Edward Abbey, par Renaud Garcia (Bibliothèque verte de Pièces et main-d’œuvre

Version imprimable d’Edward Abbey

Edward Abbey
(1927-1989)

Mis en ligne par Pièces et main-d’œuvre sur leur site le 3 novembre 2020

Le symbole du groupe écologiste radical Earth First ! ne trompe pas, composé d’un marteau de pierre et d’une clé à molette. En 1980, quelques défenseurs des espaces sauvages, opposants à l’hydre mécanique, fondent ce groupe en hommage à Edward Abbey, l’auteur du Gang de la clé à molette. Ce roman picaresque publié en 1975 narre les aventures de quatre saboteurs, des luddites combattant, cette fois, non pour leurs métiers mais pour l’ocre désert d’Arizona, le fleuve Colorado, le défilé de Glen Canyon et les espèces environnantes (castors, hérons, pélicans, aigrettes, sans compter les cerfs arpentant les berges du fleuve). Ce que les Américains nomment la wilderness, la nature sauvage, un lieu non pas à conquérir mais à préserver. Abbey, souvent cantonné au genre du Nature writing, à mi-chemin entre le récit de voyage et l’observation de naturaliste, trouve dès 1968 un public d’environnementalistes avec Désert solitaire. Ce journal, tour à tour incisif et contemplatif, où l’auteur consigne ses impressions sous forme de notes de ranger, dans le parc national des Arches (Utah) – en réalité, dans plusieurs autres endroits. Ces deux livres font de « Cactus Ed », l’écrivain du désert, un symbole de la résistance au progrès technique, héros de jeunes activistes en quête d’une figure tutélaire (ses discours lors des rassemblements d’Earth First ! seront un moment toujours très attendu), héraut de ses compagnons pour lesquels il hurle contre la civilisation industrielle : loups, coyotes, wapitis, mouflons, aigles.

Image approximative, toutefois. Jack Bums, le protagoniste de Brave Cowboy, son second roman, publié en 1956 et incarné à l’écran par Kirk Douglas dans Seuls sont les indomptés, film de David Miller (1962), diffère d’Abbey. Certes, ce cavalier errant, attaché à l’ancienne liberté d’aller et venir sur une terre aimée, refusant la clôture des terrains, puis traqué par la police au milieu des bois et des rocailles, avant de mourir d’une mort stupide sous les roues d’un camion de marchandises, écrasé par le progrès, c’est aussi Abbey : mais mythifié, corrigé, réécrit. Car Abbey est hâbleur. Ainsi l’écrivain de l’Ouest grandit non pas dans l’Utah, l’Arizona ou le Nouveau- Mexique (lieux de ses futures vadrouilles), mais dans une ferme de de Pennsylvanie, au cœur des Appalaches, dans le Nord-Est. Membre d’une fratrie de cinq enfants, il trouve chez ses parents de forts exemples d’indépendance. Son père, agnostique et wobbly (syndiqué chez les Industrial Workers of the World), complète les travaux agricoles par divers boulots (de chauffeur de bus à distributeur de magazines), sans compter ses activités de bûcheron, de trappeur et de chasseur, dans lesquelles il embarque ses fils. Dans les Appalaches, en 1940, chasser n’est pas encore un hobby, encore moins un sport. C’est une nécessité pour passer l’hiver. Sa mère, d’ascendance presbytérienne, institutrice et organiste à la chorale locale, est aussi artiste que rigoureuse. Au repas du soir, à la table familiale, les enfants entendent parler politique. Et aussi leur père réciter son auteur favori, Walt Whitman. Ces mots, par exemple, tirés de la préface à la première édition des Feuilles d’herbe (1855) et connus par cœur :

« Voici ce que vous devrez faire : Aimer la terre le soleil les animaux, mépriser les richesses, faire aumône à tous les mendiants, défendre les idiots et les fous, consacrer labeur et grains aux autres, haïr les tyrans, ne pas argumenter sur Dieu, montrer de la patience et de l’indulgence envers les gens, ne pas ôter son chapeau devant quoi que ce soit de connu ou d’inconnu, homme ou nombre d’hommes, fréquenter librement les puissants illettrés les jeunes les mères de famille (…) réexaminer tout ce qu’on vous a appris à l’école à l’église ou dans les livres, congédier tout ce qui blesse votre âme… ».

