Murray Bookchin, par Renaud Garcia (Bibliothèque verte de Pièces et main-d’œuvre)

 

On a rencontré notre premier « municipaliste », il y a deux ans, lors d’une réunion d’opposants au « développement » (industriel et économique). Sévère, excédé, le type nous faisait la leçon avec un brin d’agacement comme s’il était fâché d’être là et de perdre son temps avec nous. Allez savoir, c’est peut-être ce qui marche avec les Kurdes du Rojava, nous on respecte les différences culturelles. Après on a compris que le type, comme tous les militants, copiait le maître – Murray Bookchin (1921-2006) – un authentique judéo-bolchevique de la bonne époque (quoique né à New York), longuement et stupidement communiste, stalinien puis trotskyste, avant de virer anarchiste (hum) et d’étendre à la dégradation du monde et de ses habitants, une analyse anticapitaliste mâtinée d’anti-industrialisme. Aujourd’hui, on dirait « écosocialisme » et il s’agit toujours de théoriciens marxistes et/ou trotskystes (Michael Löwy, Daniel Tanuro, Razmig Keucheyan, Andreas Malm, etc.), faisant grand tapage autour du « Capitalocène », afin de taire le Technocène.
Ceci dit, mis à part ses pulsions hégémonistes (on ne se remet jamais tout-à-fait d’un dressage bolchevique), Bookchin a eu son moment d’utilité lorsqu’il a publié Notre environnement synthétique (juin 1962) – une percée anti-industrielle qui a précédé de quelques mois le Printemps silencieux de Rachel Carson – avant de sombrer finalement dans les illusions d’une technologie émancipatrice – c’est-à-dire émancipée du capitalisme. Le bonhomme a fait aussi des entrechats dialectiques entre nature et culture qui devraient lui valoir les faveurs des néo-animistes, farouches ennemis de ces dualismes qui nous ont fait tant de mal.

Bref, si vous voulez rire, lisez plutôt Edward Abbey (1927-1989), son contemporain et double moqueur. Egalement anarchiste – et même fin connaisseur, mais indemne de toute séquelle communiste, plutôt dans la veine beatnick, genre Bukowski élevé à la ferme, lecteur de Whitman, ivrogne, coureur, bourlingueur, écrivain, prof de fac et inspirateur des éco-saboteurs d’Earth First !
Bookchin est à l’est. Abbey est à l’ouest. Bookchin veut mettre le prolétariat aux commandes de la Machine. Abbey veut détruire la Machine – et le prolétariat. Abbey défend la sauvagerie parce qu’il éprouve comme nous le lien entre nature et liberté. C’est la servitude volontaire qu’il combat, tout autant que l’amour du pouvoir. Que celui-ci s’achève dans le capitalisme ou le communisme l’indiffère, puisque dans tous les cas c’est le système technocratique qui s’étend. Bookchin (et les bookchinistes), a beaucoup fulminé et vitupéré contre Abbey : raciste, sexiste, arrogant, grossier, etc. Abbey a beaucoup ri, et fait rire, de Bookchin (notamment dans Le retour du gang). Ils se sont aussi retrouvés quelquefois à la même table et autour de quelques idées. A vous de faire le tri

Version imprimable de Murray Bookchin

Murray Bookchin
(1921-2006)

