternité en séquences manipulables dont on cherche la maîtrise[88]. »

 

Et vous n’avez encore rien vu. La dernière tendance chez les bio-manipulateurs est aux gamètes artificiels. A partir de cellules souches pluripotentes embryonnaires ou induites, par exemple prélevées sous la peau, les laboratoires développent indifféremment ovules et spermatozoïdes. Finie la différenciation mâle/femelle, chacun peut produire les deux types de gamètes in vitro. Les couples de femmes pourront se reproduire et transmettre leur ADN, en appariant les ovocytes de l’une et les spermatozoïdes fabriqués à partir des cellules souches de l’autre. Naturellement, elles ne pourront faire que des filles, du moins tant que la technologie ne leur greffera pas de chromosome Y – mais ne serait-ce pas enfin la libération du système patriarcal ?

La science avance. On a déjà fabriqué des souriceaux de cette manière. Selon des biologistes de la reproduction de Montpellier :

« Si l’application de la médecine régénératrice en reproduction humaine n’est pas pour l’immédiat, cette nouvelle arme thérapeutique tient plus d’une réalité à venir que de la fiction[89]. »

 

Pour les couples hétéros et homos, les femmes qui craignent le déclin de leurs ovocytes et, à terme, ceux qui rêvent d’autoreproduction, plus besoin de quémander la générosité de donneurs, enfin l’autonomie ! (les hommes devront tout-de-même trouver un utérus, en attendant l’ectogenèse). Ce que René Frydman, l’autre co-ingénieur d’Amandine et lobbyiste de la reproduction artificielle, qualifie avec la philosophe Monique Canto-Sperber, de « fin des problèmes moraux[90]. » Pas d’humain, pas de problème, disait Staline – ni de morale.

 

Laurent Alexandre, haut-parleur transhumaniste :

« La technologie va permettre aux homosexuels d’avoir des enfants biologiques porteurs de gènes des deux parents, comme les couples hétérosexuels. (…) Le passage de ces techniques à l’espèce humaine est juste une question de temps et les associations homosexuelles militeront pour que ce délai soit bref[91]

 

Voici enfin la technologie homoreproductrice qui rendra justice aux « politiquement stérilisés » que défend Beatriz/Paul Preciado. Moyennant de menus arrangements avec le système techno-industriel, le marché biotechnologique, le transhumanisme… et la cohérence. Pourquoi donc vouloir transmettre ses propres gènes, c’est-à-dire suivre les principes naturels de l’engendrement, quand on prétend si farouchement s’affranchir de ces mêmes principes ? Les déconstructeurs de la nature ne veulent pas tant déconstruire qu’imiter et égaler cette nature qui « n’existe pas[92] » et s’approprier ainsi la toute-puissance du vivant.

 

Avantage collatéral de cette solution : la disponibilité d’ovocytes en nombre illimité permettra la production d’embryons en série, donc un choix décuplé et une meilleure sélection. Ce que le directeur du Center for Law and the Biosciences de Stanford, Henry Greely, nomme « DPI facile » (« easy PGD »), dans un livre au titre explicite paru en 2016 : The End of Sex and the Future of Human Reproduction[93]. Selon cet expert, la reproduction asexuée deviendrait la norme d’ici 20 à 40 ans, chacun préférant choisir sa progéniture parmi 100 ou 200 embryons fabriqués à partir de gamètes artificiels et testés pour éviter maladies, risque de maladies et risque tout court. Entre les couples infertiles, les femmes de plus de 40 ans, les couples homosexuels : « Je pense qu’il y a de gros, gros marchés, assez pour pousser le développement [de la technologie][94] », prédit-il.

 

Ajoutons : les transhumanistes. Lesquels n’ont pas raté ces annonces disruptives. Nick Bostrom et Carl Shulman :

« Si la sélection itérative d’embryons devient possible, cela changera complètement le coût et l’efficacité de l’augmentation [NdA : l’« augmentation » cognitive] par la sélection. Passé l’investissement initial, beaucoup d’embryons pourraient être produits à partir de la dernière génération, pour être fournis aux parents à bas prix[95]. »

 

Greely le Californien, qui se félicite de ces progrès, sait bien que les ennemis de l’humain sont à l’affût. Dans un entretien filmé, il sourit en toute bonhommie :

« If you care about the future of our species, you should care about this[96]. »

 

Eliminer l’humain pour éliminer l’erreur

A la pointe de l’innovation, le Conseil de Paris a décidé en mars 2018 de supprimer des documents administratifs les mots « père » et « mère », aussi obsolètes que le poinçonneur des Lilas. On doit désormais dire « parent 1 ; parent 2 ». Avouez que cela sonne plus familier à nos oreilles de techno-citoyens : « Tapez 1, tapez 2 ». Et c’est facile à décliner : « Parent 3, parent 4, parent Etoile ». Réduire les personnes à leur fonction générique, en détruisant leur singularité et les dimensions symboliques attachées à ces figures particulières, voilà de quoi réjouir les utilitaristes pour qui les humains sont des moyens interchangeables. D’ailleurs, pourquoi conserver cette notion archaïque de « parents », résidu d’un modèle familial réactionnaire, validant qui plus est une distinction hiérarchique avec les « enfants » ? Il serait tellement libérateur d’envisager des « associations contractuelles », « égalitaires », « mutualisant les rôles et fluctuant au gré des désirs » de chaque membre désigné par un simple numéro.

C’est ce qu’ont bien compris des entrepreneurs en « coparentalité », gestionnaires des sites co-parents.fr, coparentalite.net, childable.fr, qui mettent en relation de potentiels associés en « projets parentaux ». Ainsi Mathilde et Isabelle, qui a porté leur fils Marius, titulaire de deux papas : « Jean (le géniteur) et Christian (le père officiel). « On est amis de longue date, et il nous a paru plus simple d’organiser une coparentalité qui implique une résidence alternée sans rien demander à personne », commente Mathilde[97]. »

Comme le covoiturage et la colocation, la coparentalité est facilitée par Internet et permet une planification minutieuse. En l’occurrence, il s’agit d’organiser le « divorce » avant même la conception de l’enfant, ce qui épargne des tracas et des frais d’avocat. Magali, 40 ans, célibataire, ne veut pas d’homme dans sa vie mais « cherche activement un copapa ». « Le coparentage, ça commence un peu comme un divorce : on organise avec un inconnu la vie à venir d’un enfant pas encore né pour préserver ses intérêts », explique Céline, « comaman » enceinte de six mois[98]. On connaissait les copropriétaires de chevaux, détenteurs de « parts » de l’animal. Voici désormais les copropriétaires d’enfants, décidant des principes d’éducation et de la vie pratique de l’enfant en assemblée générale.