Autant de mots qui dessinent la vocation littéraire du jeune Abbey et une part de son caractère. Peu disposé envers les travaux agricoles, auxquels il participe comme chaque membre de la famille, il s’immerge très tôt dans les livres comme dans les bois environnants, les uns comme les autres nourrissant ses rêveries. A la fois timide et sûr de ses capacités intellectuelles, il ne se voit pas en redneck (en « péquenot ») mais en artiste, poète et marcheur. Contestataire aussi. Thoreau et Traven, le mystérieux auteur du Trésor de la Sierra Madre (porté à l’écran par John Huston en 1948), sont ses modèles. Aussi s’embarque-t-il, encore adolescent, pour un premier pèlerinage vers l’Ouest, avant d’être envoyé par l’armée, à la toute fin de la guerre, en Italie où il reste jusqu’en 1947. Son service militaire n’ayant contribué qu’à renforcer ses dispositions anarchisantes, il quitte la Pennsylvanie pour l’université du Nouveau-Mexique. Son meilleur ami est un cow-boy hors pair mais Abbey, quant à lui, échoue désespérément à en être un. Il doit se rendre à l’évidence, et nous avec : l’auteur de Brave Cowboy aura beau poser en 1986, pour la une d’un magazine, accoudé à la crosse de son Winchester, un bandana noué autour du cou sur le sol sablonneux de sa propriété, radieux à côté d’une télévision éclatée en plein centre, cela n’aura été qu’une mise en scène de plus. Car Abbey est avant tout un écrivain et un lecteur. Un intellectuel, assurément, quoique du genre vagabond. La philosophie politique est son domaine privilégié. Entre son premier mariage (il y en aura cinq), son premier enfant (également cinq), ses premières missions de ranger dans diverses réserves et ses publications (le roman Jonathan Troy, en 1954, puis Brave Cowboy), l’université lui laisse le temps de terminer en 1959 l’équivalent d’un mémoire de maîtrise intitulé Anarchism and the Morality of Violence. Des réflexions argumentées autour de William Godwin, Proudhon, Bakounine, Kropotkine, Georges Sorel, ou encore Emma Goldman et Albert Camus. Imagine-t-on cet Américain solitaire en « anarchologue », à l’abri dans sa vigie au milieu d’un parc national ? Pas plus que ses collègues ne pouvaient supposer l’existence d’un romancier prolixe derrière ce campeur taiseux, amateur de bière et de bacon frit.

L’existence de Abbey se place tout entière sous le signe de l’unité tendue des contraires, lui qui fut un lecteur de Tchouang-Tseu (IVe siècle av. J.-C.), auteur d’un des textes fondamentaux du taoïsme. Il enchaîne ainsi les travaux d’appoint et les saisons de ranger, entre l’Utah, l’Arizona, la Californie, la Floride et le Nouveau-Mexique, tout en écrivant des romans (l’excellent Le Feu sur la montagne, en 1962), des essais, des carnets de voyage, puis, à mesure que grandit sa réputation, de plus en plus de recensions publiées dans les grands journaux nationaux. Ces formes d’écriture, l’aventurier du désert finit d’ailleurs par les enseigner pendant quelques semestres, à différentes reprises, aux étudiants de l’université d’Arizona. Imagine-t-on « Cactus Ed » l’indomptable luddite, courbé sur les dissertations de ses élèves, en train de réfléchir dans son bureau de professeur au plan de son prochain cours ? L’irréductible se marie plusieurs fois, s’installant à la ville (Albuquerque, Moab, puis Tucson) avec femme et enfant, avant de céder à l’appel de la wilderness, et du désir débridé. Le sentiment panique, si l’on veut romancer, cher à cet autre mystificateur, solitaire et amoureux des femmes que fut Giono. Mais dans les faits, l’infidélité d’Abbey et sa dépendance à l’alcool précipitent l’une de ses unions dans la tragédie, lorsque sa troisième épouse, Judy, trompée d’innombrables fois, décède brutalement d’une leucémie en 1970, à l’âge de 28 ans. Voilà pour les errements intimes d’un homme taraudé par la culpabilité, dissimulé derrière le visage combatif de l’écrivain rebelle, bientôt icône de la contre-culture. En avril 1970, les Etats-Unis célèbrent le premier Jour de la Terre, qui marque l’avènement médiatique du mouvement écologiste. L’édition de poche de Désert solitaire se vend de mieux en mieux et assoit la réputation critique de Abbey. S’il n’est pas insensible aux louanges, ce dernier n’a aucune envie de jouer les guides pour les paumés en mal de maître. En fait, il trace sa voie dans le sens indiqué par Whitman, le poète de la démocratie américaine : « Résistez beaucoup, obéissez peu ».