Mis en ligne par Pièces et main-d’œuvre sur leur site le 3 novembre 2020

Lire Murray Bookchin, c’est plonger dans plus de cinquante ans d’histoire militante aux États-Unis. Issu d’une famille d’émigrés juifs russes, cet autodidacte élevé par sa grand-mère adhère d’abord à la Young Communist League.Découvrant peu à peu le rôle contre-révolutionnaire joué par le parti communiste lors de la guerre civile en Espagne, il rejoint les organisations trotskistes qui, à New York, lui semblent les seules à résister sérieusement au stalinisme. Il travaille dans la fonderie, puis chez General Motors, intégrant en 1944 l’United Auto Workers (UAW), le plus grand syndicat automobile américain. Il y vit des grèves épiques, notamment celle qui dura plus de cent jours à l’automne 1945. Néanmoins, le patronat sort gagnant de cet épisode et soudoie l’AW en proposant d’intéresser les travailleurs aux bénéfices de l’entreprise, en tant que salariés- actionnaires. Au seuil des années 1950, Bookchin comprend que le prolétariat n’est définitivement plus en mesure de jouer le rôle révolutionnaire que lui attribuait Marx dans sa conception du progrès historique. Il s’agit alors de repenser radicalement la théorie socialiste, ce à quoi le jeune Bookchin va s’employer avec quelques autres intellectuels militants, en fondant la revue Contemporary Issues. Dans le cadre des recherches effectuées pour cette revue, notre auteur commence à remonter le fil qui relie les dégradations que subit la nature au développement du capitalisme industriel et se sensibilise aux textes classiques de l’anarchisme. Des enquêtes publiées à l’époque aux États-Unis sur la stérilité des sols et l’augmentation du taux de cancers convainquent Bookchin que le capitalisme ne doit plus être seulement combattu en ce qu’il exploite la force de travail dans un but de profit, mais en ce qu’il est un système global qui enserre et empoisonne la nature et la vie humaine.

Bookchin se lance au cœur des batailles écologistes. Pendant un bref moment, il y fait figure de pionnier. Dès 1952, il publie un article intitulé « The problem of Chemical foods », premier d’une série au bout de laquelle il conclura que l’ordre social industriel est « un système totalement artificiel qui ne peut se maintenir que grâce à un parasitisme exhaustif qui, comme s’il s’agissait d’un poulpe, étrangle lentement toutes les strates de la population ». S’ensuit, en 1954, la campagne contre les essais nucléaires et le programme Atom for Peace lancé un an auparavant par le président Eisenhower. Actif au sein de l’alliance antinucléaire Clamshell, notre infatigable militant prend part à la lutte contre la firme Con Edison qui cherche à construire le plus grand réacteur du monde en plein cœur de New York, en 1963. Présent dans le mouvement pour les droits civiques, il fonde la New York Fédération of Anarchists. Surtout, il publie en juin 1962, sous le nom de plume Lewis Herber, Notre environnement synthétique. Enquête approfondie sur la pollution industrielle et les maladies « environnementales », cet ouvrage peut être considéré comme le pendant radical de Printemps silencieux, le classique de Rachel Carson, paru trois mois plus tard. Éclipsé par le best-seller de la biologiste, mais tout aussi documenté et plus tranchant, l’ouvrage de Bookchin soulève le problème crucial de la désindustrialisation : « les plantes nourricières ne peuvent pas davantage croître conformément au modèle du marché que l’homme ne peut espérer ajuster le rythme de son pouls à celui des machines ». Sa critique s’étend ensuite quantitativement, beaucoup de livres, beaucoup de mots, sans forcément gagner beaucoup en qualité. La radicalité s’est trouvé un autre fouilleur.

Pendant les années 1960, il est de tous les combats contre-culturels, disserte sur la technologie libératrice et l’avènement d’une société d’après la rareté. En 1969, on le trouve à l’initiative du groupe Ecology Action East, pour qui il signe un manifeste acéré intitulé « Pouvoir de détruire, pouvoir de créer ». Le mouvement écologiste, rappelle l’auteur, ne sera qu’une « soupape de sécurité de l’ordre établi » tant qu’il ne se donnera pas pour objectif « la révolution dans tous les aspects de la vie – sociale aussi bien que naturelle, politique aussi bien que personnelle, économique aussi bien que culturelle ». À la fin de cette décennie marquée par les protestations contre la guerre du Vietnam et la lutte des Noirs pour les droits civiques, l’éco-anarchisme est né. Une écologie radicale, dont Bookchin le New-Yorkais se veut le théoricien, lui qui ne se sépare jamais d’une copie de la Phénoménologie de l’esprit, le monument philosophique de Hegel. Mais dans le même temps, à plus de 3000 kilomètres de là, en Arizona, un certain Edward Abbey, ranger accumulant les missions dans diverses réserves, penseur pas moins anarchiste que Bookchin, acquiert une renommée littéraire avec Désert solitaire, méditation anti-industrielle portée par une plume alerte et caustique. On peut y lire, entre autres traits décisifs, ceci : « Un système économique qui ne peut que croître ou mourir est nécessairement traître à tout ce qui est humain. » Une formule que l’on retrouvera souvent par la suite dans les textes… de Bookchin, devenu entre-temps l’un des adversaires d’Abbey. Ainsi, à la fin des années 1960, le pionnier a déjà été rattrapé, sur son propre sol, l’Amérique, par d’autres écrivains qui distinguent, comme lui, entre gestion environnementale et écologie radicale. Et le font parfois, à la manière d’Abbey, dans une veine poétique, sensible et humoristique cruellement absente de l’œuvre bookchinienne.

