Theodore Kaczynski, par Renaud Garcia (Bibliothèque verte de Pièces et main-d’œuvre)

Version imprimable de Kaczynski

Theodore John Kaczynski
(né en 1942)

Mise en ligne le 10 juillet 2020 sur le site de Pièces et main-d’œuvre

En 1996, le FBI mettait enfin la main sur Theodore John Kaczynski (dit « Ted »), alias Unabomber, devenu depuis la fin des années 1970 l’ennemi public n°1 aux États-Unis, en raison de ses attentats à la bombe ayant fait trois morts et une vingtaine de blessés. Adolescent solitaire, élève surdoué, Kaczynski entre à Harvard avec deux ans d’avance. Peu friand de mondanités universitaires, il y subit en outre des tests de conditionnement supervisés par le Pr. Henry Murray. Mathématicien de haut niveau refusant de faire carrière dans la recherche, il enseigne deux ans à Berkeley pour faire des économies avant de démissionner en 1969. Revenu chez ses parents, embauché sans succès dans l’entreprise de son frère cadet, il finit par acheter un lopin de terre non loin de Lincoln, dans le Montana, pour mettre en application son idéal de rupture avec le système techno-industriel. Le temps passant, sa bienaimée nature toujours plus défigurée, les gens aussi passifs que des rouages graissés, Kaczynski remâche sa haine de la civilisation moderne et se met à confectionner des bombes qu’il expédie, dans la plupart des cas, par courrier. Les victimes sont liées de près ou de loin à la recherche scientifique et au progrès industriel : le propriétaire d’un magasin d’ordinateurs ; un cadre d’une entreprise de publicité ; le président de la corporation de sylviculture de Californie. Toujours recherché après dix-sept ans, il envoie en 1995 un manifeste, signé du pseudonyme collectif FC (pour Freedom Club), aux rédactions du New York Times et du Washington Post. Il promet d’arrêter ses activités terroristes en échange de la publication de La société industrielle et son avenir. Une fois publié, son frère et sa belle-soeur reconnaissent dans le manifeste les grandes lignes de sa pensée et certains de ses tics langagiers. Ils le dénoncent aux autorités, qui l’arrêtent, suite à la traque la plus coûteuse de l’histoire du FBI, dans sa cabane de Stemple Pass Road. Depuis 1999 Ted Kaczynski purge une peine de réclusion à vie dans le quartier de haute sécurité de la prison de Florence, dans le Colorado. Cela ne l’a pas empêché de poursuivre sa réflexion, dans la mesure des moyens alloués. On dispose ainsi de près de trois-cents pages d’analyses et de correspondance, publiées en 2008, qui complètent en français la traduction du manifeste.

Kaczynski/ Unabomber. Un sujet brûlant. « Clivant », dirait-on pour attirer l’attention médiatique. C’est bien le propre, spectaculaire, de ce mathématicien de génie, peu sociable, en avance à l’école, mal à l’aise avec autrui, avec les femmes, qui aurait compensé son inadaptation en s’égarant dans le terrorisme. Certes, mais rappelons avec les éditeurs de l’Encyclopédie des nuisances qui traduisirent son texte en 1998 : « quant aux attentats proprement dits, (…) ils atteignent rarement ceux qui mériteraient d’en être les victimes et (…) de toute façon le recours au terrorisme est encore plus inefficace contre la société industrielle qu’il ne l’a jamais été auparavant ».

La division, ici, joue à tous les niveaux. Car ces mêmes attentats ont servi à occulter le contenu de son texte, non seulement pendant le procès de Kaczynski mais encore pour une postérité écologiste qui cherche à se nommer. L’auteur de La société industrielle et son avenir s’est évertué à plaider coupable, afin de souligner la rationalité de ses propos. Le recours des institutions à la vieille technique de psychiatrisation de l’accusé (schizophrène, paranoïaque) a néanmoins fait son chemin dans l’opinion. Comme pour John Brown (1800-1859) avant lui. Un autre « fanatique », selon le mot d’Abraham Lincoln. Brown, calviniste se sentant investi d’une « mission », quitte en 1855 sa ferme de l’État de New York pour le Kansas où, aidé de cinq de ses fils, il prend la tête d’un petit groupe armé, tue cinq colons esclavagistes, puis tente en 1859 de s’emparer de l’arsenal de Harpers Ferry en Virginie, dans le but d’armer des esclaves libérés et d’organiser, depuis les Appalaches, des insurrections noires dans le Sud.

