Julien Syrac, « Du lourd fardeau d’être moderne »

Version imprimable Du lourd fardeau d’être moderne

Julien Syrac

Déshumanité

Approche historique
de l’an de grâce 2020
(Éditions du Canoë, 2021)

Introduction
Du lourd fardeau d’être moderne

Malaise dans le Zeitgeist

L’humanité, on le savait, est lasse d’elle-même. On dirait qu’elle n’y croit plus, comme un vieillard qui sent venir la fin. Il règne une ambiance de panique, une atmosphère de fin du monde. On enseigne déjà cette science à l’université, heureuse jeunesse ! Les raisons du marasme comme toujours sont variées, discutables, mais quelques gros titres familiers suffiront à poser efficacement le décor : la température augmente, les glaces fondent, les forêts brûlent, des espèces animales disparaissent par milliers, les déchets prolifèrent, la nourriture est empoisonnée, les nourrissons ont des cancers, les guerres continuent, les inégalités augmentent, les ressources diminuent, les gens meurent, la planète a mal, on a mal à sa Planète. L’homme du commun a désormais intégré que « si on ne change rien très vite », ce sera définitivement foutu. Pour qui ? Pour quoi ? À cet instant et au fond, peu importe. L’humanité culpabilise : son problème c’est elle-même. Elle a pris la mauvaise habitude de se penser globalement et ne voit plus que son nombre qui grossit, grossit, une grosse humanité de plus en plus visible, grouillant, fourmillant, consommant sans vergogne sur une planète qui elle n’augmente plus d’un pouce et se détraque de partout. La peur gît dans les chiffres, toujours, et nous en sommes gavés, farcis. Il faut dire qu’on nous en aura fait bouffer.

L’homme donc, surtout le mâle blanc de plus de cinquante ans, et parfois sa femelle, culpabilise. On l’y aidera si besoin. Il a trop baisé, trop profité, s’est trop endetté, et à présent il a honte, il bat sa coulpe, donne des leçons de vieux sage, cherche une rédemption, verse de touchantes larmes sur l’avenir de ses enfants. Eux sont mal barrés, et en colère. Ils manifestent pour le climat, ou bien cherchent seulement du travail. Sauver la planète sera leur unique et triste mission, vivre correctement, c’est-à-dire dans de plus petits appartements, leur grande affaire. Ils sentent que ce n’est pas gagné ; ça les frustre, ça les mélancolise, ils souffrent et attendent des solutions. Quelques projets parfois, quelques idées d’avenir raniment leur optimisme : on croira aux mobilités douces, aux énergies vertes, au tri des déchets, aux potagers urbains, aux objets connectés, au télétravail, au cloud, au slow travel, au crowdfunding, au car-sharing, au coworking spaces, aux pépinières d’entreprises, à l’écriture inclusive, au revenu universel, au bilan carbone, aux belles personnes, au lâcher prise. Des investisseurs engagés et quelques startupeurs dynamiques capitalisent sur les nouvelles valeurs et inventent, quoi de mieux, la petite éthique du lendemain. La gouvernance s’organise, on pense positif, des initiatives voient le jour, des acteurs émergent, des réseaux se tissent. Dans l’ensemble pourtant, ce présent irradié d’innovations vertueuses laisse les gens assez froids. Ils sentent que ça pue le faux, l’inepte, le rien-du-tout. Ils ont leurs problèmes du jour et peinent à trouver dans cette bouillie progressiste truffée de gadgets pernicieux de quoi emballer l’avenir. Ils savent que tout ça – tout ça quoi ? c’est déjà le problème – est une vaste, hypocrite et sinistre bouffonnerie.