Avec toute sa détermination, Bookchin s’implique par la suite dans la création d’un mouvement Vert à Burlington, dans le Vermont, où il co-fonde en 1974 l’Institut d’écologie sociale. C’est le moment pour lui de présenter, sous cette appellation, sa version de l’écologie. Une théorie censée réorienter non seulement le mouvement écologiste américain, mais aussi l’anarchisme lui-même, considéré comme une philosophie. Mais pourquoi « sociale » ? Dans l’éventail des positions écologistes, envisageons les « naturels » (partisans de la nature sauvage et de la diminution drastique de l’empreinte humaine), les « spirituels » (tenants par exemple d’une autre vision des êtres vivants fondée sur une spiritualité de type bouddhique ou une analogie entre la Terre et Gaïa) et les « sociaux ». Bookchin est de ceux-là. Il dit ne pas renier la spiritualité ni la sensibilité écologique, lui qui se dit amoureux des paysages et des forêts, là où d’autres ne lui prêtent qu’un amour platonique de la nature. Il se méfie seulement des pseudo-mystiques et des hiérarchies subtiles que de nouveaux cultes de la Mère nature pourraient engendrer. Il rejette par contre avec fermeté l’idée selon laquelle l’humanité en bloc serait responsable de la crise écologique. Car si les gens en tant qu’espèce sont responsables des perturbations que subit la nature, alors celles-ci ne trouvent plus leur origine dans les rapports de force qui agitent les sociétés humaines, ni dans les institutions culturelles qu’elles ont fondées. Ira-t-on dire que les pauvres pas moins que les riches, les gens de couleur pas moins que les Blancs privilégiés, les femmes pas moins que les hommes, les opprimés pas moins que les oppresseurs, sont responsables de la dégradation du milieu ? Pour Bookchin, qui reste ainsi un homme de gauche, c’est l’erreur de ce qu’il dénonce comme l’« écologie profonde » d’omettre ces distinctions. Inspirée par les divagations misanthropes qu’il décèle chez Edward Abbey et ses admirateurs, les activistes du mouvement Earth First !,l’écologie profonde essuie les feux de notre auteur qui, lié aux Verts allemands au début des années 1980, s’en détourne une fois ces derniers revenus dans le giron de l’écologie institutionnelle. Dès lors, qu’il s’agisse d’ouvrages touffus (The Ecology of Freedom (1982)), de synthèses plus accessibles (Remaking Society (1989)), d’articles polémiques ou de discours, l’auteur remâche ses arguties avec les partisans de la conservation des espaces sauvages.