L’abolitionniste sera décrit par Thoreau, le solitaire de Walden, qui l’avait rencontré, comme un homme de principes « ne cédant ni au caprice ni aux impulsions passagères, mettant à exécution le projet de toute une vie » (Plaidoyer en faveur du capitaine John Brown, 1859). Et utilisant la violence rédemptrice par souci de légitime défense.

Kaczynski, lui, n’est d’aucune religion, mais il appartient comme Brown à cette race de puritains qui n’admettent aucun compromis et ne reculent pas devant la mort. Des hommes libres, pour le meilleur et pour le pire. En dehors de ses crimes odieux, Kaczynski a bel et bien mis ses actes en accord avec son texte : le retour à l’autonomie en rupture avec le système technicien, la réappropriation de ses conditions d’existence. On plaidera la folie, on soulignera que la géographie des États-Unis, avec sa wilderness, le permettait encore entre 1980 et 1995, quand les réseaux de communication n’enserraient pas encore la surface terrestre. Oui, mais vivre à la mesure de la nature, en n’utilisant que des techniques à petite échelle, en nouant des rapports simples avec les communautés locales (achat de farine, de riz, consultation de la bibliothèque municipale), il l’a fait. En vertu de cette cohérence, son manifeste mérite considération pour ce qu’il est : un texte écrit dans une cabane isolée au milieu des bois, guère plus grande qu’une cellule, parmi les produits chimiques (pour les bombes), entre les nécessités du potager, les randonnées de six heures pour chasser le lapin, le chevreuil, la grouse ou, faute de mieux, le rat musqué et l’écureuil, et la recherche de plantes comestibles.

Compte tenu de tout cela, La société industrielle et son avenir a le mérite remarquable d’aller à l’essentiel : le système industriel qui a décollé au XIXe siècle mais dont les germes étaient antérieurs (jusqu’où remonter ? On n’est pas tenu d’adhérer à l’idée de Kaczynski pour qui la fin du mode de vie des chasseurs-cueilleurs signifie l’avènement funeste de la civilisation) a détruit non seulement la nature, désormais au bord de la catastrophe, mais aussi l’humain, rabaissé dans sa dignité et transformé en avorton adaptable. S’il doit y avoir une révolution, dit l’auteur, elle ne saurait être politique. Elle devra s’attaquer aux « bases économiques et technologiques de la société actuelle » (§4). Sur cette voie, les progressistes, autrement dit cette gauche libérale versée dans la défense des droits et la lutte contre toutes les discriminations, sont les faux alliés par excellence. Embrasser avec une ferveur militante les combats pour la reconnaissance des minorités, dont Kaczynski a pu observer le déploiement fulgurant dans l’univers médiatique et intellectuel américain, avant leur exportation vers l’Europe, c’est un leurre, une impasse, du point de vue du combat central contre le système industriel et sa puissance universelle de dépossession : « notre ennemi réel est le système industriel-technologique et, dans la lutte contre ce système, les différences ethniques n’ont aucune importance » (§192).

Une bonne partie du manifeste se consacre à une investigation psychologique des sources de l’activisme de gauche. Qui sont les défenseurs de gauche des victimes du « système » ? Des individus « sursocialisés », répond Kaczynski : c’est-à-dire diplômés, formés par l’université, ayant intégré les valeurs de la société industrielle et cherchant, à travers la défense acharnée d’une cause, à rétablir des principes que l’ordre établi semble ne pas respecter. Leur rébellion, qu’elle concerne la liberté d’expression, les droits des homosexuels, des transexuels, l’antiracisme, les droits des animaux, ou encore la sauvegarde du climat, a pour effet pervers de consolider le système industriel, tout en atténuant les sources de déstabilisation sociale. L’inclusivité est avant tout celle de l’emprise technologique, qui forme et conforme une population en accord avec les valeurs fondamentales de l’industrie : davantage de droits pour jouir de la seule forme concevable de liberté, celle qui peut s’acheter des modes de vie, du confort, des divertissements encadrés et des médicaments pour tenir au travail.

Kaczynski reprend ici les réflexions de Jacques Ellul dans Autopsie de la révolution (1969). Ellul dont l’analyse du totalitarisme technicien était étudiée aux Etats-Unis dans les années 1960 comme un classique de la contre-culture. Et, inévitablement, Kaczynski divise. Y compris pour ce qui est de la traduction de ce point fondamental du manifeste, auquel s’adosse son appel à une révolution contre la société techno-industrielle.

