Léon Tolstoï, par Renaud Garcia (Bibliothèque verte de Pièces et main-d’œuvre)

Tous nos lecteurs croient connaître Tolstoï ; presque aucun ne connaît les naturiens. Le premier est aux Russes ce que Victor Hugo est aux Français : l’écrivain national. Le vieux génie barbu issu de la classe supérieure comme celle-ci est issue de la classe inférieure, au point que le mot de « peuple » confond l’ensemble national avec cette classe populaire, le peuple avec le bas peuple. Tolstoï, c’est le génie du peuple en qui tout le peuple se reconnaît et qui, par ses écrits théoriques, inspire pêle-mêle des mouvements ouvriers, paysans, pacifistes, des sectes et des mouvements « tolstoïens » de « retour à la terre » et de « simplicité volontaire », en Russie comme à l’étranger. « Tolstoïens », c’est-à-dire chrétiens anti-industriels.

Les seconds sont à la même époque, à la Belle époque, les plus méconnus des anarchistes français, artisans et bohèmes, des anti-industriels qui lisent, écrivent, théorisent, publient des livres, des journaux, et mettent en pratique le retour à la terre, la vie en communauté, l’amour libre, le féminisme, le végétarisme et le végétalisme ; et qui, pour leur peine, sont raillés et occultés par leurs compagnons anarchistes industrialistes. Ce que les tolstoïens et les naturiens ont en commun, à part le fait d’avoir inauguré voici plus d’un siècle de cela, une critique en actes et en pensée dont nous restons redevables, c’est la féroce opposition, sinon la répression qu’ils subirent face aux industrialistes, libéraux ou communistes, et notamment face aux léninistes, trotskystes et staliniens.

Mais ce qu’ils ont de plus frappant et qui les réunit dans notre estime, c’est de ne pas s’être contentés d’une critique parcellaire, ni négative. Les naturiens surtout, anarchistes et athées, ont porté la critique radicale (et non pas extrémiste), à un point qui n’a pas été dépassé depuis. Au-delà de l’anti-capitalisme et de l’anti-productivisme qui sont les mots de code des industrialistes de gauche (de « Génération.s » à l‘« Union communiste libertaire », l’agence du NPA en milieu libertaire). Leurs échecs, leurs impasses, leurs contradictions restent les nôtres. Mais aussi leurs réussites. La plus heureuse étant d’avoir forgé ce nom de « naturiens » pour nommer de façon positive et générique, les défenseurs du vivant politique dans un milieu vivant. Autrement dit nature et liberté, indissociables l’une de l’autre. Et si nous sommes, nous autres, ces mêmes défenseurs du vivant, un siècle plus tard, si nous voulons exister politiquement, c’est-à-dire collectivement, face aux ennemis du vivant, qui sommes-nous donc, sinon des naturiens. Ou plutôt, suivant l’usage des désinences en –iste pour désigner en français les adeptes d’un courant d’idée, des naturistes. On n’a pas dit « nudistes », même si Elisée Reclus (1830-1905), le géographe anarchiste, et nombre de ses compagnons, incluaient le nudisme dans le naturisme. Nous n’avons pas à être plus naturistes que les naturels des peuples premiers, qui, un peu partout, se promènent en pagnes, kalimbés, dhotis, paréos – et même – en culottes. Voici les deux notices de Renaud Garcia sur Tolstoï et les naturiens, afin de compléter Notre Bibliothèque Verte.

Léon Tolstoï (1828-1910)

Mis en ligne par Pièces et main-d’œuvre sur leur site le 17 août 2020

Fin août 1869. Le comte Léon Tolstoï, flanqué d’un serviteur, part en voyage pour acheter une propriété dans l’Est de la Russie. Le soir du 2 septembre, il fait halte dans une auberge du village d’Arzamas. La nuit est trouble, le sommeil ne vient pas, l’angoisse monte. Vers deux heures du matin, l’auteur de Guerre et paix est frappé d’une crise de terreur. Vanité des vanités. L’existence est sans pourquoi : « la vérité est que la vie était absurde. J’étais arrivé à l’abîme et je voyais que, devant moi, il n’y avait rien que la mort » (Notes d’un fou).

Moment crucial que cette nuit d’Arzamas. Désormais, l’écrivain génial, asservi aux joies futiles du luxe, confit dans l’oisiveté aristocratique, vit dans le déchirement. Corps et âme, il va s’attacher à surmonter la vacuité d’une existence de sybarite vivant en parasite sur le dos des humbles. Celle de la classe dont il fait partie. Entretemps, il écrit un autre chef-d’œuvre, Anna Karénine. Mais la conscience morale ne le lâche pas. Il faut vivre autrement. Tolstoï doit passer de l’autre côté du jeu social, auprès de l’humanité occupée à créer la vie. C’est le moment de la Confession rédigée à partir de 1879 (après l’écriture d’Anna Karénine). Face aux tentations suicidaires qu’implique la prise de conscience d’une vie entière passée à faire violence, de fait, aux simples gens, la rédemption passe par une conversion à la vie anonyme du peuple.

Tolstoï se met donc à fréquenter des gens simples, des paysans, hommes et femmes témoignant d’une foi de charbonnier, ces masses « qui travaillaient tranquillement, supportaient les privations et les souffrances, vivaient et mouraient, en y voyant non plus de la vanité mais un bien » (Confession, 1880). Renversement spectaculaire du point de vue de classe, indissociable de la recherche de la pureté. Celle d’un christianisme « rationnel », expurgé de ses scories mystiques et liturgiques, réduit au message essentiel du Sermon sur la montagne : ne pas se mettre en colère, ne pas commettre l’adultère, ne pas prêter serment, ne pas se défendre par la violence, ne pas faire la guerre. Tout ce à quoi l’exposait sa vie mondaine et citadine. Tout ce dont restent éloignés les pauvres et les humiliés. La rusticité du paysan, la simplicité de la nourriture, du vêtement, des manières, deviennent choses bonnes et grandes. Le vrai chrétien ne saurait désormais chercher la gloire, les louanges, une instruction, des vêtements, une nourriture qui le séparent de la masse des hommes et justifient l’écrasement de ces derniers au nom de la préservation de quelques privilèges. Telle est la religion tolstoïenne, dont le contenu se veut universel : pratiquer une seule loi, celle de l’amour, selon laquelle le bonheur de l’existence « ne s’obtient que par l’aspiration de chaque être au bonheur de tous les autres » (De la vie, 1889) Ainsi, dans les trente dernières années de son existence, entre 1880 et 1910, Tolstoï n’est plus seulement l’immense romancier au sommet de son art (bien qu’une troisième grande œuvre, Résurrection, certes plus édifiante, voie le jour en 1900) mais un pamphlétaire, critique de la civilisation occidentale du point de vue des travailleurs ordinaires. Un sage mondialement écouté, auteur de récits édifiants, de paraboles et de multiples textes, articles et interventions. Une étude littéraire plus fouillée démontrerait qu’un fil critique de la civilisation court dans l’œuvre littéraire de Tolstoï depuis les années 1850. Il faudrait lire l’ensemble. De toute manière, même pour rédiger un texte de circonstance, un romancier de cette stature ne peut suspendre totalement de son talent littéraire. Néanmoins, ce sont bien les libelles et protestations écrits à partir des années 1880, et plus encore au début du XXe siècle, qui doivent retenir l’attention des écologistes – c’est-à-dire des anti-industriels, luddites, naturiens, naturistes.

Que dit Tolstoï ? Ceci, que « tu ne peux pas ne pas réfléchir à ta position de propriétaire, négociant, juge, empereur, président, ministre, prêtre, soldat, qui est inhérente à l’oppression, à la violence, au mensonge, au meurtre, et ne pas reconnaître son illégitimité ». L’intelligence est de se retirer du mal. De refuser d’obéir à des injonctions, directes ou indirectes, qui maintiennent une situation d’injustice. Telle devrait être la maxime morale au principe d’une écologie conséquente. L’individu ainsi appelé rétorquera : j’ai « des relations, une famille, des subordonnés et des chefs », je suis « sous une influence si puissante » que je ne peux m’en affranchir. Au moins, reprend le sage, la chose suivante demeure possible : « tu peux toujours reconnaître la vérité et ne pas mentir » (Le royaume des cieux est en vous, 1893). Ne pas maintenir que l’on reste soldat parce que l’armée serait nécessaire à la société, et non par crainte d’une punition ; ne pas affirmer que l’on reste fabricant, négociant, écrivain en vue ou artiste à la mode parce que c’est utile aux hommes. Dans une version moderne, cesser d’affirmer que l’on aurait besoin de la 5G pour télécharger en une seconde un film indisponible autrement, afin d’étancher notre soif de culture. Cela, en sachant dans le même temps ce qu’il en coûte, ici et ailleurs, en amont puis en aval, pour produire, mettre en œuvre et maintenir une telle installation technologique.

Tolstoï n’en appelle pas, comme les révolutionnaires de son temps, aux masses organisées pour arracher des garanties étatiques et des droits au pouvoir despotique. Y compris dans les cas extrêmes. Voyez le dimanche « rouge », qui déclenche la première révolution russe. Emmenés par le pope Gapone, inspiré par les écrits tolstoïens, environ 200 000 travailleurs de Saint-Pétersbourg, abreuvés d’outrage, traités en esclaves dans les ateliers, se soulèvent pour exposer leurs revendications constitutionnelles au tsar Nicolas II. Le cortège défile pacifiquement, exposant des portraits du souverain et divers signes de foi orthodoxe. Les troupes fusillent la foule, tuant autour de deux mille personnes. Le nom des Romanov devient odieux aux ouvriers de Russie. On cherche à savoir ce que Tolstoï, ce titan, en pense. Aux reporters venus le consulter, il démontre que les exactions du gouvernement sont dans l’ordre. C’est par essence qu’un gouvernement, qui concentre force et moyens, est voué à utiliser la violence. Que ce gouvernement soit despotique ou libéral n’y change rien. Fomenter une révolution dans les villes serait encore recourir, pour le contrer, aux moyens de l’ennemi. Et puis, une révolution avec qui ? Certainement pas avec la majorité du peuple, paysanne, concernée d’abord et avant tout par la réappropriation d’une terre libérée des propriétaires fonciers, cultivée en commun selon des techniques et des usages hérités (l’institution du mir, communauté de décision politique, et de l’obschina, qui désigne la commune au sens territorial et historique – celui d’une culture partagée).

Non, Tolstoï n’en appelle pas aux masses, mais à l’individu, du point de vue de ces moujiks auxquels il vient en aide en 1891-1892, lors de grandes famines, et dont il se fait le héraut lors de jacqueries explosant en 1905-1906. Excommunié par le Saint-Synode en 1901, Tolstoï, à la différence de certains de ses compagnons et disciples, est dénoncé sans être contraint à l’exil. Sa stature, privilège indu peut-être selon sa philosophie, fait reculer le tsar Alexandre III lui-même. Ses écrits sont néanmoins censurés. Le voici décrié dans la presse réactionnaire comme un agitateur socialiste, l’incarnation de l’Antéchrist, qui exhorte les paysans à l’impensable : retrouver la possession commune de la terre et organiser leur vie de façon à ne pas avoir besoin des autorités. La terre, ce n’est pas une « ressource » à exploiter, à segmenter en divers « facteurs de production » mais un milieu vital dans lequel se déploie la liberté d’une communauté humaine. Les colons qui s’installent sur des terres à l’époque de Tolstoï « travaillent sur un terrain qui n’appartient à personne, en se servant de leurs propres instruments de travail ou d’instruments prêtés sans intérêt, chacun pour soi ou tous ensemble dans l’intérêt commun » (L’argent et le travail). Il n’est question, dans une semblable communauté, ni de rente, d’intérêt, ni de capital, ni de salaire. Simplement de partager ce que l’on a de sorte qu’il y ait toujours assez pour tous de ce qui est nécessaire, et peut- être quelque surplus. Pour le reste, vivre en bonne amitié avec tout ce que la vie met en notre présence, et avec les hommes que nous avons là, sous les yeux, à l’image de Platon Karateiev, figure du paysan qui apparaît à Pierre Bezoukhov dans Guerre et paix. Sortie radicale du monde de l’économie. Ce monde de la superficialité, du calcul, de l’abstraction, censé mettre à la disposition de tous les fruits de la civilisation.

Le citadin, habitué au rythme de vie industriel, aux satisfactions du luxe et aux jeux de l’amour- propre, peut-il comprendre le point de vue paysan ? Il faudrait pour cela que, tel Tolstoï lui-même, il ressente dans sa chair la dépravation de sa condition et accueille, telle une évidence, l’exigence évangélique. Qu’il comprenne, pour le dire autrement, qu’en consommant tout ce qu’il reçoit des autres, il s’affaiblit et se rend impropre à tout travail. Un assisté perpétuel au lieu d’un individu autonome cultivant les vertus de sobriété et de maîtrise des passions. Les paysans eux-mêmes seraient-ils assez insensés pour renoncer à une vie âpre, mais libre, qui de peu fait au mieux, afin de venir en villes se vendre comme ouvriers d’usines, ou encore accepter de devenir des ouvriers agricoles dans des campagnes modernisées ? Le principal combat du géant Tolstoï est là, face à l’hydre de la mécanisation et du progrès, incarnée par la « doctrine socialiste », les ancêtres de la gauche technocratique actuelle. On croise, en mal, dans les écrits politiques de notre auteur, les noms de Bebel et de Jaurès, aussi celui d’Edward Bellamy, auteur en 1888 de l’utopie industrielle Looking Backward (1), application d’un socialisme collectiviste. Tous ceux qui se sont avancés le plus loin sur la voie de la science, en promettant l’abolition des tâches pénibles par l’automatisation et l’avènement d’une société d’individus enfin parvenus au confort, après avoir arraché par d’intenses luttes syndicales le droit de jouir des commodités offertes par l’industrie. Autant croire au paradis garanti par les théologiens, s’étouffe le chrétien anticlérical.

Tolstoï voit dans les séductions de la doctrine progressiste l’obstacle majeur à la révolution qu’il appelle de ses vœux, la seule capable d’honorer à la fois la terre et la liberté : celle qui substituerait aux « mesures policières de nous conserver la vie » l’amélioration morale de notre vie. Révolution au sens fort d’un renversement brutal, total et irréversible, impliquant d’abandonner, ni plus ni moins, ce qu’il en coûte pour maintenir telle quelle la « civilisation » industrielle : l’oppression des humbles, les inégalités, le colonialisme (songez simplement, à ce propos, aux modalités d’extraction des matières premières de votre ordiphone), la violence envers les animaux (Tolstoï défend le végétarisme comme étape du perfectionnement moral) et plus généralement le maternage permanent (« délivrez-vous en un clic de la nécessité de pourvoir à votre subsistance »). Les progressistes s’offusquent. Les membres de la classe d’encadrement du système industriel naissant, avec ses usines et sa population ouvrière, défendent quant à eux la redistribution des fruits de la modernité occidentale : lumière électrique, chemin de fer, téléphone, automobiles, expositions et concerts à l’adresse de la minorité. Au nom de quelques dizaines de milliers d’ouvriers entassés dans les villes, les voici prêts détruire le milieu naturel et les formes culturelles de l’existence de plus de cent millions de paysans qui travaillent la terre. Ce sera bientôt la fonction historique d’un Lénine, bien qu’il fût lui-même embarrassé par l’héritage de Tolstoï, entre les hommages incontournables à rendre au grand écrivain patrimonial et l’inconfort idéologique causé par ses écrits politiques, chrétiens, pacifistes et paysannistes. Le chef bolchévik, tout à sa hantise du moujik, acclamera la machine qui, en quelques décennies de démolition capitaliste, aurait suffisamment délabré les institutions agraires traditionnelles pour préparer l’avènement du socialisme (2). Les chevaux vapeur contre la haridelle du paysan.

Pour qui le lit bien, il apparaît que Tolstoï propose un inventaire de la civilisation, guidé par quelques critères simples : quel progrès pour qui ? De quelle déperdition le gain se paie-t-il ? Est-ce vraiment un gain par rapport à l’époque où telle ou telle invention ou procédé n’existait pas ? Par conséquent, c’est la production elle-même qu’il faut réorienter, en refusant la voie de la fausseté, en sortant de ce que d’autres appelleront plus tard la production de nuisances. La devise des hommes vraiment civilisés ne sera pas : que la culture advienne, la justice dût-elle périr, mais : que la justice soit, la culture dût-elle en périr. Régression barbare ? « Quoi qu’il arrive, les hommes ne seront pas réduits à remuer la terre avec des pieux et à faire usage pour s’éclairer de chandelles de résine. Les progrès techniques qu’ils ont réalisés au prix d’un douloureux esclavage resteront acquis définitivement ». Alors quoi ? « Que les hommes comprennent seulement qu’ils ne peuvent pas sacrifier à leurs jouissances la vie de leurs semblables ; ils sauront alors appliquer tous les progrès de l’industrie pour sauvegarder, au lieu de compromettre, tant d’existences précieuses » Mais l’augmentation du pouvoir et des moyens peut-elle cesser, face à la loi chrétienne de l’amour ? Précisément, il s’agira pour les partisans de la vie libre de « conserver le pouvoir acquis sur la nature dans la mesure où il est conciliable avec l’émancipation de leurs frères » (L’esclavage moderne).

Dans un texte de 1947, intitulé « Lear, Tolstoï et le bouffon », Orwell s’efforce de comprendre l’aura du sage non-violent, inspirateur de Gandhi et de multiples communautés à travers le monde, depuis les imitateurs du christianisme primitif (à l’exemple des Doukhobors, secte dissidente de Russie, pratiquant l’objection de conscience, dont l’écrivain facilita l’émigration vers le Canada à la fin des années 1890) jusqu’aux adeptes du retour à la vie rurale dans les années 1970, en passant par les colonies naturiennes adeptes du végétarisme à la Belle Époque. Le personnage shakespearien de Lear, vieillard errant sur la lande, maudissant le ciel, accompagné d’un bouffon et d’un fou, ressemble à cet homme puissant renonçant au pouvoir, homme déchiré, esclave de ses contradictions, qu’est Tolstoï. Lui qui, lorsqu’il reprise ses bottes, ne le fait jamais sans l’aide d’un serviteur ou qui, mettant son extraordinaire force physique au service du labourage dans une propriété voisine, s’y livre des heures durant sous l’œil et les pinceaux du peintre Ilya Répine. Pris dans un conflit intérieur tragique, l’aristocrate russe n’aurait jamais pu, selon Orwell, accomplir son exigence de purification. La différence entre un saint et un homme ordinaire est une différence de nature, non de degré. D’où la singulière posture de celui qui exhorte ses semblables à la sainteté, cet idéal hors d’atteinte. Autre manière, selon Orwell, d’exercer la contrainte morale à l’égard d’autrui, dans un penchant au fanatisme spirituel. Gardons cela en tête en lisant Tolstoï, qui, à l’heure de la fin, fuira définitivement son domaine pour mourir esseulé dans la petite gare d’Astapovo, après avoir parcouru quelques kilomètres dans la neige en compagnie d’un serviteur. Mais n’oublions pas non plus qu’à un certain point, seule l’exagération est vraie pour préserver la « croissance de l’humanité » (dit l’écrivain dans son Journal) face à une « pseudo civilisation » qui absorbe toute la force de croissance pour entretenir des branches fausses, nuisibles, au prétexte de concourir au bien- être du peuple.

Renaud Garcia
Été 2020

Notes

1. Traduction en français sous le titre Cent ans après ou l’an 2000, éditions Éternel, 2015. 2. Cf. Chantal de Crisenoy, Lénine contre les moujiks, La Lenteur, 2017.

Lectures

  • L’esclavage moderne, Le pas de côté, 2012.
  • L’argent et le travail, édition des Syrtes, 2010.
  • Le royaume des cieux est en vous, Le passager clandestin, 2010.
  • Refus d’obéissance. Écrits sur la révolution (textes réunis et présentés par PierreThiesset), L’Echappée, 2017.

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