Quelle est la part, dans cet amas de textes souvent répétitifs, de la mauvaise foi et du dogmatisme ? Difficile de l’établir avec précision. L’esprit de sérieux pousse néanmoins Bookchin à supposer que la plupart des écologistes déraisonnent désormais à la manière des militants frustes qu’il a pu rencontrer lors de tel ou tel Congrès. Ils souhaiteraient la négation de la société, la révolte contre l’espèce humaine, châtiée pour sa tendance à croître et multiplier, tout cela sur fond d’une opposition sans reste entre nature primitive et civilisation. Les déclarations en effet tapageuses de certains membres d’Earth First ! sur la régulation de la surpopulation par l’épidémie de sida et les famines en Afrique n’arrangent rien. Ayant ainsi généralisé le discours de l’adversaire, Bookchin n’a pas de mal à faire assaut de subtilité philosophique, pour mettre un terme aux faux dualismes. Nous sommes des êtres pleinement naturels, issus d’une lignée évolutive ayant bifurqué vers la création d’organismes complexes dotés de tendances sociales. C’est notre nature « première ». Mais, de fait, nous sommes également des êtres créatifs et culturels, capables d’établir des formes symboliques de communication, des relations économiques variées, des systèmes de hiérarchie, d’exploitation et de domination, des divisions en classes et des rôles sociaux genrés qui déterminent la croissance de notre population et l’influence que nous exerçons sur le milieu vital. C’est la nature « seconde », en perpétuelle interaction avec la première. Impossible, donc, d’abandonner l’une pour se résorber en l’autre, à moins d’encourager la régression vers la barbarie. Le spectre du nazisme, la reductio ad hiderum, fait assurément partie de l’arsenal rhétorique de Bookchin. Il suffit pourtant de lire un Edward Abbey avec probité, c’est-à-dire sans nier ses contradictions mais sans le clouer d’avance au pilori, pour se rendre compte que le clivage entre nature saine et civilisation pathogène ne représente pas l’écologie dite « profonde ». Cette dernière soutient qu’une civilisation qui détruit le peu qu’il reste de sauvage se coupe de ses origines et de ses principes mêmes. N’est-ce pas tout aussi dialectique ? Ce n’est qu’en 1989, après l’arrestation de sa figure de proue Dave Foreman par le FBI sur accusation de terrorisme, que Bookchin s’assoit pour discuter en profondeur avec les membres dEarth First !. Une discussion « apaisée », selon la formule désormais consacrée, qui n’empêche pas notre auteur de conserver après-coup ses soupçons de racisme et de fascisme larvé.

Lorsqu’il engage son écologie sociale dans des controverses, Bookchin prétend au monopole de la complexité, de la solidité théorique et de la crédibilité scientifique. Certes, son intuition fondamentale touche juste : « Il y a un lien historique entre la façon dont les gens se traitent en tant qu’individus sociaux et la façon dont ils traitent le reste de la nature. » Par exemple, lorsque la spéculation immobilière se développe, lorsque les inégalités sociales croissent, les distances entre le logement et le lieu de travail s’allongent, démultipliant la consommation d’énergie dans les transports. Encore : lorsque l’industrie fait main basse sur l’alimentation et engendre de multiples sources de stress, le taux de fertilité diminue, livrant la reproduction aux bidouillages de la génétique. Certes, cette intuition permet des incursions dans de multiples domaines complémentaires, qui étudient les diverses facettes d’une société écologique : de l’étude des formes de symbiose dans l’évolution des organismes jusqu’à l’aménagement des villes, en passant par l’anthropologie des sociétés « organiques » (autrement dit, pré-alphabétisées), la généalogie de la hiérarchie dans les sociétés humaines ou l’histoire de l’idée de confédération. On apprend nombre de choses, car l’érudit autodidacte livre sans modération le fruit de ses recherches.