On oscille entre le retour à la horde primitive et le Centre de Conditionnement du Meilleur des Mondes. L’enfant de tous n’est l’enfant de personne.

 

Ayant éliminé l’humain de la sphère de la production (robots, automates, algorithmes), les machines le remplacent dans sa reproduction. Comme dans tous les aspects de la vie 4.0, le progrès est implacable : toujours moins d’humain. C’est ce que validera la loi de bioéthique si elle autorise les femmes à faire des enfants sans partenaire masculin. Comme le dit Anne, consultante en ressources humaines, à L’Obs : « J’ai fait ma petite fille toute seule, en Belgique[99]. » Alice, cinq ans, est sûrement fière d’avoir une maman si forte – Toute seule ! mais avec un laboratoire, un traitement de stimulation ovarienne, un dispositif de fécondation in vitro. L’autonomie assistée par la technologie et l’expertise.

L’indépendance, c’est la dépendance.

(Nous aurions volontiers ajouté cette sentence au trésor de la novlangue, si la novlangue elle-même n’avait été réécrite par une Madame Kamoun, qui la transforme en « néoparler » dans une modernissime traduction, juste parue chez Gallimard. Réécrire l’auteur de 1984, le double de Winston, le scribe du Commissariat aux archives, voilà une ironie typiquement orwellienne et que celui-ci aurait savourée.)

 

Le plus facile à évincer était le père. Son compte est réglé. Alice en réclame un, paraît-il, mais les générations futures auront oublié ce détail. Il en naît déjà dont le père est mort, dont restait un peu de sperme au congélateur[100]. Qui plus est, cette disparition s’effectue au nom du droit, ce qui garantit le confort moral de ceux que leur standing politique préoccupe. Et puis le père, hein, il faut bien dire que ça nous rappelait les heures les plus sombres de l’humanité.

 

L’élimination de la mère, plus difficile, passe par la fragmentation de son rôle, conformément au réductionnisme scientiste de l’époque. D’un côté, le génétique avec la fourniture des gamètes. D’un autre, le gestationnel, via la grossesse. Enfin le social, à travers le projet parental. Exploser ainsi le rôle maternel, en évacuant à nouveau toute dimension symbolique et humaine, permet d’artificialiser chaque partie du tout. Cela avait commencé avec l’hypermédicalisation de la gestation et de l’accouchement. C’est devenu un lieu commun : sous surveillance permanente, perpétuellement suspect de pathologie et de défaillance, le corps maternel a été confisqué aux femmes par la techno-médecine.

  • Vous êtes enceinte ? Oh la la, mais il fallait venir me voir avant la conception ! s’affole une sage-femme consultée par une Grenobloise.

Preuve de cette confiscation, le nombre de césariennes explose, au point que « l’OMS déplore une épidémie de césariennes[101] ». De 5 % dans les années 1970, le taux est passé dans les années 2000 à 23 % pour l’Europe, 35,6 % pour les Amériques, 24,1 % pour la région du Pacifique ouest[102]. La Chine urbaine en compte 64 %, et ce taux atteint 85 % dans les cliniques du Brésil. Selon l’OMS, 10 à 15 % de ces césariennes sont justifiées pour des raisons médicales. Les autres répondent à la volonté de maîtriser l’agenda, de gagner du temps ou d’éviter les désagréments de l’accouchement. On connaît une famille où la mère a programmé la naissance de sa fille le jour de son anniversaire. Signe que la naissance naturelle (pléonasme) est de moins en moins la norme, y compris dans l’imaginaire des parturientes. L’utérus artificiel ne devrait pas rencontrer beaucoup de résistance.

 

La reproduction artificielle achève le processus de dépossession. De la fécondation à la naissance, pas une étape n’échappe aux techniciens. Entendez-vous les militantes « féministes », homoparentales et LGBT dénoncer cette confiscation par la technologie ? La « liberté de disposer de son corps », soudain, n’importe plus. Quant aux femmes qui protestent contre cette tyrannie, elles sont aussitôt classées « réacs naturalistes ».

 

Le corps n’est plus que le moyen du « projet parental », à la satisfaction de la juriste utilitariste Marcela Iacub :

« Imaginons qu’on institue la filiation en fonction de la volonté, (…) le corps deviendra seulement le moyen de la reproduction et non plus la source du lien de filiation lui-même. L’accouchement doit demeurer un moyen, comme tous les événements naturels doivent être subordonnés à la volonté et à la liberté[103]. »

 

Les accents transhumanistes de cette tirade ne sont pas fortuits. La juriste, qui tient chronique régulière dans Libération, ne cache pas sa fascination pour la « mort de la mort ».

Aussi la location du corps réifié de « mères porteuses » – les couveuses humaines – s’impose-t-elle naturellement comme un moyen de satisfaire le désir d’enfant d’hommes souhaitant se passer des femmes, et de femmes qui ne peuvent enfanter mais dont les ovocytes sont sains et peuvent, une fois fécondés, être implantés dans un utérus à leur disposition. La maternité décomposée en morceaux permet de valider la procédure : si vous avez le projet parental, vous êtes « mère » – moyennant la fourniture de gamètes et d’un utérus.

Au gré de nos recherches sur l’actualité de la GPA, nous découvrons au-delà des exemples rebattus de Français partis acheter des bébés en Inde, en Ukraine ou aux Etats-Unis, le rôle pionnier d’Israël en matière de reproduction artificielle. C’est Jean Stern, cofondateur de Gai Pied en 1979, puis journaliste à Libération et à La Tribune, qui nous instruit dans son livre Mirage gay à Tel Aviv :

 

« Le « baby boom gay » en Israël, sans équivalent dans un autre pays par son ampleur, représente depuis 2010 plus de 10 000 naissances pour les lesbiennes et 5000 pour les hommes. […] Israël a été un pionnier de la fécondation in vitro, légale dès 1981. Le succès et le développement de la FIV sont considérés comme une réussite du savoir-faire israëlien en matière de biologie et de génétique, et font l’objet d’une grande fierté nationale. […]