Les plus lucides pourtant ont vu que quelque chose de gros est en état de mort cérébrale : le mythe du marché autorégulateur ? celui du Progrès ? le capitalisme ? le néolibéralisme ? la mondialisation ? l’individualisme ? tout à la fois ? Bien, mais en gros rien ne change. Humains, encore un effort si vous voulez être… Être quoi à la fin ? On ne sait pas, on ne sait plus. La sensation d’être à l’aube de temps nouveaux est là, sulfureuse, éprouvante ; oui, des choses disparaîtront, d’autres adviendront, cela est senti, annoncé, mais pour l’heure la confusion est massive, colossale. C’est qu’il y a toujours un décalage entre la mort d’une idée et la fin de son action sur le monde réel, et réciproquement d’étonnantes survivances ; il y a toujours un intervalle historique assez long entre la déroute intellectuelle et morale d’un ordre dominant et la réduction de son autorité à une portion dérisoire de la vie sociale. La religion catholique, par exemple, sévèrement ébranlée dès la fin du Moyen Âge (Copernic, Luther, Galilée etc.), a mis encore quatre bons siècles pour perdre définitivement toute influence sur la marche du monde et réussir sa transformation en folklore inoffensif et respectable. Néanmoins on se méfiera, car on sait qu’aujourd’hui « tout va plus vite » ; c’est notre orgueil, notre angoisse aussi – voir les entrées « réchauffement », « contagion ». Ajouter que les débats d’actualité, ceux qui font le buzz et les hashtags, sont toujours les plus inactuels : dans la société du spectacle c’est quand quelque chose n’existe plus réellement qu’on se met à en parler partout – qu’on en parle est même la preuve qu’une chose n’existe plus. Le patriarcat n’existe plus, on ne parle que de patriarcat ; l’Occident n’a jamais été aussi peu raciste – et trois fois moins que le reste du monde –, le racisme est le mal occidental par excellence ; le peuple n’existe plus, on ne parle que de populisme. On trouve aussi du « corps », du corps qui souffre, du corps dominé, du corps désirant, du corps foucaldien, du corps partout, et la société n’a jamais été aussi peu physique, aussi désincarnée. La preuve, on se bat à coups de traumas et de fantômes, et notre ennemi, ce fut dit en haut lieu, est « invisible ». Aussi l’homme ordinaire, qui avec ses 60 % d’eau, son intestin grêle et son espérance de vie somme toute pas si faramineuse, ressemble bien plus à son lointain aïeul qu’à n’importe quoi de nouveau, se demande-t-il ce qu’il irait foutre dans cette fumeuse bagarre pour le siècle. Son rêve est de vivre heureux et s’il n’a pas toujours la recette, il sait que la collectivité n’en propose globalement que de pires.

Il existe malheureusement ce qu’on appelle le Zeitgeist, «l’esprit de son temps », avec lequel il faut bien vivre. On est forcément « impacté », d’autant que l’humanité est innombrable et qu’on lui est tout le temps connecté. Triomphe du « holisme » ? « Pour le holisme, les individus se définissent essentiellement par les fonctions respectives qu’ils remplissent au sein du corps social », écrivait l’ethnologue Mark Rogin Anspach. Pourtant nous sommes en régime libéral, individualiste, on l’aura assez dit, vivant théoriquement à fond le mythe du « contrat social entre agents indépendants, conçu pour favoriser des échanges marchands où chacun se borne à poursuivre son propre intérêt », Anspach encore. Mais ce n’est plus qu’un mythe, et seul le décalage décrit plus haut explique qu’on puisse encore en vivre sans plus en trouver la raison. Nous vivons, en général, d’illusions, de mythes, de « croyances dogmatiques », comme disait Tocqueville, c’est-à-dire d’« opinions que les hommes reçoivent de confiance et sans les discuter ». Liberté individuelle donc ; dans la « vraie vie » on reconnaîtra pourtant avec Anspach que « cette liberté relative à la base se voit limitée par des contraintes exercées d’en haut par le niveau du tout. À ces contraintes, les éléments individuels ne sont pas libres d’opposer la moindre résistance, ils n’ont d’autre choix que de s’y soumettre docilement. Le niveau de la totalité s’impose avec la force inexorable d’une transcendance absolue » (in A charge de revanche.) Ayant admis l’impuissance de l’individu ordinaire et de sa liberté d’opérette face au niveau de la totalité, nous pouvons maintenant examiner ce que dit cette fameuse totalité, ce qu’elle nous veut, à quelle sauce elle désire nous manger. Il s’agit de décrypter un peu le Zeitgeist, essayer de voir clair dans le brouillard de l’Époque, jusqu’à la sinistre année 2020, en remontant dans l’histoire, parfois loin, et à la condition d’abord de refuser expressément d’en être, en tant qu’individu, le moins du monde responsable. Se débarrasser une bonne fois pour toutes de la culpabilité mortifère que les chantres du Tout, précisément eux, s’évertuent à faire peser sur nos lasses épaules d’« agents indépendants ». Plaidons la bonne foi, l’innocence, on verra comme c’est rafraîchissant. Enfin offrons-nous un moment de plaisir, il me semble qu’on l’a bien mérité.