Tel est son credo d’écrivain :

« J’écris pour divertir mes amis et exaspérer nos ennemis. J’écris pour consigner la vérité de notre époque du mieux que je la perçois. Pour examiner les relations humaines dans leur comique et leur tragique. Pour contrer, résister et saboter la tendance contemporaine vers un Etat global, technocratique et policier, quelle que soit sa couleur idéologique. J’écris pour m’opposer à l’injustice, pour défier le pouvoir et parler pour les sans-voix. J’écris pour faire une différence ». (« A writer’s credo » in One Life at a Time, Please, 1988).

Si une chance doit être encore accordée à la liberté humaine, alors la seule solution, pour les nostalgiques de l’idéal jeffersonien de petites communautés décentralisées, réside dans la préservation de la wilderness. Pas de liberté sans espaces ouverts au-delà des villes, où les hommes et les femmes, les garçons et les filles pourraient vivre au moins une partie de leurs vies en n’obéissant qu’à leurs désirs et à leurs capacités, libérés de l’administration de leurs existences par un pouvoir central. Pas de liberté, donc, sans une lutte pied à pied contre les « maniaques de la croissance », les industriels et les économistes, dont la fonction est une insulte à la vie comme à l’humanité. De l’auto-défense à l’éco-défense : lorsqu’on attaque le refuge des « vrais » Américains, ceux qui n’ont pas encore été transformés en « ilotes » (du nom des esclaves affranchis, à Sparte) par l’oligarchie des administrateurs du complexe techno-militaire industriel, refuge qui est dans le même temps celui de la vie sauvage, alors il est juste de répliquer, en état de légitime défense. Il y avait là de quoi inspirer toutes les ZAD et leur monde de luttes écologistes. De telles réflexions n’opposent pas plus la nature à l’humain que le sauvage à la civilisation, comme des critiques avides de marquer leur territoire, Murray Bookchin en tête, l’ont trop souvent martelé. Mais Abbey a eu le malheur de suivre sa pente, indépendant, téméraire, provocateur.

Rendez-vous compte. En 1983, il publie dans le New Times de Phoenix l’article « The Closing Door Policy », plus tard repris sous le titre « Immigration and Liberal Taboos ». L’interdit progressiste est en effet bravé : on ne saurait défendre la nature sauvage et l’idéal américain (qui, on le comprend, n’a rien de commun avec le mode de vie américain des années Reagan) en accueillant toujours plus d’immigrés latinos dans les États du Sud. Abbey pose la question, politique et écologique, de la surpopulation, renvoyant dos à dos progressistes et conservateurs (« les conservateurs aiment le travail à moindre coût ; les progressistes aiment leur cause bon marché »). Les Mexicains fuient des régimes autoritaires et des conditions de vie misérables ? Nous avons besoin d’équité sociale, mais aussi de contrôle des naissances, répond celui qui finira père de cinq enfants. La politique de la porte fermée est inhumaine ? La question est plutôt d’encourager les Mexicains à transformer leur propre société, avant de migrer vers un pays dont le niveau de vie les appâte, mais qui peine lui-même à se réformer. Si les Indiens avaient adopté cette même politique de la porte fermée, que serait-il advenu des « visages pâles », ces White Anglo-Saxon Protestant (WASP) dont Abbey est l’héritier ? Mais leur stupidité et leurs divisions internes expliquent leur échec, et le triomphe des Anglo-Saxons. Comme si cela ne suffisait pas, en définissant les migrants mexicains comme des masses de gens « affamés, ignorants, non qualifiés et, de manière générale, démunis sur les plans culturel et moral », Abbey choque la représentation que s’en font les progressistes de New York. Attaqué par un sénateur hispanique, il ne l’est pas moins par Murray Bookchin, qui ne cesse de glapir « raciste, élitiste, xénophobe ». Une aubaine pour le théoricien de l’écologie sociale, qui trouve là de quoi discréditer l’écologie dite « profonde » qui ferait primer les intérêts d’une nature mythifiée sur la plus élémentaire justice humaine. Après en avoir critiqué les fondements théoriques chez le philosophe norvégien Arne Næss, il fustige ses penchants misanthropes et réactionnaires en s’attaquant à Abbey. Quelque peu dépassé par la controverse, ce dernier s’enlise dans de multiples explications. Dans une lettre adressée en 1987 à l’éditeur du journal de Earth First !, il s’essaie toutefois à distinguer entre le racisme, qu’il rejette (c’est-à-dire l’idée selon laquelle tous les membres d’une race sont supérieurs à tous les membres d’une autre race), et le chauvinisme culturel, autrement dit le fait d’apprécier la vie dans son pays et de refuser de la troquer contre une autre, sous l’effet de l’immigration de masse, d’où qu’elle vienne. En ce sens strict, est-il plus fautif que le Français attaché à sa Provence ou à son Dauphiné, qui se désole de voir ses collines et ses montagnes livrées aux cars de touristes et dévastées par les stations de ski ? On peut avoir le sens de l’hospitalité sans pour autant se réjouir de voir les bistrots disparaître au profit des kebabs et des fast food.