Fidèle à son idéologie nataliste, Israël a été le premier pays au monde à se doter en 1996 d’une loi autorisant la « maternité de substitution ». Mais la loi réserve l’usage de la GPA aux hétérosexuels, sous le contrôle de l’Etat. Les gays souhaitant y avoir recours se rendent à l’étranger. « Ils louent des ventres, signent un contrat, payent, souvent très cher, parlent à peine à la mère porteuse, surtout si elle est asiatique, et repartent avec l’enfant », s’indigne le communiste tendance queer Uri Weltmann. L’achat d’un bébé a en effet un coût : à partir de 100 000 dollars aux Etats-Unis, 150 000 au minimum si la mère porteuse est juive, 50 000 dollars environ en Inde, aux Philippines ou en Thaïlande. A titre de comparaison, la GPA en Israël coûte entre 60 000 et 80 000 dollars pour les couples hétérosexuels. Malgré ces prix, la demande explose. Des agences d’assistance à la GPA, comme Baby Bloom, prospèrent sur ce marché de l’enfant en assistant les couples gays pour des démarches complexes[104]. »

Au temps pour ceux qui nous expliquent que la légalisation de la GPA la rendrait accessible à tous. En Israël comme ailleurs, la location d’utérus est réservée aux riches, même quand elle s’effectue dans le pays, de façon « encadrée ».

Quant aux prestataires en gestation, elles ont si bien ingurgité la bonne parole scientifico-éthique sur le morcellement sans dommage de la maternité, qu’elles récitent les mêmes rengaines sur la facilité du service rendu. Lequel exige d’ailleurs un contrôle technique encore accru, afin de garantir la qualité du produit.

 

Les tenants de la GPA déplorent pour la forme le sort des Indiennes, des Ukrainiennes et des femmes des pays pauvres qui louent leur ventre à de riches commanditaires pour des motifs lucratifs. C’est pour mieux promouvoir une GPA prétendument désintéressée, souvent incarnée par des Américaines avides de prouesses narcissiques, de reconnaissance et de puissance créatrice. Comme Julie Lynn Stern, six enfants pour cinq familles différentes :

« Elle tire de ses grossesses une immense fierté […]. Elle se souvient encore de la tête des parents quand on leur a tendu le bébé qu’elle venait de mettre au monde. « C’était gigantesque, tellement émouvant », dit-elle[105]. »

 

Avez-vous remarqué ? Les débats sur l’éthique du procédé sur concentrent sur les adultes : s’agit-il d’exploiter le corps d’une femme contre de l’argent ? Même quand celle-ci le fait par « plaisir » et « altruisme » ? Ne risque-t-elle pas de s’attacher à l’enfant ? Et pourquoi refuser la « GPA éthique » promue par Elisabeth Badinter ? Pourquoi interdire un service entre adultes consentants ?

 

Marc Roux, président de l’Association française transhumaniste, est l’un des rares à évoquer le résultat de l’opération – forcément heureux :

« [La GPA] participe complètement de cette même logique qui peut nous permettre de nous rendre le plus indépendant possible, si ce n’est le plus maître possible de nos corps. Dans le cadre d’une relation entre adultes responsables et consentants, la mise à disposition volontaire et gratuite de la fonction de reproduction n’a pas pour conséquence inéluctable, loin de là, des difficultés dans le développement de l’enfant à naître. Au contraire, dans le cadre d’une société qui aurait accepté et bien intégré cette possibilité de procréation, la GPA ne devrait pas poser davantage de problèmes que l’adoption[106]. »

 

Sans opposants, pas de problèmes, la GPA serait merveilleuse. Qu’en pensent les produits de ces contrats entre adultes ? Comment vit-on quand on a été désiré comme orphelin, destiné dès avant sa conception à être (aban)donné par celle à qui l’on doit la vie ? Accessoirement, que ressentent les enfants de la mère porteuse lors de ces grossesses sans frères ni sœurs – de ces dons/abandons d’enfants ? Leur pose-t-on seulement la question ?

Rares sont les témoignages et les études approfondies, sur le long terme et sur des cohortes suffisantes d’enfants nés de mères porteuses et devenus adultes. « On a quand même pas mal échangé de choses en neuf mois ! », lâche une de ces enfants, anonyme et désormais à la recherche de sa « bienfaitrice » : « C’est devenu une obsession[107] ». Il paraît, mais ne le dites pas aux réductionnistes du tout-social qui croient que rien de biologique n’intervient dans notre développement, que l’enfant et les deux parents communiquent pendant la grossesse. Que les voix de la mère et du père créent des émotions chez le fœtus. Que les Chinois, forts en métaphores, nomment le périnée « la porte des ancêtres » – mais ne versons pas dans l’obscurantisme généalogique.

Laurent Salomon, gynécologue obstétricien à l’hôpital Necker :

« « Le fœtus modèle et développe son cerveau (…) avec l’environnement qu’il a durant la grossesse. » Il peut s’agir des voix, des sons, des langues qu’il entend dans le ventre. D’ailleurs, poursuit le médecin, dès sa naissance, l’enfant répond de manière différente à la langue entendue durant la grossesse. (…) Cela va même plus loin. Le fœtus sent si ces sons, odeurs, ou autres, déclenchent du plaisir – ou de la peur – chez la femme qui le porte (en fonction des endorphines qu’elle produit). Résultat : « Le fœtus se sentira lui-même bien – ou mal – dans ces mêmes situations. » Il fabriquera les mêmes associations, au moins durant un certain temps.[108] »

 

Cas intéressant : des femmes enceintes suite à un don d’ovocytes expriment leur inquiétude quant à leurs liens avec l’enfant issu d’un ovule « étranger ». Elles se sentent « mères porteuses », rapporte la psychanalyste Geneviève Delaisi de Parseval, ardente avocate de la reproduction artificielle. Afin de rassurer ces futures mères, l’experte use d’un argument de poids : les liens mère/enfant s’établissent par la grossesse. « Même dans les colloques médicaux, la grossesse n’est plus considérée comme un simple portage[109] », soutient-elle. Puisque vous avez porté l’enfant, vous êtes sa mère.

 

Sauf si vous êtes mère porteuse, évidemment. Et Geneviève Delaisi de Parseval d’inverser alors son discours pour vanter la GPA :

« C’est donc un postulat simpliste de penser que la physiologie constituerait l’alpha et l’omega de la maternité : une femme ne devient pas mère, comme par magie, le jour où elle accouche ! (…) Quant à la question du vécu des enfants nés dans ces conditions (…) un bébé porté par quelqu’un d’autre que sa mère est capable, par déplacement, de faire un transfert sur d’autres adultes (…) Le fait que ce ne sont pas les gamètes de la gestatrice qui ont participé à la création de l’embryon constitue, à l’évidence, un facteur favorable à ce déplacement d’affects[110]. »

 

Face je gagne, pile tu perds. C’est comme ça vous arrange. Geneviève Delaisi de Parseval peut soutenir une chose et son contraire suivant les besoins de sa plaidoirie. D’un côté, elle garantit que la PMA avec « tiers procréateurs » (don de gamètes) est sans « risque psychique[111] ». De l’autre, elle explique : « L’autoconservation ovocytaire est bien moins transgressive que les techniques d’AMP avec don de gamètes, puisqu’elle n’engendre aucune « disjonction »génétique[112]. » De quoi ce double discours est-il le symptôme, Geneviève Delaisi de Parseval ?