Vertes narcisses en pleurs

Notre Zeitgeist, donc. Le nœud du discours, c’est la culpabilité. Culpabilité d’appartenir au genre humain, particulièrement si c’est à sa frange la plus favorisée, « dominante », « prédatrice », donc occidentale, blanche, masculine – par commodité de langage. L’humanité globalement nuisible en tant qu’humanité ; pour elle-même d’abord, cela de tout temps, et dorénavant surtout pour cette planète sans laquelle elle ne peut survivre. L’humanité axiologiquement mauvaise, désireuse d’expier son mal par la croyance en une Nature ontologiquement bonne. La Planète devient le grand Bien à sauver, la déesse à adorer, Gaïa, Terre-Mère, Mère-Nature, le « vivant », on découvrira ses noms… Ce rêve-là, romantique, part d’un lancinant désir de fusion-réconciliation avec le monde, à peu près dicté par ce « sentiment océanique », inventé par Romain Rolland et que Freud décrit comme sentiment « d’un lien indissoluble, d’une appartenance à la totalité du monde extérieur ». Une vue de l’esprit, bien sûr, consolatrice, régressive, nourrie d’émotions contrariées et de poétiques images sans objectivité aucune. Mais qu’on ne s’y trompe pas, derrière l’extase des petits oiseaux et des ours blancs, c’est de la croyance qui se cache, du mythe, du religieux. (Tout est religion. Il s’agira de le montrer.) Religion naturelle donc, par opposition à celles révélées, religion du sentiment, et non de la Parole. Religion humaine et hypocrite pas moins qu’une autre, mais d’autant plus insaisissable qu’elle n’a ni Livre ni Église ni clergé. On aurait tort de prendre à la légère ce nébuleux retour au paganisme : il aura pour l’humanité des conséquences que nous ne mesurons pas encore, quelques effets spéciaux qui choqueront les ouailles les plus naïves, celles qui furent, à bon droit, charmées par la noblesse et la bonté de l’élan, et en dévotion gentiment se confirent. « Être-un avec le Tout, contenu de pensée inhérent à ce sentiment, nous sollicite en effet comme une première tentative de consolation religieuse, comme une autre voie pour dénier le danger dont le moi reconnaît la menace venant du monde extérieur », écrit encore l’astucieux Freud (in Malaise dans la civilisation). C’est la transformation en programme politique – lorsque va se poser l’épineuse question des moyens – de cette dénégation du danger qui va poser problème. C’est la nature sentimentale-religieuse du holisme vert qui le rend dangereux, car irrationnel, manipulable par n’importe quelle realpolitik parfaitement cynique, susceptible de résultats concrets tout à fait à rebours de ses intentions impeccables. Après tout, le rêve du retour aux temps édéniques, à l’unité perdue du Tout, à l’état de nature, aux arbres et à la terre, à l’Enfance, est un vieux rêve. On notera primo qu’on ne rêve que quand on dort, deuxio que ce rêve-là ne s’est jamais réalisé, ce fut tenté, ça finit en cauchemar. Et si c’est un amour, cet amour est déjà de la nostalgie, c’est pourquoi il est impuissant, morbide.

Morbidité : état de maladie, déséquilibre psychique ou mental plus ou moins profond. Cultivé, cet état n’est pas sans grandeur – ô complaisants délices de la souffrance ! Il faut parler de la souffrance, puisqu’on en parle. Souffrance vécue de l’amour d’un objet lui-même posé « en souffrance », le monde, le Tout, la Nature, le « vivant », objet intangible, indifférencié, donc imprenable sexuellement, incapable de procurer du plaisir, de la jouissance, enfin pas objet du tout mais projection de la souffrance même d’aimer sans objet. Une souffrance aggravée par la difficulté à jouir d’un état en général et de celui-ci en particulier – à moins d’être tordu, et c’est toute la question – car, Freud l’a noté, « nos dispositifs sont tels que nous ne pouvons jouir intensément que de ce qui est contraste, et ne pouvons jouir que très peu de ce qui est état ». Il y a en somme un narcissisme de la souffrance, je commence par là, je finirai par là. C’est parfaitement naturel du fait que la souffrance, en tant qu’état, est l’état narcissique par excellence ; mal physique et psychique ne pouvant être qu’individuellement éprouvé, propriété inaliénable d’un « corps » et de lui seul, la souffrance ne peut être dite que par son possesseur et refuse aux autres le droit d’en juger. Elle est et demande aux autres qu’ils reconnaissent qu’elle est. À qui elle se donne en spectacle, la souffrance narcissique en effet ne donne rien, sinon l’occasion d’éprouver de la compassion, de la pitié, voire de l’indignation, de la colère révoltée face au malheur de l’autre, ou éventuellement des remords, de la culpabilité, si l’on se sent une responsabilité dans ce malheur ; on vous y aidera si besoin. La souffrance narcissique n’est pas généreuse, elle ne donne à l’Autre rien dont il puisse jouir, à moins d’une part qu’il soit « sadique » – et encore : le sadique, théoriquement, ne jouit que de la souffrance qu’il inflige lui-même, contre la volonté de l’autre, comme un viol, pas de celle que le narcissisme de l’autre a retournée en volupté –, ou d’autre part qu’il sente sa propre souffrance, parce qu’elle est de nature semblable, reconnue, flattée, confortée et à son tour portée à l’état narcissique à l’imitation de l’Autre. Ainsi, le ou la cocue de fraîche date éprouvera une sorte de plaisir consolateur à retrouver le soir, au bistrot ou au téléphone, son ami(e) cocu(e) de longue date pour lui raconter ses mésaventures, plutôt qu’un couple rayonnant de bonheur et de fidélité. Si les confidences, lamentations et fulminations solidaires de chacun(e) ce soir-là ne se révèlent pas un antidote miraculeux à leur malheur, elles leur permettront au moins d’habiter plus confortablement cet état de souffrance, en plus de désigner un coupable commun. À cet instant, l’irruption d’un(e) troisième cocu(e) rendrait l’affaire franchement excitante. On sent qu’on entre ici dans le domaine de la solidarité communautaire, du groupe militant, des lobbies, toutes ces choses réjouissantes. N’ayez crainte, on en parlera. 