À la suite d’une première traduction par Jean-Marie Apostolidès, publiée en 1996 aux éditions du Rocher, truffée d’inexactitudes, deux autres ont paru. L’une aux éditions de l’Encyclopédie des nuisances, dont les rédacteurs ont choisi de rendre l’adjectif leftist par« progressiste ». L’autre, en 2008, chez l’éditeur suisse Xenia, dont le rédacteur a opté pour « gauchiste » au motif que Kaczynski s’en prendrait essentiellement aux « casseurs de vitre à la solde des vitriers », aux faux rebelles qui font obstacle à la vraie révolution dirigée contre la structure de la société. Ces choix distincts ne sont pas anodins. Les idées  de Kaczynski déplacent les clivages, puisqu’il estime que nombre de combats « de gauche », vécus comme oppositionnels par ceux qui les mènent, ont pour effet de renforcer les structures techniques et étatiques. Aussi n’est-il pas surprenant qu’un éditeur comme Xenia ait repris à son compte le manifeste, aussi bien que L’Encyclopédie des nuisances, ces héritiers dissidents des situationnistes. Xenia, proche de l’Union Démocratique du Centre (UDC), navigue entre droite et extrême-droite. L’éditeur Slobodan Despot, qui obtint l’accord de Kaczynski pour republier son manifeste et d’autres écrits sous le label « œuvre complète », fut par exemple le chargé de communication d’Oskar Freysinger, élu en 2013 au conseil d’État du Valais.

Pour Kaczynski, comme pour Ellul avant lui et tous les défenseurs du vivant dans un monde vivant, le clivage s’est compliqué : à l’antagonisme schématique entre une gauche égalitariste et une droite apôtre de la hiérarchie s’est superposée une division structurelle entre la technocratie (les partisans de l’abstraction et de la mort-machine) et les vivants (les partisans d’une vie simplement humaine sur une terre pas trop dégradée). Sur ce nouvel axe, il existe donc des technocrates de gauche comme de droite, et des écologistes de gauche comme de droite, qui se rejoignent sur le bien-fondé d’une critique anti-industrielle. Bien qu’ils le fassent, à l’évidence, selon des intentions divergentes sinon contradictoires.

En l’espèce, bien que l’édition de Xenia livre nombre d’approfondissements établis par Kaczynski lui-même, il nous semble que la traduction de L’Encyclopédie des nuisances reste plus élégante et nerveuse. Surtout, rendre leftist par « gauchiste » réintroduit une dimension de dispute politique, par les partisans d’une droite forte fustigeant sous ce terme le laxisme des partis de gauche (des citoyennistes aux membres de la gauche extrême) sur divers sujets tels que la sécurité, l’immigration, l’ouverture des frontières. L’emploi du mot « progressiste » par l’EdN traduit mieux le nouveau clivage qui touche à la structure même de la société industrielle. Le progressiste, c’est celui qui croit dans le développement des moyens, le sens de l’histoire et l’avènement, technologiquement assisté, d’une nouvelle nature et d’une nouvelle humanité, bien de leur temps. Or, pour Kaczynski, « un mouvement défendant la nature et combattant la technologie doit prendre une position résolument antiprogressiste et doit éviter toute collaboration avec ces gens-là. Le progressisme est à long terme en contradiction avec la nature sauvage, la liberté humaine et l’élimination de la technologie moderne. Il est collectiviste ; il cherche à faire du monde entier – aussi bien de la nature que de l’espèce humaine – un tout unifié » (§214).

L’auteur pose en regard ses propres valeurs. Ses actes terroristes les ont dissimulées, mais elles existent : défense de la dignité de l’individu, du libre-arbitre, du courage et de l’honneur (des valeurs supérieures dépréciées dans une société qui fait du conditionnement sa pierre angulaire) ; rejet du matérialisme et valorisation de la modération ; respect et amour de la nature, source d’émerveillement et de paix pour l’être humain ; éloge du pouvoir de faire par soi-même, d’un travail doté de sens, garant de l’« autonomie », conception la plus haute de la liberté. On ne peut nier que ces valeurs aient déterminé en bonne part le choix existentiel de Kaczynski, son refus de participer au maintien du système. On laissera à l’auteur l’idée que « l’introduction de la civilisation est la plus grande erreur, après la révolution industrielle, qu’ait jamais faite le genre humain » (« La révolution en marche » in L’effondrement du système technologique). Comment son primitivisme, œuvrant à l’effondrement du système techno-industriel, pourrait-il assumer la rupture avec les plus hautes réalisations de l’humanité, tels que les chefs-d’œuvre de l’art et de la littérature ? Voyons sa réponse dans ses lettres de prison : « Quel argument avez-vous pour penser que les gens du futur seront encore réceptifs à l’art, à la musique et à la littérature du passé ? Les arts du passé ont déjà été largement supplantés par les médias de divertissement populaire, qui procurent des plaisirs intenses en comparaison desquels les anciennes productions paraissent bien ennuyeuses. Shakespeare et Cervantès écrivaient pour des gens ordinaires, Vermeer et Frans Hals peignaient pour des gens ordinaires, et non pour une petite élite d’intellectuels. Mais combien de gens lisent encore Shakespeare et Cervantès lorsqu’ils ne sont pas obligés de le faire dans le cadre de leurs études universitaires ? Combien de gens accrochent à leurs murs des reproductions de tableaux de grands maîtres ? Même si la race humaine existe encore dans 200 ans, se trouvera-t-il encore quelqu’un pour apprécier les classiques de l’art, de la musique et de la littérature ? » C’est bien vu, sinon implacable comme une démonstration mathématique.

Kaczynski n’avait pas attendu les « collapsologues », experts ès effondrements, pour établir que l’environnement de l’humanité, son mode de vie et sa culture allaient être modifiés en profondeur par les progrès technologiques (au premier chef celui des NBIC – nanotechnologies, biotechnologies, informatique et sciences cognitives) de sorte que la pérennité de la forme humaine elle-même finisse par être en jeu. Ni pour constater que lorsqu’un changement notable perturbe un système complexe et relativement stable, « il a pour conséquence une déstabilisation du système qui est le plus souvent néfaste ». Sans attendre la révélation apocalyptique, il s’agissait donc d’en finir avec ce système intégré mettant en danger les vivants. D’où l’appel à la révolution, avec ses menées stratégiques. L’auteur cesse alors d’être ellulien. On lit de surprenants éloges des bolcheviks, non pas, bien entendu, pour leur doctrine, progressiste et industrialiste, mais pour leur capacité de prendre le pouvoir tout en restant numériquement faibles, dans un contexte a priori défavorable. C’est qu’ils étaient déterminés, qualité que Kaczynski aurait appréciée chez les hypothétiques membres de son Freedom Club. Il est à peine besoin d’insister sur le fait qu’Unabomber n’a jamais construit ne serait-ce qu’un embryon de groupe résistant (semblable au minimum à l’armée d’un John Brown). En dépit de son appel aux écologistes à « frapper les points névralgiques » (au lieu de s’engager dans des combats importants mais partiels, tels que la lutte contre la déforestation, l’occupation de zones à défendre, le démontage de restaurants McDonald’s ou Starbuck), ses attentats n’ont pas montré l’exemple. Tuer le propriétaire d’un petit magasin d’informatique par colis piégé, c’est tout sauf frapper le système en plein cœur.

Son espèce de « blanquisme imaginaire » (selon l’Encyclopédie des nuisances) se perd dans les annales criminelles du FBI. Kaczynski est aujourd’hui un mort-vivant croupissant dans une prison de haute sécurité. Mais les écrits restent, et l’idéal qu’ils portent. Évoquant l’argument de Ray Kurzweil, le gourou du transhumanisme, selon lequel il serait criminel d’arrêter le progrès des biotechnologies sous prétexte de potentielles utilisations malveillantes, au motif de la probabilité d’une victoire sur le cancer et d’autres maladies par ces mêmes moyens, Kaczynski répond : « Kurzweil évite de signaler que le cancer résulte largement du mode de vie moderne, et il en est de même pour beaucoup de maladies « dévastatrices » (Lettre à David Skrbina, 10 juillet 2005). Difficile pour un écologiste de ne pas souscrire à ce refus du chantage technologique.

Difficile, également, de ne pas s’accorder sur cette ode à la vie naturelle : « en vivant au contact de la nature, on découvre que le bonheur ne consiste pas à chercher toujours plus de plaisir. Il réside dans le calme. Une fois que vous avez apprécié le calme suffisamment longtemps, vous développez vraiment un sentiment de rejet à la seule évocation de plaisirs excessifs – un plaisir trop vif perturberait votre tranquillité. En fin de compte, on constate que l’ennui est une maladie de la civilisation » (« Une interview de Ted Kaczynski », articles publiés en 2001 par le Blackfoot Valley Dispatch).