 

Si l’humain est une pâte à modeler et à remodeler par la société, a fortiori le petit d’homme doit s’adapter à tout. Et il le fait, tant bien que mal – a-t-il le choix. Il remplit sa mission d’enfant, il protège ses parents. Quant aux effets sur l’individu et la société de ces combinaisons de transferts et d’affects déplacés, comme ceux des substances toxiques et de la pollution sur nos organismes, ils sont d’autant plus difficiles à prouver qu’on ne les cherche pas. Le cancer, c’est connu, est multifactoriel. La dépression et le désenchantement, idem. Puis, nous avons des médicaments pour traiter les symptômes. Comme disait le patron des industries chimiques françaises : « Les générations futures feront comme tout le monde, elles se démerderont ».

Il y avait déjà de quoi s’esclaffer devant les études sur les enfants de divorcés, dont on évalue le moral à l’aune de la réussite scolaire. Mauvais résultats, problème. Bons résultats, pas de problème. Personnellement, plus ça allait mal à la maison, plus je m’appliquais à n’en pas rajouter et meilleures étaient mes notes. Mes bulletins ont dupé jusqu’aux statistiques. L’humain a ses raisons que la sociologie ignore.

 

Cependant, quarante ans après les débuts de la reproduction artificielle de l’humain, des indices apparaissent. Du réel se manifeste. Telle cette revendication insistante d’une génération arrivée à l’âge d’enfanter, et qui veut connaître l’identité de ses « donneurs de gamètes ».

« Il me manque des réponses, sur l’inné, sur l’acquis[113] », dit Guillaume, 34 ans, dentiste et peu convaincu de n’être que le produit d’une volonté. Comme les membres de l’association PMAnonymes, en quête de leurs origines, à l’image d’Alexia, 28 ans :

« Les personnes créées de don de sperme, c’est une nouvelle génération d’humains. Qu’on le veuille ou pas, c’est la réalité : on est créés de manière différente. Il n’y a pas d’acte charnel ni sexuel pour nous faire. On n’a pas deux racines, on en a trois. (…) Je veux connaître mon donneur pour connaître mon histoire, mes origines, pour connaître les liens en commun… quelque chose de plus humain qu’une machine ou un laboratoire écrasant[114]. »

 

Refuser l’accès à l’identité du donneur, ajoute la psychiatre et psychanalyste Muriel Flis-Trèves, « c’est ne rien entendre des souffrances et des cris des individus concernés » :

« Ceux qui demandent cet accès aimeraient ne pas être privés de leur propre histoire, connaître le visage de leur donneur, bref, mettre un peu d’humanité sur cette béance originelle[115]. »

 

Et puis quoi encore. L’humanité, c’est précisément ce qu’évacuent la technocratie et l’intelligentsia postmoderne. Faut-il l’expliquer à la présidente de la Fédération nationale des centres de conservation des œufs et du sperme (Cecos), Nathalie Rives ? La levée de l’anonymat, plaide-t-elle,

« permettrait de répondre aux attentes de certains enfants ou jeunes adultes conçus par don, en humanisant le donneur, sans déstabiliser l’édifice actuel[116]. »

 

D’après la « nouvelle génération d’humains » en manque d’humanité, l’accès aux « donneurs » supprimerait le problème. Voire. Pour les extrémistes de l’artificialisation, elle permettrait surtout de faire la part du feu. Lâcher quelques informations afin d’élargir la reproduction artificielle sans craindre un retour d’affects déplacés. Cynisme assumé par la sociologue militante Irène Théry :

« Il est temps de garantir les places de chacun, en passant d’une logique de rivalité (supposée) entre parents et donneurs à une logique de complémentarité conforme aux faits et à leur sens. Si nous nous accordons sur cette belle ambition, alors tout un ensemble de revendications qui paraissent aujourd’hui disparates – ouverture de la PMA à toutes les femmes, accès aux origines, droits des enfants nés de GPA à l’étranger, autoconservation des ovocytes… – prendront tout leur sens et pourront être discutées de façon beaucoup plus apaisée[117]. »

 

 Mère-Machine s’occupera de tout

Ayant réduit la gestation à un dispositif séparé et technifié, il est logique de la confier aux machines. Tant qu’on nous réduira à l’état de robots, les robots nous réduiront à néant. Les couveuses artificielles remplaceront bientôt les couveuses humaines, achevant la volonté technicienne d’extérioriser le processus de gestation, déjà à l’œuvre avec les échographies « de contrôle » et le monitoring électronique du fœtus.

 

VRP de l’homme-machine à la mauvaise joie la plus grossière, le journaliste de Libération Luc Le Vaillant en braille d’extase :

« Tout ce qui est scientifiquement possible sera réalisé. Il ne sert à rien d’interdire, cela crée de la friction et de la délinquance là où il n’y a que désir d’imitation normalisée. Et puis, ce transhumanisme en gestation me fascine plus qu’il ne m’affole. Cela m’exalte, ce monde faustien qui invente de nouveaux corps. Les anti-GPA font souvent le parallèle avec le trafic d’organes. Qu’ils cessent de dramatiser ! Infertilité ou soins, la meilleure réponse sera technologique. Demain, les répliques façon cœur Carmat seront plus performantes que les transplantations du vivant. Et l’utérus artificiel finira par remplacer les prestations humaines[118]. »

 

C’est bien ce qu’espèrent transhumanistes et cyberféministes. Les premiers en raison de leur haine du corps, cette guenille répugnante. Comme le dit Joseph Fletcher, expert en éthique biomédicale d’Harvard :

« Nous réalisons que l’utérus est un endroit obscur et dangereux, un milieu plein de périls. Nous devons souhaiter que nos enfants potentiels se trouvent là où ils peuvent être surveillés et protégés autant que possible[119]. »

 

Voilà qui rappelle le dégoût misogyne de la naissance : « Inter faeces et urinam nascimur[120] » (nous naissons parmi les fèces et l’urine). Dégoût partagé par la féministe américaine Shulamith Firestone dans The Dialectic of Sex (1970) : « Childbirth is like shitting a pumpkin » (accoucher est comme chier une citrouille), écrit-elle gracieusement.