Pourtant, l’âpreté polémique et la raideur idéologique demeurent. Dans un texte tardif, paru en 1995 et intitulé Social Anarchism vs Lifestyle Anarchism (traduit en français sous le titre Changer sa vie sans changer le monde, éditions Agone), par lequel il rompt avec l’anarchisme, c’est au prétendu primitivisme d’Ellul et de certains elluliens américains, disciples de Mumford et des Erewhoniens de Samuel Butler (pour les nommer, les membres d’une revue anti-industrielle nommée Fifth Estate, lancée dans les années 1970) que s’en prend désormais Bookchin. En contradiction avec ses premiers diagnostics sur l’environnement synthétique, il accuse ces auteurs de manier l’expression « société industrielle » à dessein de masquer les rapports d’exploitation capitalistes, seuls responsables du dévoiement du progrès technologique. Et voilà, en bout de chaîne, l’anticapitalisme de gauche restauré : la technologie, relativement neutre, pourrait servir, dans une société rationnelle, c’est-à-dire débarrassée de l’exploitation capitaliste, à libérer les individus en vue d’activités enrichissantes. Comme si le capitalisme n’était pas, d’emblée, industriel. Tout ce chemin pour cela, dira-t-on ? C’est que l’esprit de sérieux a ses impératifs : faire masse, inciter à l’adhésion. Ce que Bookchin voudra accomplir avec son municipalisme libertaire (ou « communalisme »), traduction politique de l’écologie sociale. Expérimentée au départ dans le Vermont (avec un succès très relatif), la politique « communaliste » suppose des communautés locales quasi autonomes, reliées entre elles dans une fédération. Les partisans de l’écologie sociale sont invités à participer aux élections locales afin d’établir des assemblées de citoyens et de restructurer, sous une façade légale, l’administration de la municipalité, cellule de base d’un emboîtement fédératif capable de vider peu à peu l’État-nation de sa substance politique. Au fur et à mesure de l’installation d’une démocratie directe, des avancées fragmentaires pourraient se faire jour afin de municipaliser l’économie : rachat d’entreprises fermées, utilisation de terrains pour la production artisanale, financement municipal de coopératives, de jardins publics et de marchés fermiers, etc.

C’est surtout ce modèle politique que l’on retient aujourd’hui de Bookchin. Bien que peu de personnes maîtrisent véritablement la question, l’expérience menée au Rojava par les partisans d’Abdullah Ocälan, le leader kurde du PKK, joue un rôle important dans le plébiscite accordé à l’écologie sociale. Ocälan aurait en effet découvert l’œuvre du théoricien américain entre les murs de sa prison turque, effectuant dès lors un virage libertaire vers le confédéralisme démocratique. Un argument de poids pour accréditer l’idée que Bookchin détiendrait la théorie porteuse d’espoirs pour les militants. La science d’un mouvement social émancipateur. En accord avec les idéaux d’une gauche révolutionnaire gagnée à la conscience écologiste. Du rouge, du vert et du soleil, comme sur le drapeau du Kurdistan. Une question, pourtant, demeure : l’écologie dite « sociale » est-elle autre chose qu’une énième étiquette délimitant une sous-tribu critique, dont le chef aurait aimé être davantage que cela… en toute horizontalité bien sûr ? Dans des pages jubilatoires de son roman Le retour du gang de la clé à molette (1990), Edward Abbey abordait la question, en narrant l’intervention musclée de Bookchin (rebaptisé Bernie Mushkin) lors d’un rassemblement d’Earth First !, en pleine forêt : « Qui est votre chef ? Quel chef, nous n’avons pas de chef, nous sommes tous des militants de base, bla, bla, bla » répondent les partisans de gauche du polémiste Mushkin, « archéomarxiste, révolutionnaire sectaire, professeur de chaire supérieure, écrivain universitaire, pédagogue, démagogue, idéologue », attiré « par le débat politique comme le papillon de nuit par la flamme – comme la mouche à viande par la carcasse du phacochère ». Le même Abbey qui, magnanime, plaçait en 1988 Notre environnement synthétique dans la liste de lecture des amoureux de la nature, destinée au journal d’Earth First !. En somme, la Bibliothèque verte des activistes américains. On se prend alors à imaginer les contributions d’un Bookchin primesautier et sarcastique, délesté de son esprit de sérieux, poursuivant et étoffant ses premiers travaux anti-industriels. Mais cela aurait été une autre histoire. Loin des villes, loin de l’agitation politique. Loin, là-bas, dans la wilderness.

Renaud Garcia
Automne 2020

Lectures 

  • Notre environnement synthétique. Atelier de création libertaire, 2017.
  • En dialogue avec Dave Foreman (mouvement Earth First !), Quelle écologie radicale ? Ecologie sociale et écologie profonde en débat, Atelier de création libertaire, 2020.
  • Une société à refaire, Ecosociété, 1993.
  • Pouvoir de détruire, pouvoir de créer, L’Echappée, 2019.