Abbey aggrave son cas en 1984, à l’occasion d’une recension du livre Actions scandaleuses et rébellions quotidiennes (Outrageons Acts and Everyday Rebellions) de la féministe Gloria Steinem (plus tard décorée par Barack Obama et soutien de Hillary Clinton). Dans la thèse de Steinem, qui semble minorer le besoin que les deux sexes ont l’un de l’autre, tout en revendiquant un paritarisme rigoureux en tout point, Abbey décèle un secret désir secret d’indifférenciation. Enfin passer de l’égalité à l’uniformité. Abbey pour qui les femmes restent des êtres « moralement supérieurs », comme il le confesse à maintes reprises dans son journal et sa correspondance, souligne le bien-fondé des revendications d’égalité salariale, de liberté reproductive et de partage équitable du pouvoir politique. Il lui est plus difficile d’admettre que les pères puissent s’occuper des enfants exactement à la manière des mères, au risque de renier leur héritage d’aventures au-delà du nid familial, en compagnie d’autres hommes. Un dernier argument qu’on laissera à l’auteur. Il n’en demeure pas moins que c’est une chose de combattre la restriction des opportunités en raison de son sexe, c’en est une autre de militer pour des relations entre hommes et femmes expurgées de toute intensité, de sorte que se profile l’avènement de l’indifférencié. Sans avoir eu l’heur de connaître Marlène Schiappa, Caroline de Haas ou Virginie Despentes, notre auteur envisage avec une lucidité stupéfiante l’avenir du sexe une fois passé aux mains des technocrates et des féministes radicales poussant leur logique à son terme : « coupés de leur nature animale primordiale, récusant la source biologique de l’existence, se reproduisant en laboratoire par insémination artificielle, les habitants de ces villes scintillantes et métalliques évolueront complètement comme des robots rationnellement programmés. (…) la tendance générale de la société technologique tend vers l’androgynie (…), un monde où les éléments d’une semi-humanité désexualisée, unisexes, interchangeables, remplaçables, continueront à asservir la nature et la nature humaine dans un univers dominé par un enchevêtrement de machines en train de se reproduire » (« The Future of Sex : A Reaction to a Pair of Books », in One Life at a Time Please, 1988).

Haro sur le petit Blanc ! Les ligues de vertu, aujourd’hui comme hier, trouveront en Edward Abbey leur bouc émissaire idéal. Il n’est pas étonnant, non plus, que les écologistes contemporains les plus intransigeants (et un peu crispés) aient jeté leur dévolu sur le besogneux Murray Bookchin (cela dit en soulignant, pour notre part, les évidents mérites de l’œuvre de ce dernier). Par comparaison avec Abbey, voilà un homme de gauche sérieux, tellement plus compatible avec les impératifs de la lutte contre toutes les dominations. Mais le véritable sérieux se moque de l’esprit de sérieux. En 1985, à l’université du Montana, Abbey délivre une fois de plus un discours à contre- courant, devant un public d’étudiants, de ranchers et de néo-ruraux. Le sujet ? Une critique en règle de l’élevage, de l’industrie du bétail mais aussi des mythologies de l’Ouest. Le mythe du cow-boy, libre et mâle, est un moyen de faire accepter la position sociale des éleveurs, ainsi que les dommages qu’ils infligent, aux frais du contribuable, à la nature et aux différentes espèces. Activité livrée à la croissance, dégradant les sols et donc les possibilités d’une agriculture saine, l’élevage est devenu une nuisance. Que le rancher se présente comme un prestigieux homme d’affaires et son simple commis, le garçon vacher, comme l’héritier d’une légende, n’arrange rien. Au grand dam des paysannistes venus de l’Est, Abbey appelle à leur remplacement au profit de métiers vraiment utiles dans une société complexe : des instituteurs, des infirmiers, des éboueurs, des agents de la circulation. Et pour le reste, que le troupeau cède la place aux vrais animaux, sauvages (« Free Speech : The Cowboy and its Cow » in One Life at a Time, Please, 1988).