En attendant noter, ça ne me paraît pas anodin du tout, qu’il existe dans l’air du temps une analogie significative entre le discours de la « planète qui souffre » et celui de la « souffrance féminine ». La planète soumise à « l’emprise » des hommes, exploitée, souillée, violée, rendue stérile, bientôt détruite par la « prédation » continue de ses ressources, de ses capacités matricielles (images : percement phallique des foreuses du pétrole, érection de tours à qui aura la plus haute, labour barbare des engins forestiers et agricoles, déversement massif de substances exogènes, etc.). Ainsi dépeinte, la Planète ressemble au corps souffrant de la femme, objectivée, exploitée, harcelée, souillée, opprimée, violée par le « prédateur sexuel » que chaque mâle, on croit le savoir, est en acte ou en puissance. Ce second discours, si caricatural et malhonnête soit-il, ne peut à mon sens s’expliquer qu’en relation avec le premier : à partir du moment où le sentiment religieux, fût-ce très nébuleusement, invoque pour transcendance suprême la « Planète », c’est-à-dire une espèce de déité parée de tous les attributs maternels et nourriciers des « déesses-mères » antiques (Gaïa, Isis, Cybèle, Déméter, etc.), il est logique que la Femme, c’est-à-dire, ne nous y trompons pas, la Mère – et non « le féminin » qui, on le sait désormais, n’est jamais qu’un genre « construit » et dépourvu de sexe – soit au centre du discours : étant à l’image mythique du monde, il est naturel, dans une optique organiciste-holistique-fusionnelle, qu’elle y tienne la première place et en prenne les rênes. La religion l’exige, des adeptes nous le confirmeront.

À l’opposé, dans la tradition judéo-chrétienne, le Créateur est une figure « paternelle ». C’est même explicitement « Dieu le Père » dans le christianisme. Une transcendance barbue habitant de lointains cieux, autoritaire, protectrice et aimante peut-être, mais assurément pas mamelue, certainement pas nourricière : c’est à la sueur de son front que l’homme chassé du jardin d’Éden devra arracher à la terre sa subsistance, c’est-à-dire qu’il devra la dominer, la féconder, la cultiver, etc. Et les femmes « enfanteront dans la douleur », dit la Bible. De bienveillance et de fusion il est peu question : l’homme est pécheur, la nature n’est plus bonne, le monde est hostile. Il n’existe nulle part, dans les religions du Livre, de Mère-Nature, c’est-à-dire de continuité organique entre la nature et la multiplicité infinie de ses « enfants », hommes, plantes, bêtes, rhizomes, amibes, ragondins. Le donné humain de base est un régime de la séparation. Séparation malheureuse dont l’origine « historique » est l’épisode de la Chute : la découverte par l’homme et la femme de leur différence sexuelle. La connaissance différencie, la connaissance sépare ; l’homme a voulu savoir, il a su, c’est-à-dire qu’il a vu, goûté et connu – quoi ? un sexe, un fruit, du plaisir – et il est puni, il sort d’Éden. Il aurait fallu rester innocent, c’est-à-dire ignorant. Trop tard. Dès lors, la femme est séparée de l’homme, la créature de son Créateur, l’homme de Dieu, la Terre du Paradis, le corps de l’âme, l’animal de l’humain. On peut se moquer de la Chute, la fable reste le moyen le plus simple de se faire une raison quant à ce constat trivial, qui ne mérite peut-être pas qu’on s’indigne : la vie est dure, il faudra souffrir, travailler, produire, aimer, mourir – c’est ce que j’appellerai le réel. La Chute déculpabilise l’homme de la misère générale de sa condition, ce qui est juste, car après tout ce n’est pas de sa faute. Elle dit : il n’y a pas d’avant, n’ayez pas de regrets. Et contre Dieu, contre la Création, le ressentiment serait également déplacé. Il faudra cependant réunir, la réalité commence. L’unité perdue du Tout ne sera reconstituée qu’à la fin, dans l’au-delà, la résurrection, l’immortalité : l’Unité devient horizon eschatologique, salut de l’âme, puissante espérance d’où procède et qui est la foi, elle-même réunification par la Parole, accès à la transcendance par le langage, la conscience et la raison, la grâce, le cœur, mais pas par la transe du corps vibrant à l’unisson des forces naturelles… On sent qu’il y a, d’une conception à l’autre, une opposition presque parfaite et en un sens, sublime. Cette atmosphère de fables ne doit pas nous leurrer : nous vivons toujours des restes, adaptés, travestis, modernisés, de ces conceptions sublimement antagonistes qui n’ont pas cessé de s’affronter et de s’accoupler, et auxquelles il convient parfois de revenir pour voir clair dans ce qu’il se passe aujourd’hui. C’est notre toile de fond : une guerre de religions.

L’enfant-reine

Il n’est pas anodin non plus que l’égérie de la cause planétaire (c’était en 2019, les choses « bougent », soyons prudents), sa grande prêtresse en quelque sorte, la sympathique Greta Thunberg, soit une femme, ou plus précisément une très jeune fille et, on peut décemment le supposer, une vierge. Mais cette virginité n’est-elle pas justement la preuve que tout ça n’a rien à voir avec la Mère, la fécondité, Gaïa ? La petite Greta n’est-elle pas parfaitement asexuelle ? C’est bien son grand mérite : n’étant pas « souillée » par le mâle, encore vierge de tout contact irréversible avec le phallus prédateur, elle représente l’innocence idéale de l’enfance, analogue à l’innocence édénique que l’homme a quittée et que l’humanité regrette, ce qu’il faut lui faire sentir. Greta Thunberg incarne « l’instant d’avant » révolu de la Femme, elle fixe l’image d’un corps vierge, indifférencié et innocent, dont la future corruption par la pénétration sexuelle nous apparaît alors comme contre-nature – car à l’évidence, Greta n’est pas « prête » sinon « faite » pour ça… Tout ceci à un niveau symbolique qui ne gâte rien et que Greta assume, quoique peut-être sans en avoir conscience ; après tout elle est un symbole, une figure « iconique ». Elle nous offre cet instantané bouleversant de l’agneau avant son sacrifice programmé, qui de ce fait n’aura pas lieu. Narcissisme de la souffrance anticipée ? Aussitôt, un cri formidable s’élève : les brebis se rappellent qu’elles furent elles aussi jadis cette douce agnelle dont on vola l’innocence, et les agneaux, devant cette sœur qui bêle à la mort, réalisent quel sort on leur réserve, et tout le troupeau s’indigne, s’affole, se rebelle. C’est cette conscience parfaitement « adulte » de l’holocauste à venir qui transforme l’innocence grétienne en rage écumante et lui donne son poids : si de l’enfance son corps incarne la candeur, c’est sa colère, la sainte colère de l’enfance, que le verbe et les froncements de sourcils de Greta expriment. La colère sacrée de la petite fille contre les violeurs de sa Mère, de la nature contre la culture (i. e. « culture du viol »). Sublime colère que Greta, dans son devenir-Planète, personnalise tout entière face aux prédateurs présents et futurs qu’elle dénonce. Elle ne dit pas autre chose que cette anticipation au passé composé du viol destructeur, lorsqu’à la tribune de l’ONU elle proclame : « Vous avez volé mes rêves et mon enfance. » Expression d’« enfance volée » qui est aussi celle dont usent les victimes de pédophilie lorsqu’elles témoignent, une fois adultes, de la violence inguérissable qu’on leur a fait subir. Greta parle en leur nom, comme n’importe quel politicien parle de choses qu’il n’a jamais vécues. Sa non-expérience joue comme preuve de l’objectivité de son discours, elle permet d’en universaliser le propos : il n’est pas de meilleur porte-parole de la souffrance que l’enfant, qui, on le sait, sent tout et ne ment pas.

On notera d’ailleurs que les admirateurs et défenseurs de Greta, qu’ils soient tièdes ou ardents, à toute critique ou simple moquerie qu’on lui oppose, répondront invariablement que « c’est ignoble de s’attaquer à une enfant ». D’autant plus, ajouteront-ils, que cette enfant souffre d’autisme, qu’elle est donc doublement vulnérable ; c’est doublement ignoble de s’en prendre à elle. Si la discussion se complique, ils assèneront enfin que « de toute façon on s’en fiche de Greta, ce n’est pas elle personnellement qui compte, c’est la cause qu’elle défend, le mouvement qu’elle permet de déclencher ». Argument il est vrai imparable de la juste cause, mais qui affirme dans le même temps qu’on reconnaît de Greta surtout la fonction symbolique : la petite fille, cruellement vouée à disparaître derrière la cause qu’elle incarne, est presque dépouillée de sa réalité personnelle, enfin réduite à l’état de victime émissaire, dirait René Girard, ou plus prosaïquement : de monstre utile. De l’autre côté, les contempteurs les plus acharnés de Greta ne raisonnent pas autrement : quand leurs adversaires trouvent dans l’étrange enfance et la dépersonnalisation « iconique » de Greta un motif d’éloge, ils y puiseront le mépris et la haine. Moquant son âge, son physique neutre, sa « tête de trisomique », ils ne voient en elle qu’un petit monstre manipulé par les médias, et lui déniant toute exceptionnalité propre sinon dans l’imposture, font sur son compte des blagues peu charitables sur le mode de « passe ton bac d’abord ! » et d’autres plus scabreuses prouvant au passage qu’ils ont senti toute la puissance symbolique de l’asexualité grétienne : leurs odieux sarcasmes l’attaqueront sur ce point délicat. Pauvre Greta, il semble qu’elle échouera toujours à être aimée ! Aussi faut-il l’aimer d’autant, mais en tant que personne réelle, en tant qu’être humain, non en tant qu’enfant, « ce monstre que les adultes fabriquent avec leurs regrets », comme disait l’autre.