Les moyens ne sont jamais exclusifs des fins. Toute psychologie mise à part, les moyens de Unabomber ont assombri les idéaux de Ted Kaczynski ; le stratège bolchevik fantasmé a relégué à l’arrière-plan l’écologiste ellulien. Mais par sa voix puritaine, l’ermite de Stemple Pass Road a formulé quelques vérités sur le gouffre où nous précipite une technocratie ivre de puissance ; et qui, à chaque avancée technologique, nous utilise comme les cobayes d’expériences sociales.

Renaud Garcia
Été 2020

Lectures

La société industrielle et son avenir, Paris, Encyclopédie des nuisances, 1998.

L’effondrement du système technologique, Vevey, Xenia, 2008. Cette édition comprend les
textes suivants :
• La société industrielle et son avenir
• La vérité au sujet de la vie primitive (une critique de l’anarchoprimitivisme)
• Le meilleur tour du système
• La révolution en marche
• La voie de la révolution
• Moralité et révolution
• Frappez les points névralgiques !
• Une interview de Ted Kaczynski
• Lettres
• Précisions sur les avis juridiques

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1 commentaire

  1. Debra

     /  15 juillet 2020

    Lisant cette présentation de Theodore Kaczynski et son oeuvre, je ne peux pas m’empêcher de penser au trajet de William Wordsworth, grand poète romantique anglais, au 19ème siècle.
    Oui, Wordsworth est en grande partie responsable de l’engouement des citadins londoniens pour la nature sauvage telle qu’elle se présentait…relativement, sur les landes du Lake District, dans le nord-ouest de l’Angleterre, juste en dessous de l’Ecosse.
    Wordsworth a immortalisé le languissement du citadin moderne pour des espaces qui n’étaient pas derrière des enclos et balisés, et il a envoyé des générations de touristes citadins en direction des montagnes, un phénomène qui ne date que du 19ème siècle. Sa poésie lyrique est une forme de révolte contre ce qui était déjà perçu comme l’horreur de la révolution industrielle en Angleterre, au 19ème siècle.
    Pour continuer à creuser la révolte de Wordsworth, de David Herbert Lawrence, de Theodore Kazcynski, on peut lire, en prose, le récit autobiographique de James Rebanks sur son trajet de fils de berger sur les mêmes landes qu’arpentait Wordsworth, avec son désir de reprendre le métier, et la ferme de son père, berger, et les suites de ce désir, dans un premier temps contrecarré. Dans « La Vie d’un Berger », Rebanks fustige l’inévitable progressisme de ses institutrices à l’école, portées par la mission de le sortir d’une condition.. « dégradante » pour les temps modernes. Rebanks est allé à Cambridge, où il a suivi des études d’histoire avant de revenir sur la ferme. Comment vit-il sa condition d’intellectuel moderne au milieu de ses pairs, bergers, mais qui eux, ne sont pas allés à l’université ? Dur, dur…
    Peut-être la révolte la plus incandescente est celle de Lawrence, à cheval entre le 19ème et le 20ème siècle en Angleterre, dont les écrits ont toujours de quoi nous choquer. Et je ne parle pas de « Lady Chatterly’s Lover » qui n’est pas l’écrit de Lawrence qui peut choquer le plus à l’heure actuelle…Lawrence était fils de mineur, et de mère petite bourgeoise qui aspirait à sortir son fils d’une condition perçue comme dégradante et humiliante. Vers la fin d’une vie qu’il a brulé aux deux bouts, il en est venu à reconsidérer son père, et à le réhabiliter dans son esprit.
    Le combat « progressiste » est un combat porté beaucoup pour les femmes, et par les femmes, à l’heure actuelle, et depuis des millénaires peut-être ? Ce combat est porté en ce moment… contre leurs hommes, malheureusement. Triste, très triste.
    C’est un constat qu’il est difficile d’entendre, mais un constat quand-même…
    Une des choses les plus belles que j’ai vues dernièrement est le film « La Mule » de Clint Eastwood. Eastwood, manifestement, est grandement travaillé par ce sujet : révolte contre le système, et comment des actions individuelles et marginales peuvent avoir des effets qui sauvent, et redonnent de la dignité aux protagonistes… sans poser des bombes…
    Et si le Mal venait surtout de chercher des solutions.. A GRANDE ECHELLE à des problèmes qui mériteraient un traitement plus personnel et plus intime ?…

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