Agustín García Calvo, « Ballade estivale des prisons madrilènes, 1968 »

Extrait de Les Acratas à l’université centrale de Madrid, 1967-1969
de Miguel Amorós aux éditions de La Roue, parution 15 octobre 2021
avec un préambule de Michel Gomez


Vidéo enregistrée au Teatro Español de Madrid le 19 novembre 1982,
avec Chicho Sánchez Ferlosio et Amancio Prada (présentation d’Agustín García Calvo).

(Paroles d’Agustín García Calvo, musique de Chicho Sánchez Ferlosio)

  

Balada de las prisiones, de verano de 1968 

En la trena lo tienen aún

a Jaime la prenda

de la buena compañía

en chirona está Paco Gil

que así se sonreía

y Miguel en Carabanchel

y en las Ventas las tres Marías

para Izquierdo, Aldecoa y Giral

y Emilio y David

son número los días

y también a la sombra está

Josefa García.

    

Los jueces como es natural

se van a la Toja

o si no a Fuenterrabía

su permiso irá a disfrutar

el blanco policía

la justicia descansa al sol

pero no muere todavía

mariscales, ministros y Dios

tostándose están

las panzas respectivas

y también a la sombra está

Josefa García.

     

La señora que va de bazar

jarrones, visillos

sábanas, mantelerías

la empleada el sábado al fin

el tren de cercanías

cada cual en su condición

todo el mundo a vivir su vida

y en el apartamento dos mil

con yelo y con yin

el disco se vacía

y también a la sombra está

Josefa García.

   

No están ni por fu, ni por fa

ni culpa ni causa

ni pasión ni ideología

sino porque guerra, la paz

porque la noche, día

por la misma razón que aún

cruje el arco y gime la lira

el peón que quedó sin jornal

aquella que ya

más flores no le envían

y por eso a la sombra está

Josefa García.

 

Porque llaman amor a la ley

y ley a la fuerza

y verdad a la mentira

y por eso el sol sabe a hiel

y el pan a cobardía

y los libros a muerto

y a sin sal la sabiduría

y los besos de hombre

y mujer a cal

y el amor a reja

y celosía desde que ella a la sombra está

Josefa García.

 

En el patio central del penal

hay una morera

que florece a mediodía

de palabra al vuelo que va

por esas galerías:

« Libertad no sabéis lo que es

pero sí penitenciaría ».

El que quiera romper la prisión

que encuentre la luz

negando cielo arriba

que en el cielo Dios

ya la sombra está

Josefa García.

Canciones y soliloquios

Ils l’ont encore mis en cabane

Jaime, l’assurance

d’une bonne compagnie

Et Paco Gil est au trou

Lui qui n’était que sourire

Et Miguel à Carabanchel

Les trois Maria a Las Ventas

Pour Izquierdo, Aldecoa et Giral

Et David, et Emilio

Les jours sont des numéros

Et elle est toujours à l’ombre

Josefa Garcia.

          

Les juges, c’est tout naturel

Vont à La Toja

Ou bien à Fuenterrabía

Il pourra partir en vacances

Le policier blanc

La justice dort au soleil

Mais n’est pas morte pour autant

Généraux, ministres et Dieu

Sont tous

A se bronzer la panse

Et elle est toujours à l’ombre

Josefa Garcia.

  

La dame qui court les boutiques

Petits vases, petits rideaux

Draps de lit, linge de maison

L’employée, le samedi soir

Dans le train qui la ramène

Chacun selon sa condition

Tout le monde vit sa vie

Et, dans l’appartement 2000

Du Gin et quelques glaçons

Et puis le disque s’arrête

Et elle est toujours à l’ombre

Josefa Garcia.

   

Tout ça n’est ni bien ni mal

Pas de faute, pas de raison

D’idéologie, de passion

C’est parce que la paix c’est la guerre

Et parce que le jour c’est la nuit

Et c’est pour cela aussi

Que l’arc grince, la lyre gémit

Et l’homme payé à la journée

Et celle à qui maintenant

Personne n’envoie plus de fleurs

C’est pour tout ça qu’elle est à l’ombre

Josefa Garcia.

 

C’est parce qu’on nomme amour la loi

Et loi la force

Et vérité le mensonge

Que le soleil a goût de fiel

Que le pain a goût de peur

Que les livres ont goût de mort

Que la sagesse est sans saveur

Que les baisers de l’homme et de la femme

Ont goût de cendre, et l’amour

De jalousie et de barreaux

Depuis qu’elle est à l’ombre

Josefa Garcia.

 

Dans la cour centrale de la taule

Il y a un mûrier

Qui fleurit en plein midi

Et saisit au vol ce qui court

Dans les galeries

« Vous ne savez rien de la liberté

Mais de l’enfermement, si !

Qui voudra briser les chaînes

Devra trouver la lumière

En refusant qu’au ciel là-haut

Il y ait un Dieu

Et qu’à l’ombre soit

Josefa Garcia.  

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1 commentaire

  1. Debra

     /  13 octobre 2021

    C’est vrai que je suis cruche.
    Je ne vois toujours pas pourquoi c’est si noble de refuser que là haut, il y a un Dieu, et pourquoi « on » fait acoquiner cette phrase avec l’injustice de l’homme envers l’Homme.
    Pourquoi on semble imaginer que Dieu est satisfait de l’injustice, qu’Il est synonyme des institutions de tous bords ?
    Ceci dit, il y a tout de même beaucoup de belles choses dans cette chanson…

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