Poster un commentaire

1 commentaire

  1. Debra

     /  7 novembre 2020

    Pendant les presque trois semaines où j’ai été absente de ce blog, en résidence chez mes enfants loin de chez moi, et volontairement sans Internet, j’ai eu l’immense plaisir de lire le dernier livre de James Rebanks, éleveur de moutons dans le Lake District près de la frontière écossaise en Angleterre, sur des terres que sa famille « exploite » depuis près de 500 ans maintenant. Je ne crois pas qu’on puisse dire que James Rebanks est un capitaliste industriel…
    Ce livre s’appelle « An English Pastoral », et je ne sais s’il a été déjà traduit en français. Il y a quatre ans Rebanks a écrit « A Shepherd’s Life », « Une vie de berger », traduit en 17 langues. (Il y a de l’espoir que le livre de Rebanks soit traduit en français malgré le titre… Il est un livre… d’écologie très important, plus nuancé, plus.. réaliste ? que « Desert Solitaire », en tout cas. Surtout, le livre est écrit par un homme qui, par nécessité, s’est engouffré dans le système universitaire anglais à la hauteur d’Oxford, mais qui est revenu sur les terres de sa famille pour y travailler, et mettre les mains… dans la terre, et retrouver tout un savoir sur elle que le système industriel… artificiel a occulté par ignorance, avidité, et bêtise. Le livre poursuit la réflexion qu’il a commencé dans « Une vie de berger », et retrace l’historique de la montée de l’agriculture industrielle dans sa région, dans un contexte où son grand père travaillait la terre de manière traditionnelle, et que lui, à 40 ans passés, s’en souvient.
    Je vais abréger tout ce que je pourrais dire sur les partis pris de l’écologie anarchiste, etc, en disant que le grand mythe organisateur de notre civilisation occidentale RESTE le récit de la création de Genèse, (si, si) avec l’idée que le destin de l’Homme serait de gérer ? le jardin ? et que nous devons RETROUVER le paradis perdu dans le jardin, où « nous » n’avions qu’à tendre la main pour prendre les bons fruits que la Nature nous donnerait. Est absent du jardin le TRAVAIL comme activité humaine qui structure, et donne sens à la vie de l’Homme.
    Or, il y a un monde entre le jardin et la ferme. Rebanks fait un plaidoyer pour la ferme à taille humaine, et soutient qu’il est romantique et sentimentale (oui, pour le sentimental qui veut dire avoir des sentiments, non pour le sentimental qui veut dire voir le monde, soi, les animaux en gentils peluches sans dents, et se laisser aller à ses forcément bons sentiments…) d’imaginer un « retour » à une nature indemne de toute intervention humaine.

    Depuis un autre quartier, je poursuis ma lecture du livre de Jérôme Carcopino « La vie quotidienne à Rome à l’Apogée de l’Empire » et j’apprends que bien avant le capitalisme industriel, au moment même où les guerres civiles ont fait effondrer la République romaine, première victime d’une ambition générale de civilisation… universelle, les élites ont un taux de natalité désastreux. Elles ont un taux de natalité désastreux non en raison des pesticides qu’elles ne connaissaient pas, mais parce que la maternité était disqualifiée comme activité… respectable, et les riches Romaines passaient un temps considérable à vouloir tout faire comme leurs hommes EN LIEU ET PLACE de ceux-ci. Le taux de natalité était également désastreux parce que, pour des raisons complexes que Carcopino détaille avec élégance, la famille… traditionnelle était en lambeaux, et les élites se sentaient mieux en présence de leurs affranchis.. OBLIGES qu’avec leurs propres enfants… ingrats, ou leurs femmes revendiquant les mêmes privilèges pour elles que pour leurs hommes.
    Tout ceci a lieu sur fond d’une société qui ne valorisait ni la technologie, ni la technique, mais où régnait de manière instable la « Pax Romana », garantie par les impératifs de l’activité commerciale.
    A méditer…
    Rien de (vraiment…) nouveau sous le soleil ?

    J'aime

    Réponse

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :