John Brunner, par Renaud Garcia (Bibliothèque verte de Pièces et main-d’œuvre)

Version imprimable de John Brunner

John Brunner
(1934-1995)

Mis en ligne par Pièces et main-d’œuvre sur leur site le 18 novembre 2020

C’est tout jeune lecteur que John Brunner dévore, à l’âge de six ans, un volume de La guerre des mondes, de H. G. Wells, égaré dans sa chambre d’enfant. Une vocation est née. Trois ans plus tard, il échafaude des récits autour d’un curieux personnage nommé « Gloop ». Un nom d’extraterrestre, qui évoque les invasions martiennes, les voyages intergalactiques, les vaisseaux spatiaux et les communications à la vitesse de la lumière. Certes, l’œuvre prolifique de Brunner, qui écrivait aussi pour gagner sa croûte, a sacrifié aux exigences standard de la littérature de genre, dans la veine des space operas.

Cependant, l’écrivain est aussi l’auteur d’une tétralogie publiée à la charnière des années 1960-1970. Avec Tous à Zanzibar (1968), L’orbite déchiquetée (1969) et Le troupeau aveugle (1972) – et dans une moindre mesure Sur l’onde de choc (1975) –, Brunner a non seulement obtenu de prestigieuses récompenses auprès de la critique spécialisée, mais encore façonné quatre œuvres dotées d’une puissance interprétative incomparable. S’inscrivant plutôt dans la tradition du naturalisme social, ces romans décryptent le devenir morbide de la société industrielle aux Etats-Unis, à la fois décor et laboratoire, avec un luxe de détails et des perspectives entrecroisées (historiques, économiques, sociales, littéraires, scientifiques) qui rendent le lecteur plus intelligent, et plus profonde sa compréhension du présent. Allez savoir pourquoi la « science-fiction », ou plutôt la fiction d’anticipation, dystopique, paraît toujours plus crédible aux Etats-Unis.

Quels chemins nous ont conduits jusqu’aux impasses du jour ? S’agissait-il, dans le cas du développement technologique, d’un destin, d’une fatalité ? Eût-il été possible de bifurquer, de réintroduire de la liberté dans les rouages de l’emprise scientifique et technique ? L’auteur attribuait à la science-fiction « sérieuse » le rôle social suivant : présenter l’image de futurs plus ou moins désirables, permettant dès lors de choisir entre ces futurs, en amont des événements. La prospective chez Brunner ne dépasse guère cinquante ans. Par exemple, l’action de L’orbite déchiquetée, qui décrit une société divisée où les relations sociales, fondées sur la peur de l’agression raciale, sont systématiquement médiatisées par des écrans, jusque dans les alcôves, se déroule en 2014. Cela ne vous rappelle rien, confinement ou pas, Black Lives Matter ou pas ? C’est l’emballement de la société de contrainte que Brunner anticipait dès 1969, en se projetant dans une réalité dans laquelle il aurait pu encore vivre, sans une crise cardiaque à l’âge de soixante ans.

Pas d’étranges créatures extra-planétaires ni de rencontres du troisième type dans ces quatre romans qui, mis bout à bout, présentent quelque deux mille pages de critique sociale. Brunner, Britannique à l’accent distingué et aux tenues soignées, membre avec sa femme et impresario Marjorie de la Campagne pour le désarmement nucléaire, lancée en 1958 en Grande-Bretagne, observe à distance la société américaine (dans laquelle il a fréquemment séjourné sans jamais s’y installer cependant). Il y voit le futur. Et il n’est en rien désirable. Progrès et barbarie. Monstrueux embouteillages, pollution industrielle, inflation des maladies de « civilisation », guerre et émeutes raciales, consommation frénétique au Nord, misère et exploitation impérialiste au Sud, développement des communications qui isolent, conformisme et psychiatrisation de l’originalité, expansion de la logique et du code au détriment du dialogue et de la pensée : le monde matériel devient, par sa seule évolution, une source de cynisme et de paranoïa. C’est la toile de fond de Tous à Zanzibar et du monde surpeuplé que dépeint le roman : comment est-il possible que des animaux politiques aient pu renoncer à leur être au point de se conduire très exactement comme des rats ? Voilà qui oblige Brunner à se documenter, à lire les journaux américains, à disséquer les colonnes du New Scientist, puis à extrapoler, en juxtaposant des fragments d’actualités, de publicités, de discours politiques, scientifiques ou sociologiques plus ou moins inventés, à des trames narratives enchevêtrées. La technique n’est pas neuve. Brunner l’emprunte en effet à Dos Passos, dans la trilogie USA (1938), qu’il avait lui-même importée du surréalisme et de l’expressionnisme pour la déplacer vers la fresque historique. Le roman, chez Brunner, expose la genèse d’un monde, ou plutôt d’un immonde, qu’on appellerait aujourd’hui le techno-totalitarisme. Cinquante ans après, le futur de Brunner est devenu notre présent. À la science-fiction a succédé la réalité de la science. On admire l’horrifiante prescience de l’auteur. Mais une fois plongé dans la polyphonie de ses romans, c’est aussi l’étrangeté et la folie de notre société qui nous saute au visage de tous côtés : « la morale du vingtième siècle n’est-elle pas que nous sommes tous fous ? » soupire Austin Train, héros écologiste radical du Troupeau aveugle, suivi malgré lui par de jeunes manifestants désorientés, des journalistes d’investigation environnementalistes et des poseurs de bombes.

Dans les trois romans, à divers degrés et de façons diverses, les humains se sont déchargés de la responsabilité de la conduite de leur vie. Comme si l’évolution des machines, dont les Erewhoniens de Samuel Butler, dépeints cent ans avant les Américains désorientés du Troupeau aveugle, redoutaient la vitalité au point de rejeter les artefacts au musée des antiquités, avait repris son cours implacable pour supplanter la lignée humaine. Des super-ordinateurs ont pris le pouvoir, réduisant les protagonistes à quémander des informations pour s’orienter dans la moindre de leurs actions : l’oracle Shalmaneser dans Tous à Zanzibar, propriété de la General Technics, une multinationale devenue plus puissante que l’État et embarquée dans un projet de contrôle intégral d’un pays misérable d’Afrique de l’Ouest, le Béninia ; les « ordinats » et « sectos », robots assistants individuels, et les systèmes cybernétiques de profilage des patients de l’asile central de New York, dans L’orbite déchiquetée. Pour se masquer à elle-même sa dépendance, l’humanité déchue altère sa perception du réel par les drogues et les dispositifs de réalité virtuelle. Ce sont les joliment nommées Lares et Pénates dans L’orbite déchiquetée, qui assurent à leur utilisateur le sentiment rassurant de protection, comme dans le cocon familial. Tous à Zanzibar décrit l’invention télévisuelle des « Jesuispartout », hologrammes grâce auxquels chaque individu isolé face à son écran peut avoir l’impression de vivre en temps réel des aventures formidables, transporté dans tel ou tel environnement extraordinaire. La même expérience, en réalité, que tous les autres téléspectateurs à des milliers de kilomètres, donnant simplement l’illusion de la personnalisation. Encart publicitaire et chanson : « ils savaient parfaitement ce qu’ils désiraient [les propriétaires des médias inventeurs des Jesuispartout] : « Mill’ millions d’bonshommes pensant la mêm’ chose ». Lorsque le carcan saute, il reste la ruée désespérée vers le meurtre de masse : les émeutes et l’amok, cet accès de folie vengeresse qui s’empare de certains lorsque les valeurs supérieures se déprécient, ne laissant pour horizon que le nihilisme.

Et pendant que le système industriel renforce sa prise sur le troupeau aveugle, quelques personnages s’élèvent et tentent de jeter un regard pénétrant sur la déshumanisation à l’œuvre. Le motif est récurrent : un individu hautement qualifié sur le plan intellectuel, désormais déclassé et marginalisé, qui réapparaît pour témoigner (n’est-ce pas là le rôle du martyr ?) de la liberté dans une ère de servitude volontaire. La conscience typique du romantique, dont l’écart lui permet de poser un diagnostic exact sur l’état de la société. C’est Chad Mulligan, le sociologue vagabond finalement embauché par la General Technics pour résoudre la question du développement du Béninia, déclarée insoluble par l’ordinateur Shalmaneser. Figurez-vous que dans un monde surpeuplé, le Béninia reste un pays où les agressions n’existent quasiment pas, la principale ethnie étant réputée pour sa douceur et sa capacité d’acculturer les envahisseurs. Voilà les données que l’ordinateur ne peut intégrer, de sorte qu’il oppose un refus à l’expédition béniniane.

C’est Xavier (qui, prononcé à l’anglaise, sonne comme savior, le sauveur) Conroy, philosophe, ancienne sommité new-yorkaise, désormais exilé dans une petite université canadienne, qui allié à Flamen, un journaliste télé, s’attache à déjouer les manœuvres de la mafia Gottschalk ; un gang qui entretient l’équilibre de la terreur en fournissant des armes aux enclaves noires comme à la population blanche.

C’est Austin Train, écologue et écologiste radical, qui se cache sous les traits d’un éboueur. C’est enfin Brunner lui-même, observateur de la machine industrielle américaine et des machinations sur la vie : sélection eugéniste, artificialisation des cultures, nourriture de synthèse, médicalisation de l’anticonformisme. Les solutions techniques pour remédier aux maux causés par la technique.