Vouloir-guérir : une approche générale de la Modernité

On le voit, le rôle de Greta n’est pas de « tirer la sonnette d’alarme » ni de promouvoir des solutions au sauvetage de la planète – de vrais scientifiques font les deux depuis belle lurette – mais de susciter, par le discours sacré de la souffrance, la culpabilisation collective préalable à l’action rédemptrice. Dont d’autres adultes qu’elles se chargeront. C’est ici, bien sûr, que les choses se gâtent… Anspach s’interroge : « En posant la supériorité du tout par rapport aux parties, ne risque-t-on pas de justifier le sacrifice des individus sur l’autel de l’intérêt collectif ? » On risque. Car on risque d’entrer sur le terrain de ce que Philippe Muray, dans son Céline, a appelé le « vouloir-guérir », « cette maladie qui consiste à vouloir guérir l’humanité de sa maladie ». Le vouloir-guérir est une maladie moderne. Positiviste. Progressiste. Donc elle nous intéresse : notre histoire moderne est là, avec ses paradoxes. Le concept de Muray décrit ce moment où le progressisme devenu aveugle au principe de réalité devient nihiliste, devient sacrificiel. Pourtant les idéologies politiques modernes ambitionnaient d’instaurer le bonheur. Le bonheur terrestre du genre humain, en tout ou partie, après une transformation sociale censée « guérir » le mal dont souffre la société. La nature de ce mal est déterminée idéologiquement, mais l’idéologie prétend s’appuyer sur un diagnostic objectif, c’est-à-dire, en régime moderne, sur la science. « La Science occupe désormais la place structurale d’instance du Vrai jadis occupée par l’Église », écrit le juriste Alain Supiot dans son livre Homo juridicus. Puisque Dieu est mort, du moins que le pouvoir n’en provient plus. L’axiome paulinien, « Tout pouvoir vient de Dieu », est au fond ce contre quoi la Modernité s’est révoltée, qu’elle a définitivement effacé : il fallait rompre avec l’Église, pour régler le « problème théologico-politique » spécifique à l’Europe, comme dit Pierre Manent. Et fonder un pouvoir politique qui en soit complètement indépendant. Et ce fut fait. La Modernité dont nous allons parler n’est rien d’autre que la déchristianisation du politique. Donc du reste : la sécularisation des sociétés. La « science historique », les « sciences sociales », la philosophie et l’économie politique joueront le rôle de chapelles de médecine, douce (progressisme libéral) ou dure (marxisme révolutionnaire) : pour établir le diagnostic et déterminer le traitement. La mère des batailles modernes est la bataille pour l’autorité scientifique. Ce qui explique en partie l’extraordinaire floraison de sciences tout au long du XIXe siècle, sciences plus ou moins ubuesques, fumeuses ou funestes – qu’on pense au « racisme scientifique » de Gobineau, Chamberlain et consorts –, enfin ce stupéfiant trait de la modernité qu’est ce qu’on pourrait appeler, à la suite de Muray, le vouloir-faire-science, dont la nature particulière de la politique moderne est à la fois la conséquence et la cause relative. Ou plutôt : vouloir-faire-système, car il y a dans la pensée moderne une obsession du système ; l’obsession moderne est de définir des lois générales (puisque celles de Dieu sont obsolètes) et sur ces lois de bâtir un nouveau système de société qui a toujours la prétention, modeste, d’enterrer tous les précédents. Ça finira par la libérale figure de l’« expert », cette tête de nœud qui a fait Sciences Po, cabinète dans un ministère et réseaute dans un think tank au nom prétentieux – la règle étant bien sûr : plus le nom est prétentieux, plus l’intention est malhonnête.

La Science triomphe, fascine ; c’est le mètre-étalon, la matrice, la muse, la grande magicienne, elle qui décuple notre temps, soulage nos bras, guérit nos maladies, éclaire nos villes, réfrigère nos viandes, tire nos portraits, avec Jules Verne déjà nous envoie sur la lune : un blanc-seing donné à l’imagination, pour le meilleur et pour le pire. Ce que la fascination pour les sciences aura suscité, c’est paradoxalement une religion, une sorte de culte mystique et syncrétique sans cesse dynamisé par les miracles du dieu Progrès – à sa décharge, il en fit un paquet. Mais la grande foire aux « -ismes » et aux « -logies », ses excès tragiques ou grotesques, finissent par desservir et corrompre l’image et l’idée mêmes de science rationnelle, générant un scepticisme farouche dans le grand public qui découvrait les maux massifs et inédits engendrés par la civilisation industrielle, la part sombre et miséreuse du mythe progressiste, le cauchemar de haillons dans le rêve de nickel. On se révolta contre la science, il y eut une réaction. Un regain d’intérêt pour l’irrationnel, l’occulte, la magie, les spectres, les tables qui tournent, le Moyen Âge, le primitif, les Germains dans leurs forêts, la terre et le sang, etc. Bref, la constitution d’un immense corpus antimoderne, quoique toujours – c’est le cœur du paradoxe – frappé de ce sceau de la Modernité qu’est l’indécrottable désir mimétique de se parer des vertus progressistes, de l’autorité empirique et de l’ardeur dogmatique de la Science. Philippe Muray, dans son chef-d’œuvre, Le XIXe siècle à travers les âges, a superbement démasqué ces liens profonds entre occultisme et progressisme – que par vacherie il appelle « socialisme » (Mitterrand était alors président, il fallait marquer le coup). Moralité : rien n’est incompatible en Modernité, surtout pas la science et le religieux. La magie était dans la science et la science fit croire à la magie. Notre grand siècle aura été un catalogue de déraisons. Bouvard et Pécuchet en sont bien les héros. Qu’ils soient deux bouffons indique assez ce qu’il fut également.

Reste qu’il est désormais acquis qu’il existe un sens de l’Histoire. Cette croyance au devenir collectif de l’humanité, cet historicisme hors de quoi il n’est plus vraiment de politique possible – aucun pouvoir moderne ne saurait être intégralement conservateur –, à la limite, il pourra être réactionnaire : la restauration sera présentée comme une forme de progrès –, on dit classiquement que son modèle est dans la philosophie de Hegel. La théorie de l’évolution de Darwin, plus tard, fut aussi une source d’inspiration puissante : la science expliquant désormais l’origine de l’homme, son avenir lui appartient. L’évolutionnisme trouve des transpositions dans le champ de l’histoire, en politique, où la biologie, les races font leur entrée, introduisant dans la rivalité entre les peuples le schéma de la concurrence entre les espèces. Avec les conséquences que l’on sait. L’horreur des crimes nazis choquera suffisamment l’humanité pour que l’alliance des savants fous et du chef charismatique soit définitivement bannie de l’équation ; la découverte des crimes staliniens, entre autres, révélant le versant inhumain du « socialisme réel », achèvera de décrédibiliser le marxisme, la grande idéologie messianique de la Modernité. À proprement parler, elle meurt avec lui : il y aura postmodernité. Les totalitarismes ont vécu, les heures les plus sombres de l’histoire sont derrière nous, le nationalisme la met en sourdine, la lutte des classes est un terme du passé, tout le logiciel est détraqué, le temps des révolutions semble bel et bien révolu. Triomphe sans gloire du libéralisme occidental et de sa « science économique » prétendument « neutre », au service du marché et soi-disant du bonheur humain, silencieusement battu en brèche à chaque nouvelle crise jusqu’à ce que la croissance s’effondre à zéro virgule quelque chose et que plus personne n’y croie, mais ma bonne dame, quoi faire d’autre dans son lotissement périurbain ? On n’échappera plus, néanmoins, au discours holiste du bonheur humain, fût-il devenu celui du malheur coupable des hommes. Le niveau de la totalité, plus que jamais, pèse avec la force d’une transcendance absolue, quoique désenchantée, vide de qualités, purement numérique, inquiétante. Confinement, masques, couvre-feu : rien ne se passe, il faut donc revenir en arrière.

La médecine et la peur

Si la volonté de rendre le monde meilleur et l’humanité heureuse hic et nunc – c’est-à-dire demain – est noble, belle, louable, et peut-être consubstantielle à tout projet politique moderne, elle pose le problème de devoir d’abord, sur le chemin de sa réalisation, trouver et éliminer le mal qui empêche cette volonté de s’accomplir : un mal situé dans le corps de l’humanité. Ces maux-là, en général, sont récurrents et familiers : c’est la misère, l’ignorance, les inégalités, la violence, etc. Les éradiquer demande un traitement patient, graduel et continu, d’ambitieuses réformes accompagnées d’une dose nécessaire de coercition, mais globalement les choses se passent bien, la société progresse, elle a formidablement progressé. En cas de « crise » cependant (un terme médical à l’origine, ne l’oublions pas), il arrive qu’on désigne un mal plus radical, plus profond, plus sujet à fantasmes, réclamant une médecine de choc qui ne peut être autrement que violente et agissant comme la violence quand elle s’autonomise, mimétique, incontrôlable, destructrice au-delà de toute raison : le traitement devient la maladie – voir le nationalisme, sa grandeur politique et ses charniers des deux siècles passés ; voir évidemment l’antisémitisme.

C’est ce paradoxe dévastateur de la Modernité, de l’idéal de Bien devenant cause d’un mal aux proportions inouïes, faramineuses, que Muray épingle avec son précieux concept de vouloir-guérir. Il le décrit comme une « écriture », un langage de nature « religieuse » – à rebours de l’idée reçue qui voudrait que la Modernité fût le règne sans partage de la raison et du Progrès, d’où le religieux, maladie du passé, eût été par ces médecines-là éradiqué. Or c’est bien, on l’a vu, on le verra, le contraire : c’est bien de croyance qu’il s’agit. « Il faut établir une distinction radicale entre la croyance que le monde est malade et qu’il pourrait guérir, et la découverte que loin d’être malade il est la maladie même et qu’il n’y a pas à le guérir de quoi que ce soit, mais plutôt à trouver l’écriture qui permette de sortir du cycle du vouloir-guérir. » On sent qu’ici Muray parle en catholique, en balzacien. En baudelairien, en flaubertien, en pascalien : « L’homme n’est ni ange ni bête, et le malheur veut que qui veut faire l’ange fait la bête. » Il parle comme quelqu’un qui ne croit pas à la supersanté de l’humanité dans le siècle et se défie de tout langage qui voudrait non seulement y croire, mais l’instituer – il parle en réaliste. S’il parle d’« écriture », c’est parce qu’il parle de Céline et de ses pamphlets antisémites. Là Céline, dit Muray, bascule, plonge, sombre dans le vouloir-guérir, abandonnant « l’écriture de la guerre » qui était celle de ses romans. Les énormes romans de Céline où, Muray le note avec à-propos, il n’y a pas une ligne d’antisémitisme. Comment est-ce possible ? Destouches médecin évinçant Céline romancier, Céline soudain malade de santé révoquant par le pamphlet à la mode le Céline qui décrivait la maladie de la guerre nouvelle dans une langue inédite : le triomphe du vouloir-guérir dans la défaite de la littérature, de l’idéologie sur l’art… « Chercher le bonheur de l’homme, son mieux-vivre, des solutions à ses maux ne devrait “normalement” pas conduire à la persécution ni au génocide. » Muray comme nous s’étonne, ou feint de s’étonner. Céline lui a donné la clef. Son cas singulier, mais si révélateur des abîmes de ce xxe siècle qui n’est que l’intensification et la massification du précédent, montre que la rhétorique positiviste et les discours de salubrité publique, si on les pousse jusqu’au bout de leur excès – d’où Céline, client idéal –, conduisent à la perpétration de barbaries « d’un autre âge » qui pourtant dépassent, en moyens, en inhumanité et en ampleur, l’horreur des guerres traditionnelles. Ce n’est pas la thèse de l’accident, c’est celle de la normalisation. C’est l’alignement sur la meute, sur la poussée de fièvre collective, le déferlement de la maladie persécutrice jusque-là efficacement contenue par la littérature, c’est-à-dire par le style, le travail, l’art, l’œuvre, la mort sociale, la mort-au-monde, tant il est vrai, comme notait dans son journal le sympathique et regretté Maurice G. Dantec, que l’écrivain est un radieux « mort vivant », que la littérature « vous permet d’observer les vivants, et vous-même, avec la seule distance qui convient, celle du détachement suprême, celle de l’âme errante, aimante, vengeresse et joueuse, celle d’un regard sans fin qui se promène jusqu’aux limites du monde » – tout ce qui empêche la peur de gouverner.

Quoi de plus universel que la peur ? Quoi de plus unanime que la peur de mourir ? Et quelle peur plus égalitaire que celle de ce mal neutre, apolitique, biologique, invisible, de cette souffrance menant à la mort qu’est la maladie ? La maladie, comme la peur, est toujours bonne gouvernante. Vous voulez que les foules vous obéissent ? Parlez-leur d’épidémie, de microbes, de virus, de bacilles, de contagion, de contamination, de grouillement, de nuages de postillons empoisonnés, d’« ennemi invisible » qui nous tuera tous. C’est efficace. Vous réussirez à faire fermer tous les cafés de Paris. Tous les cafés de Paris fermés ! Vous arriverez à vider toutes les rues de France. Toutes les rues de France vides ! Vous parviendrez à enfermer tout un peuple chez lui. Tout un peuple enfermé ! En attendant la suite… Voilà par quel mécanisme la peur, irrationnelle, mimétique, manipulable, donne au pouvoir une puissance inouïe. Sa légitimité vient de ce qu’elle ne se présente pas comme puissance offensive au service d’un bien politique – la guerre classique, ses visées glorieuses, prédatrices –, mais en tant que nécessité défensive, idéalement préventive, contre un mal unanimement accepté, car « neutre ». Enfin comme vouloir-guérir « négatif », remède à l’infection qui menace le vouloir-vivre du corps social, c’est-à-dire la vie des individus. Vie dont le souverain politique, à l’époque moderne, a la responsabilité, puisqu’il lui revient d’assurer leur sécurité, et peut-être leur bonheur. Mais qu’est-ce que ce bonheur ?

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1 commentaire

  1. Après les Nouveaux philosophes, voici venu le temps des Nouveaux sophistes.

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