En reléguant l’hirsute Abbey au rang d’auteur de road-movies en pleine nature, pour se pencher (d’ailleurs bien tardivement) sur l’écologie « sociale », notre époque a encore raté le coche d’une approche sensible de la nature. Ce naturisme ennemi de la Machine, l’auteur de Désert solitaire le donne à lire dans son éloge de la surface. L’essentiel, pour l’amoureux de la nature et de la nature humaine, c’est l’apparaître ; la manifestation des êtres, tels qu’ils se montrent à la sensibilité : « Pour ce qui me concerne, la surface ces choses m’apporte suffisamment de bonheur. A dire vrai, elle seule me paraît avoir une quelconque importance ». Et l’auteur de citer, parmi ces grandes joies superficielles, la main d’un enfant qui serre la vôtre, la saveur d’une pomme, l’étreinte d’un ami ou d’une amante, la douceur soyeuse des cuisses d’une jeune femme, le coucher de soleil sur la roche et les feuilles, l’entrain de telle musique, l’écorce d’un arbre, le visage du vent, etc. Tout est dit, tout est là. Mais au fait, n’avait-on pas affaire à un ignoble misanthrope, misogyne et raciste de surcroît ? La parole à l’accusé, pour terminer. Sans fard, mais non sans malice : « Mais pourquoi, insiste l’interrogateur, pourquoi les gens comme vous affirment-ils qu’ils aiment à ce point les espaces inhabités ? Pourquoi ce culte de la nature sauvage ? Pourquoi cette haine suffisante du progrès et du développement, cette résistance grincheuse aux améliorations plébiscitées par tous ? D’accord, c’est une question valable, mais elle a déjà été posée et on y a déjà répondu des centaines de fois ; assez de livres pour faire sombrer un homme tout nu dans la folie ont traité cette question dans ses moindres détails (…) toutes choses vraies et magnifiques, chacune plus que suffisante pour répondre à une question aussi mortifiante mortifère mentalement arriérée que : “ pourquoi la nature sauvage ?” À laquelle j’ajoute néanmoins une ultime réponse : Parce que nous aimons le goût de la liberté ; parce que nous aimons l’odeur du danger. » (Un fou ordinaire, Gallmeister, 2009). Salut à toi, Cactus Ed, enterré on ne sait où dans le désert.

Renaud Garcia
Automne 2020

Lectures

  • Désert solitaire, Gallmeister, 2010.
  • Le gang de la clé à molette, Gallmeister, 2013.
  • Le retour du gang, Gallmeister, 2017.
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1 commentaire

  1. Debra

     /  8 novembre 2020

    Merci pour ce portrait complexe où j’ai appris tant de choses que j’ignorais complètement sur cet homme hors norme, auteur de « Desert Solitaire », livre que j’ai beaucoup aimé, et aime toujours.
    Origines un peu partagées avec le poids du Presbytérianisme, culte qui glorifie un Dieu rationnel et progressiste, bien entendu, mais un culte qui encourage une grande indépendance d’esprit parmi ses membres. Du moins, dans le temps passé.
    Je sèche une toute petite larme en pensant à un pays bâti sur l’idéal de petits propriétaires terriens plus ou moins autosuffisants, mais avec un intérêt commun, un pays qui ne devait pas être trop loin de Rome au début de la République, mais qui par la force des conquêtes, la corruption résultant de l’esclavage, et avec le temps, a disparu sous le poids des nombres.

    Pour Abbey, homme, une évocation de la pièce de « Macbeth » où William (Shakespeare) explore sous toutes les coutures ce que ça veut dire d’être homme ; ce qu’on peut faire et rester « homme », et ce qu’on ne peut pas faire, dans le face à face avec la femme, d’ailleurs, et où il fait dire à son héros :  » j’ose faire tout ce qui sied à un homme, celui qui en fait plus n’en est plus un ». Plus tard, un autre protagoniste, confronté au massacre de toute sa maisonnée, rétorque à une incitation à la vengeance aveugle en disant qu’avant d’agir en homme, il lui faut d’abord ressentir ses émotions en homme.
    Encore merci pour ce travail.

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