 

Les néo-féministes revendiquent l’ectogenèse au nom de l’égalité, bien sûr. Dans la lignée de Firestone, Marcela Iacub affiche sa haine du charnel et confond égalité et uniformité :

« Le père et la mère auront la même distance à l’égard de l’enfant, qui aura sûrement plus de facilité à devenir autonome. Il y a actuellement une sacralisation du ventre et de l’accouchement, à mon avis très préjudiciable aux femmes[121]. »

 

Autres disciples de Firestone, les « Mutantes » renchérissent :

« Les femmes ne feront rien dans la vie tant qu’elles auront un utérus (…) La marche vers l’égalisation des sexes est un phénomène récent, ouvert par la dé-physication des modes de production rentables et efficaces. Cependant, tant que la femme continuera à porter dans son corps la reproduction humaine, les termes seront en décalage. Les Mutantes entendent donc par la désutérinisation de la femme, rendre possible le rattrapage[122]. »

 

Si vous croyez que ces discours se limitent au bocal des « mutants », détrompez-vous. La philosophe Peggy Sastre, co-auteur de cette diatribe, s’exprime aujourd’hui sous son nom dans la presse pour promouvoir l’ectogenèse : « Les femmes ne pourront pas connaître de véritable autonomie tant qu’elles n’auront pas la possibilité de s’en débarrasser (NdA : « de la grossesse et de l’élevage des enfants »)[123] », dit-elle à Causeur, dans un dossier sur le transhumanisme. La même participe au site des scientistes de l’Association française pour l’information scientifique[124] (Afis), qui défend les intérêts de la techno-industrie.

J’ai entendu cette même revendication dans la bouche de Chloé, « féministe » libertaire ou assimilée, qui mange bio, revendique le droit d’avoir des enfants et de « disposer de son corps » sans souffrir les contraintes de la grossesse : « Je veux pouvoir sortir le soir, boire et ne pas avoir mal au dos ». Elle est soutenue dans ce combat émancipateur par le biologiste Henri Atlan, défenseur de l’ectogenèse :

« Très vite, la gestation extracorporelle deviendra la norme. Les pratiques de « mères porteuses » et de PMA en-dehors des structures familiales reconnues par la société ont déjà rompu le lien immémorial entre un bébé et la femme qui l’a porté. […] L’ectogenèse […] franchira un nouveau seuil. […] L’utérus artificiel achèvera la libération sociale des femmes en les rendant égales aux hommes devant les contraintes physiologiques inhérentes à la procréation[125]. »

 

Je dirais même plus, l’utérus artificiel rendra les hommes égaux aux femmes en leur permettant de procréer sans elles. Nous serions tellement plus égaux si les autres n’existaient pas. Et Atlan de se féliciter :

« La maternité dans les conditions d’une ectogenèse deviendrait très proche de la paternité […] La différence des sexes dans la procréation et la filiation aura disparu en tant que donnée de la nature immédiatement perçue. »

 

Derrière les proclamations égalitaires, l’ectogenèse sert d’abord la volonté de maîtrise des processus spontanés d’engendrement. L’idée est ancienne. Elle a été formulée dès le XVIe siècle par le médecin suisse Paracelse, qui se prétendait capable de fabriquer « un homme artificiel sans âme, dans un utérus artificiel[126] ». Le mot fut créé par le généticien anglais John B.S Haldane dans un ouvrage de 1924 où il décrivait les « test tube babies[127] » qui inspirèrent Le Meilleur des Mondes huit ans plus tard.

 

Les eugénistes en rêvaient, les transhumanistes y arriveront. Le posthumain poussera en bocal, à l’image de cet agneau grand prématuré dont une équipe de Philadelphie a réussi, fin avril 2017, à assurer la gestation en utérus artificiel, apparemment sans séquelles[128]. Les travaux de Helen Hung-Ching Liu à l’Université Cornell à New York, montrent la possibilité d’implanter un embryon dans une cavité artificielle couverte de cellules endométriales. Il ne reste qu’à relier les deux phases de la gestation – le début et la fin. On y travaille.

 

Demain, des humanoïdes seront produits sans nombril, c’est-à-dire déliés de la génération précédente. En outre, relève Atlan, si la barrière de l’utérus artificiel saute, alors le clonage suivra, délivré des affres liées à la gestation d’un embryon cloné dans un utérus féminin.

 

 

***

 

 

Naître par hasard et vivre en humain, seul face au mystère de notre naissance, tel était notre lot à nous, « la part consciente de la nature » (Elisée Reclus). Humains, nous étions nés d’une humaine et maîtres de la parole. Il y avait de quoi s’émerveiller toute une vie de l’étrange aventure.

 

Les ennemis de l’humain en ont décidé autrement. C’est à la Mère-Machine qu’ils confient leur fabrication, et le soin de les préserver de leur propre autonomie. Rationaliser à la folie pour échapper à l’immaîtrisable. Leurs enfants programmés seront délivrés du hasard, des énigmes, de la vie vive et insaisissable.

 

La mort, la mort folle, la morphologie de la meta, de la métamort, de la métamorphose ou la vie, la vie vit, la vie-vice, la vivisection de la vie[129]

 

En conclusion, laissons la parole à Alexandre Vialatte, qui voici un demi-siècle exactement, en juin 1968 et à l’aube d’un âge nouveau dans le progrès des mœurs et des techniques, évoquait les anciennes et nouvelles manières d’enfanter :

 

« Résumons-nous. La femme a joué de tout temps un rôle très important dans la survie de l’espèce humaine. Tout homme, sans elle, serait un orphelin. Par son instinct, par son génie particulier, pendant de longs siècles d’ignorance et de tâtonnement, où l’information faisait défaut, elle a su prolonger la race jusqu’à nos jours où « l’éducation sexuelle », devenue enfin scientifique et propagée par des moyens « audiovisuels », assure l’homme d’une postérité. Il est facile aujourd’hui de se moquer. Mais qu’on songe à l’époque, récente, où sans radio et sans télévision, l’homme devait assurer par ses propres moyens l’avenir de toute la race humaine. Sans la femme il n’eut jamais pu[130]. »

  

Pièces et main d’œuvre

Grenoble, 17 juin, Fête des pères 2018

 

Lire aussi :

  • Manifeste des Chimpanzés du futur contre le transhumanisme, Pièces et main d’œuvre (Editions Service compris, 2017)

 

 

 

  • Au bazar du beau bébé, Alexis Escudero (2014), suivi de L’Homme d’aujourd’hui, Pierre Gérard et Henri Mora (2001). Pièce détachée n°64 et sur http://www.piecesetmaindoeuvre.com

 

  • De la reproduction du bétail humain, Alexis Escudero (2014), suivi de La reproduction artificielle des animaux non-humains, par Un auteur de Mouton 2.0, (2014) et Pourquoi ? Erwin Chargaff (2001). Pièce détachée n°65 et sur http://www.piecesetmaindoeuvre.com

 

  • Les crimes de l’égalité, Alexis Escudero (2014), suivi de Contre La Manif pour Tous, contre le Collectif pour le respect de la personne, contre la reproduction artificielle de l’humain, A. Escudero & Pièces et main d’œuvre (2014). Pièce détachée n°66 et sur http://www.piecesetmaindoeuvre.com

 

 

 

 

 

Glossaire

Novlangue de la reproduction artificielle

 

Autoconservation des ovocytes

Pratique destinée à repousser l’âge de la grossesse en gardant ses œufs au frais. Au congélateur, ne pas confondre « le poisson pané et les enfants pas nés » (Blanche Gardin).

 

 

Désutérinisation

Projet d’émancipation féminine par la suppression des organes féminins. Conçu sur le modèle de l’émancipation des peuples par la suppression des peuples. Les uns et les autres étant remplacés par des machines.

 

 

Donneurs de gamètes

Objets de toutes les attentions, fournissent leur sperme, leurs ovules et leur ADN aux nécessiteux pour des motifs parfois obscurs. Selon les pays, rémunérés ou non, anonymes ou non. Le don de sperme se fait à la main, il est sans douleur, durable, soutenable et renouvelable plus de 120 fois comme le prouve le « donneur privé » néerlandais Ed Houben[131]. Le don d’ovocytes à l’inverse nécessite une intervention médicale lourde et douloureuse. Scandaleuse discrimination.

 

 

Droit à se reproduire

Ne pas confondre avec droit à l’enfant, contraire à la dignité et à l’inaliénabilité de la personne humaine. Le droit à se reproduire est naturel, légitime et pris en charge par la société par le truchement de procédures technologiques garanties à toussétoutes par la loi. Cependant, des progrès restent à faire, la pédophobie dominante dans nos sociétés empêchant toujours les pré-pubères de se reproduire.

 

 

Embryons surnuméraires

Embryons obtenus par fécondation in vitro et non implantés. Stockés au congélateur (voir « Vitrification ») en attente de projet parental, de don, d’expériences pour la recherche ou de destruction. Exemples : Eddy et Nelson, les jumeaux de Céline Dion, décongelés après huit ans de glacière.

 

 

Fantômes de la république

Enfants issus de la location illégale d’un utérus à l’étranger et otages de parents délinquants.

 

 

GPA éthique

Oxymore (comme « développement durable », « entreprise citoyenne », « commerce équitable », « obscure clarté », « roue carrée ») prétendant que la location de son utérus aux fins de fournir un enfant à d’autres serait possible gratuitement (moyennant défraiement) et sans lien du subordination. Si votre mère insiste pour porter votre enfant, prévoir tout-de-même les frais de psychanalyse pour l’enfant.

Le père de la GPA éthique est ce bourgeois gentilhomme qui n’était point marchand mais donnait de l’étoffe à ses amis pour de l’argent.

 

 

Maternité de substitution

Tentative d’euphémisme pour « gestation pour autrui ». Encore un effort : on suggère « Maternité pour autrui », insurpassable de sentimentalisme sirupeux.

 

 

Parents d’intention

Soyez concentrés. Ne pas confondre « parents », « parents sociaux », « géniteurs » et « parents d’intention ». Les parents d’intention qui désirent élever l’enfant séparément ou en pluri-parentalité – en coopérative d’élevage mais non en cohabitation – sont nommés « copapas » et « comamans ». Enfin, ils co-workent.

 

 

Projet parental

Synonyme d’« enfant à venir ». Elaborer un projet parental nécessite un plan d’action et de financement, une étude de marché, une validation juridique, des collaborateurs, un dispositif technologique. Sans projet parental, l’embryon congelé est une « matière vivante » disponible, par exemple, pour la recherche. Avec projet parental, il porte les attentes de ses concepteurs et doit fournir des garanties de qualité. Un enfant né par inadvertance ne peut se prévaloir d’un projet parental.

 

 

Stérilité sociale

Désigne le complot hétérosexuel destiné à empêcher deux individus de même sexe de se reproduire, afin de préserver les intérêts et le monopole reproductif du pouvoir hétéronormé. Se dit aussi à propos des personnes désireuses de se reproduire sans relations sexuelles, victimes de la société coïtonormée. Synonyme : infertilité culturelle.

 

 

Technique de reproduction hétérosexuelle

Introduction d’un sexe mâle dans un sexe femelle permettant la fécondation d’un ovule par un spermatozoïde et la formation d’un embryon. Technique remontant à la plus haute Antiquité, conçue pour empêcher les individus de même sexe de se reproduire. Il faudra attendre le XXIe siècle pour que le complot soit révélé. (Voir « stérilité sociale »)

 

 

Vitrification

Technique moderne de conservation des embryons obtenus par fécondation in vitro. A l’inverse de la congélation, lente et favorisant la formation de cristaux de glace intra et extra-cellulaires, la vitrification est ultra-rapide et sans cristaux. On déshydrate l’embryon et on remplace l’eau de ses cellules par des substances cryoprotectrices à concentration élevée, avant de l’immerger dans l’azote liquide à -196°.

Ne pas confondre avec la cryogénisation, destinée à conserver les transhumanistes morts jusqu’à leur résurrection technologique.

[1] Déclaration de 2009, http://humanityplus.org/philosophy/transhumanist-declaration/

[2] La tyrannie technologique, Collectif, L’Echappée, 2007

[3] Cf. Aujourd’hui le nanomonde. Un projet de société techno-totalitaire, Pièces et main d’œuvre, L’Echappée, 2008

[4] Cf. Têtu, 18/01/18, http://www.tetu.com

[5] E. Schemla, Les homos sont-ils des hétéros comme les autres ? (L’Observatoire, 2017)

[6] « PMA pour toutes les femmes, l’égalité, c’est maintenant ! », http://www.apgl.fr

[7] Le Figaro, 28/04/14

[8] Libération, 5/06/14

[9] « Bioéthique : une approche historique », http://www.assemblee-nationale.fr/11/dossiers/bioethique-2.asp. Imaginez une loi « garantissant le respect de la paix sans freiner les progrès de la guerre »

[10] Conseil d’Etat, « Les lois de bioéthique : cinq ans après », 1999

[11] Idem

[12] Entretien avec Valeurs actuelles, 3/03/18

[13]https://www.agence-biomedecine.fr/annexes/bilan2016/donnees/procreation/01-amp/synthese.htm

[14] P. Nouvel, « Le futur de la procréation », Institut Diderot

[15] A l’attention des malcomprenants : inutile de glapir, ceci n’est pas un amalgame entre enfants et chiens, mais la comparaison entre la prise en charge de deux types de handicaps.

[16] Québec Science, 18/05/17

[17] Le Monde, 13/04/18

[18] http://www.sos-homophobie.org

[19] Le Monde, 13/04/18

[20] 22/09/17

[21] Réseau féministe international de résistance aux techniques de reproduction et à l’ingénierie génétique, Déclaration de Comilla, Bengladesh (1989), http://www.finrrage.org. Voir le Manifeste des Chimpanzés du futur contre le transhumanisme, Pièces et main d’œuvre (Editions Service compris, 2017)

[22] Défenseurs de l’autonomie et de l’appropriation des savoir-faire, nous distinguons les techniques artisanales, sans intervention médicale ni expertise technologique, de la procréation technologiquement assistée, même si celles-ci peuvent sans doute être discutées pour d’autres raisons.

[23] E. Benbassa, « PMA: non, les écologistes ne renonceront pas ! », Huffington Post, 05/05/14

[24] Idem

[25] http://www.inter-lgbt.org

[26] http://www.marianne.net/politique/pma-pour-les-lesbiennes-lincroyable-entourloupe-du-gouvernement

[27] Journal du dimanche, 19/01/18, http://www.lejdd.fr

[28] « Je ne vois pas en quoi la PMA serait un “progrès” », entretien avec Le Figaro, 08/07/16

[29] Cf. La guerre au vivant, Jean-Pierre Berlan & alii. Agone, 2001

[30] Entretien avec Valeurs actuelles, 3/03/18

[31] « L’ambition de l’égalité », par Yohann Roszéwitch, L’Humanité, 4/05/15

[32] Act-Up, Aides, Bi’Cause, le CAELIF, le  Collectif Féministes Révolutionnaires, les efFRONTé-e-s, FièrEs, du GLUP, l’Inter-LGBT, le MAG Jeunes LGBT, le Planning Familial et SOS homophobie

[33] L’empire cybernétique. De la machine à penser à la pensée-machine, C. Lafontaine, Seuil, 2004

[34] Cf. David Le Breton, L’adieu au corps, Métailié, 1999

 

[35] Libération 26/10/15

[36] Libération, 23/09/13

[37] 29 juillet 2017

[38] J. Hugues, Citizen Cyborg ou « Le transhumanisme démocratique 2.0 », http://transhumanistes.com/quest-ce-que-le-transhumanisme-democratique/

[39] Elisabeth Schemla, Les homos sont-ils des hétéros comme les autres ? L’Observatoire, 2017

[40] « PMA pour toutes : le consensus existe déjà ! », D. Borillo, Libération, 6/06/18

[41] http://www.sos-homophobie.org. Curieusement, l’association ne réclame pas le déremboursement de ce non-soin par la Sécurité sociale : « Pour les couples hétérosexuels, les actes de PMA sont pris en charge à 100 % jusqu’au 43e anniversaire de la mère, dans certaines limites (…). Dans la mesure où la PMA n’est pas un soin mais la réponse à un projet parental, les mêmes conditions devraient être appliquées à toutes les femmes au nom du principe d’égalité de traitement. »

[42] Le Livre de la jungle, Walt Disney, 1967

[43] Cf. « GPA, PMA : le business des ovocytes », reportage de Zone interdite, M6

[44] Cf . Manifeste des Chimpanzés du futur contre le transhumanisme, Pièces et main d’œuvre, op. cité

[45] J.Huxley, L’Evolution en action (1951 – PUF, 1956)

[46] https://www.lejdd.fr/Societe/Sciences/Jacques-Testart-La-fabrication-d-un-enfant-sur-mesure-m-inquiete-655251

[47] « Avec l’accès à l’ADN fœtal, on change d’époque », entretien avec Le Monde, 4/11/15

[48] Avis n° 19 du 18 juillet 1990

[49] https://transhumanistes.com/diagnostics-preimplantatoire-prenatal/

[50] Sans parenté avec Dracula, à notre connaissance.

[51] J. Savulescu, « The philosopher who says we should play God », entretien avec la revue Nautilus, 3/09/15. Notre traduction.

[52] Cf. J. Habermas, L’avenir de la nature humaine. Vers un eugénisme libéral ? (Gallimard, 2001)

[53] G. Puppinck, « Transhumanisme : les droits de l’Homme accompagnent l’homme nouveau », entretien avec La Croix, 31/10/14

[54] Cf. tract « Ensemble, disons NON au marché de la procréation », Alliance Vita, distribué à Grenoble début juin 2018

[55] Le Daubé, 20/03/18

[56] R. Andorno, « Le diagnostic préimplantatoire dans les législations des pays européens : sommes-nous sur une pente glissante ? », in Bioethica Forum, 2008, vol. 1, n° 2

[57] G. Corea, The Mother Machine. Reproductive Technologies from Artificial Insemination to Artificial Wombs, Harper & Row Publishers, 1985

[58] G. Corea, Conférence internationale FINNRET, Lund, Suède, juillet 1985

[59] J. Hughes, transhumanistes.com/archives/800

[60] G. Anders, L’Obsolescence de l’homme, (Encyclopédie des nuisances, 2002)

[61] Aristote, La Physique

[62] Marta Spranzi, « La PMA pour tous ou le triomphe de la nature », Libération, 15/10/17

[63] M. Gauchet, « L’individu privatisé », 2007, http://gauchet.blogspot.fr

[64] J. Habermas, L’avenir de la nature humaine, op. cité.

[65] J. Hughes « Embracing change with all four arms: A post-humanist defense of genetic

engineering », in Eubios Journal of Asian and International Bioethics (1996), p. 94-101

[66] Tribune parue dans Le Monde, 17/03/16

[67] G. Stock, « Le choix germinal est inéluctable ! », entretien avec lesmutants.com.

[68] Elle a notamment vendu 60 millions de dollars l’accès à sa base de données à Genentech, filiale de Roche, en 2015, pour une étude sur la maladie de Parkinson.

[69] « Harvard genetics pioneer wants to monetize DNA with digital currency, and defeat 23andMe », CNBC, 8/02/18

[70] « Eugenics 2.0: We’re at the Dawn of Choosing Embryos by Health, Height, and More », MIT Technology Review, nov. 2017. Notre traduction.

[71] Nick Bostrom, Super intelligence, Dunod 2017

[72] Enjeux – Les Échos, juillet-août 2008

[73] Nick Bostrom, « A Transhumanist Perspective on Human Genetic Enhancements »

[74] A. Escudero, La Reproduction artificielle de l’humain, Le Monde à l’Envers, 2014

[75] La Croix, 13 mars 2018

[76] Entretien avec Le Monde, 21/03/16

[77] « Scientists Seek Moratorium on Edits to Human Genome That Could Be Inherited », The New York Times, 3/12/15

[78] La Croix, 13/03/18

[79] www.sciencesetavenir.fr/nature-environnement/des-mini-drones-pollinisateurs-a-la-rescousse-des-abeilles_110479

[80] « Spermbots: Concept and Applications », https://link.springer.com/chapter/10.1007%2F978-3-319-63537-8_53

[81] Etude publiée dans la revue Human Reproduction, juillet 2017

[82] Causette n°85

[83] https://transhumanistes.com/le-vieillissement-est-il-une-maladie/

[84] http://passeurdesciences.blog.lemonde.fr/2015/06/23/vieillir-est-il-une-maladie/

[85] Camille Froidevaux-Metterie, chercheuse en science politique, citée in « Procréation : beaucoup de bruit pour rien », tribune de G. Delaisi de Parseval, V. Fournier et L. Brunet, Libération, 4/07/17

[86] https://www.telegraph.co.uk/science/2016/06/05/britons-are-having-less-sex-and-game-of-thrones-could-be-to-blam/

[87] « Declines in Sexual Frequency among American Adults, 1989–2014 », Archives of Sexual Behavior, nov. 2017, https://link.springer.com/article/10.1007/s10508-017-0953-1

[88] David Le Breton, Anthropologie du corps et modernité, PUF, 2003

[89] « Générer le gamète mâle et femelle à partir de cellules souches pluripotentes humaines : est-ce possible ? », revue Médecine de la Reproduction, Gynécologie Endocrinologie, 2011

[90] M. Canto-Sperber, R. Frydman, Naissance et liberté, la procréation, quelles limites ? Plon, 2008

[91] L. Alexandre, « Biologie et homoparentalité », Le Monde, 27/10/12

[92] « Réaffirmons que la nature, ça n’existe pas » : Luc Le Vaillant, Libération (3/11/14)

[93] The End of Sex and the Future of Human Reproduction, H. Greely, Harvard University Press, 2016

[94] Cf. « The next sexual revolution will happen in a lab, not a bed », 9/04/18, entretien sur http://www.macleans.ca

[95] N. Bostrom & C. Shulman, « Embryo Selection for Cognitive Enhancement: Curiosity or Game-changer? », Future of Humanity Institute, Oxford, http://www.nickbostrom.com

[96] « Si vous vous souciez de l’avenir de notre espèce, vous devriez vous soucier de ça » : https://law.stanford.edu/directory/henry-t-greely/#slsnav-featured-video

[97] Cf. « Qui sont les coparents ? », Version Femina, supplément du Daubé, 17/06/18

[98] Idem

[99] L’Obs, 15/03/18

[100] En mai 2016, la justice française a autorisé le transfert des gamètes d’un homme décédé vers l’Espagne à la demande de sa veuve en vue d’une insémination post-mortem. Cf. http://www.lemonde.fr

/societe/article/2016/05/31/insemination-post-mortem-la-france-autorise-l-exportationde-

gametes-vers-l-espagne_4929713_3224.html

[101] Le Monde, 10/04/15

[102] chiffres de 2008, Organisation mondiale de la santé

[103] Marcela Iacub « L’Empire du ventre », http://www.lesmutants.com/iacubentretien.htm

[104] Cf. Mirage gay à Tel Aviv, J. Stern, Libertalia, 2017

[105] L’Obs, 15/03/18

[106] https://ieet.org/index.php/IEET2/more/roux20131024

[107] L’Obs, 15/03/18

[108] https://www.nouvelobs.com/rue89/rue89-sante/20130703.RUE7450/ce-que-transmet-une-femme-a-un-embryon-qui-n-est-pas-le-sien.html

[109] Idem

[110] L’Obs, 15/03/18

[111] « PMA : pas de père, pas d’inquiétude », Libération, 5/07/17

[112] Cf. « Procréation : beaucoup de bruit pour rien », art. cité

[113] Idem

[114] pmanonyme.asso.fr

[115] M. Flis-Trèves, « Levons enfin l’anonymat des donneurs de gamètes », Le Monde, 24/04/18

[116] Le Monde, 18/04/18

[117] L’Obs, 15/03/18

[118] L. Le Vaillant, « Gestation pour soi-même », Libération, 13/10/14

[119] J. Fletcher, The Ethics of Genetic Control : Ending Reproduction Roulette, Buffalo (NY), Prometheus Books, 1988, cité in A. Gorz, L’Immatériel (Galilée, 2003)

[120] Attribué à Saint-Augustin, mais certains penchent pour Bernard de Clairvaux, au Moyen-Age

[121] http://www.marieclaire.fr/,cheri-mon-bocal-a-accouche,20161,323.asp

[122] « Tota mulier ex utero », Les Mutantes, http://www.lesmutants.com/totamulier.htm

[123] Cf. « L’utérus artificiel est l’avenir de la femme », entretien avec Causeur, juin 2017

[124] Cf. http://pseudo-sciences.org/

[125] H. Atlan, L’utérus artificiel (Seuil, 2005)

[126] « Concerning the Nature of Things », Paracelse, cité dans Ectogenesis. Artificial Womb Technology and the Future of Human Reproduction, S. Gelfand et J.R. Shook, Rodopi, 2006

[127] Cf. J.B.S Haldane, Daedalus, or Science and the Future

[128] Nature Communications, 25/04/17, http://www.nature.com/articles/ncomms15112

[129] Gherasim Luca, Héros-Limite, Gallimard

[130] Cf. A. Vialatte, « Histoire des femmes », in Spectacle du Monde, juin 1968

[131] http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2013/07/30/01016-20130730ARTFIG00401-ed-neerlandais-de-43ans-et-pere-de-peut-etre-plus-de-cent-vingt-enfants.php

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