À l’évidence, ces protagonistes qui parlent, dialoguent, qui n’ont pas renoncé à penser et tentent d’éviter la folie, pour eux-mêmes et pour les autres, sont des porte-voix de l’auteur. Xavier Conroy, opposé à l’« expertise mentale » préconisée, via intelligence artificielle, par le Dr. Mogschack, sinistre praticien en charge de l’asile Ginsberg (clin d’œil au poète beat, auteur de Howl, où il exprime les tourments de l’enfermement) :

« Expertise mentale ! s’exclama Conroy avec une moue de profond dégoût, comme s’il venait de mordre dans un fruit pourri. Cela symbolise déjà la moitié de ce qui ne fonctionne pas dans notre société ! Demander à des ordinats d’établir des modèles que les êtres humains s’efforceront d’imiter…Vous ne trouvez pas cela complètement absurde ? » Chad Mulligan, discutant avec Norman House, vice-président de la General Technics, au moment d’envisager un programme d’optimisation humaine fondé sur la sélection d’un gène pacifique, alors que son interlocuteur suggère de soumettre le problème à l’ordinateur Shalmaneser : « Norman, à quoi sert-il d’être un homme, si c’est une machine qui doit nous sauver de nous-mêmes ? » Faute de mieux, dans un monde délabré, on pourrait être conduit à s’en remettre à la technique salvatrice. Mulligan baisse la garde. Oui, peut-être. Si on nous injectait un gène pacifique pour modifier nos mécanismes inhibiteurs. «Mais cette solution me dégoûte! (…) Ce n’est pas un produit, un médicament, une drogue. Cela se pense, cela se sent, c’est comme le sang qui court dans vos veines ! Quelle honte ! »

Autant de personnages qui refusent la logique de l’homme automate, de l’homme ou de la femme augmentés. Qu’il s’agisse de cette star des mondanités new-yorkaises, Guinevere Steel, copie ripolinée d’Andy Warhol, propriétaire des établissements de soin « Beautiques », pour qui « maintenant, nous maîtrisons la totalité de notre environnement, et nos choix en matière de mode et de produits de beauté participent de ce progrès ». Ou bien de Donald Hogan, le colocataire de Norman House, dont les aventures constituent l’intrigue parallèle de Tous à Zanzibar. Analyste pour le gouvernement américain, il est envoyé en Asie du Sud-Est, au Yatakang, pour saboter un projet gouvernemental de transformation eugéniste de la population. Entre-temps, il subit un entraînement faisant de lui une pure et simple machine à tuer.

On se tromperait pourtant en voyant dans la tétralogie de John Brunner un discours édifiant articulé par la voix de quelques éminences, intégrées dans un ensemble de péripéties divertissantes. Ces intellectuels ne sont pas des héros. Le montage polyphonique des intrigues, les coupures de presse, le discours que l’industrie tient sur elle-même (celui de la publicité, des programmes d’optimisation génétique, des laboratoires scientifiques), tout concourt à souligner l’intrication de forces au sein desquelles se débattent les quelques humains qui n’ont pas renoncé à penser. Les porte-parole de Brunner n’y font pas exception. Ils subissent autant que les autres les progrès calamiteux de la « recherche » et de la science de laboratoire. Chez Brunner, science et technologie justifient toujours le statu quo. On le voit, entre autres exemples, avec les recherches agro-industrielles dans Le troupeau aveugle, où le traitement des sols pour améliorer le rendement engendre un ver mutant résistant aux pesticides (une allusion évidente aux désastres de la Révolution verte dans les pays du Sud pendant les années 1970). On le comprend avec la reproduction artificielle de l’humain dans Tous à Zanzibar, à laquelle bien peu, hormis les natalistes chrétiens, s’opposent, parce qu’elle est le carburant de la machine, résolvant le problème de la surpopulation sans menacer la consommation. Les riches peuvent continuer à gaspiller tant qu’ils possèdent un profil génétique sain. On le note encore dans Sur l’onde de choc, où Brunner met en scène, avec son personnage Nick Haflinger, une sorte de chimpanzé du futur confronté à cette question obsédante en ces années 1960-1970 : et si l’ordinateur devenait le moyen de la pire tyrannie que l’humanité ait connue ? « Au commencement était le troupeau », rappelle l’auteur qui décrit dans ce roman la société de contrainte de 2010, où l’identité personnelle a été remplacée par un numéro de code personnel. Par quel autre moyen le gouvernement pourrait-il assurer le « bien-être » des citoyens et recenser désirs, besoins, préférences, achats et déplacements incessants ? Libre et mobile, la populace en redemande pour se sentir partout chez elle en tout point du réseau. Parce qu’il refuse la mutation technologique en cours – tout en s’efforçant de la pirater du dedans, ce en quoi il demeure un technologiste alternatif – le « hacker » Haflinger commence à faire bizarre aux yeux des scientifiques d’élite qui préparent le « choc du futur ». Après avoir été simplement tenus pour des excentriques, ceux qui obéissent aux « anciens principes évolutionnaires », par exemple prendre racine dans un endroit une fois pour toute leur vie, seront sans doute persécutés. C’est que les réfractaires aux avantages offerts par la technologie auront choisi « eux-mêmes d’être diminués ». Rien de nouveau sous le soleil noir de la dystopie lorsque le cybeméticien et transhumaniste Kevin Warwick déclare, quelque trente ans plus tard, ceux qui décideront de rester humains dans le monde machinal constitueront une sous-espèce superflue. Le même cauchemar évolutionniste, le même eugénisme, le même abîme entre les maîtres et la plèbe.

L’orbite déchiquetée, roman de l’apartheid généralisé, commence et se termine par deux chapitres énigmatiques. Brunner est coutumier de calembours, coupant les mots pour faire jaillir du sens. Mais les traducteurs se plaisent à en rajouter pour brouiller les pistes. Quitte à rendre le texte franchement nébuleux dans sa version française. Le premier chapitre énonce en effet : « mettez-vous à ma place », formule suivie par l’opération 1+1. Le deuxième chapitre, qui prend sa suite, fait seulement figurer le résultat : = 1. Ce n’est qu’au chapitre trois que la narration débute. Elle se déroule jusqu’au chapitre 98, avant la conclusion. Au chapitre quatre-vingt-dix-neuf, ces mots : « mettez-moi à votre place », suivis de l’opération 1+1. Puis le chapitre cent, qui laisse la page blanche. Donnons ici la clé aux lecteurs de cette notice. Elle est simple, il s’agit de la version originale anglaise, rédigée comme suit (à gauche les deux premiers chapitres, à droite les deux derniers.

ONE                        NINETY–NINE
I-                               You-
1+1                           1+1
TWO                       ONE HUNDRED
-solationism            -nification
=1                           =2

Vous avez compris ?… Mais si, mais si. On dirait que les différents personnages ayant gardé la mémoire de la commune humanité, et isolés au départ, se retrouveraient enfin pour démolir la société séparatiste. Dans l’œuvre de Brunner, l’homme est plus souvent animal grégaire, manipulable, adaptable, qu’animal social, jaloux de sa liberté et soucieux de l’étendre aux autres. Mais qui sait ?

« Notre vieille planète oscille comme une toupie mal lancée, et si nous ne trouvons pas un noyau de gens sensés et déterminés pour nous remettre dans le droit chemin, nous finirons sur une orbite déchiquetée, comme une fusée désemparée, aux moteurs enrayés, parfois la tête en haut, parfois la tête en bas, et parfois penchés selon des angles inquiétants…Mais de toute ma vie je ne suis pas arrivé à me départir de cet optimismeirrationnel, de cette certitude que quelqu’un arrivera au bon moment pour nous aider à équilibrer nos gyroscopes. »

Ainsi parlait Xavier Conroy, le philosophe déclassé de L’orbite déchiquetée. C’était il y a plus de cinquante ans. Nous avons assurément moins de temps devant nous que Brunner et ses porte-voix.

Renaud Garcia
Automne 2020

Lectures

  • Tous à Zanzibar, Robert Laffont, Le livre de poche, 1995.
  • L’orbite déchiquetée. Hélios, 2019.
  • Le troupeau aveugle, Robert Laffont, Le livre de poche, 1972.
  • Sur l’onde de choc, Robert Laffont, J’ai lu, 1977.
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1 commentaire

  1. Debra

     /  26 novembre 2020

    Super critique. J’entrevois la possibilité de faire un cadeau de Noël avec ça, pour une personne aimée, mais difficile. (Pour ma part, j’ai déserté la science fiction depuis quelque temps pour me replonger dans les poètes lyriques, allergie oblige.)
    La formule de la fin peut être traduite pour opposer ? penser ? le rapport entre l’individu et les « masses », deux petits mots que je n’aime pas du tout, d’ailleurs.
    Il faut que je trouve mon sonnet de John Donne où il est dit qu' »aucun homme n’est une île »… pour le mémoriser, ce sonnet.
    Je me répète probablement, mais j’ai découvert dans mes lectures dernièrement que Rome, sous l’Empire était une culture de masse qui ressemble à la nôtre de plusieurs points de vue. Cette perspective permet de..PENSER que l’innovation technologique n’est pas le seul prérequis pour faire une culture de masse, et suggère d’examiner l’organisation sociale, l’organisation de l’espace, pour comprendre. Sans oublier, bien sûr, la structure d’une langue systématique, pour favoriser la massification.
    Merci de m’avoir fait connaître ces romans.

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