Ondine Morin, « Sinistrose en mer d’Iroise »

Depuis le début du printemps, il y a quelque chose qui cloche en mer… Comme si elle nous était étrangère, nous ne la reconnaissons pas. Déjà à cause de ses vents dominants dans le secteur nord/nord-est depuis six mois. Un vent détestable et détesté par tous les insulaires. Ce vent qui « rend fou », surnommé le « rugen » nous prend la tête. Il dessèche et il assèche tout sur son passage avec  ses coups de fouets vifs et furtifs. Il vient du continent chargé de son lot de particules fines possiblement encore toxiques. Ainsi au cœur d’une île au large, connue pour ses sources et son eau potable dès la préhistoire, cette pénurie d’eau de pluie marque encore plus nos esprits et notre histoire.
Pour les pêcheurs, l’adage bien connu est « vent de nord, rien ne mord »… Et ce proverbe couplé à des stocks de poissons sauvages au plus bas, avec des tailles qui frôlent la démesure tant elles sont petites et demeurent petites, et des invasifs comme les poulpes qui dévorent tout sur leur passage… Nous nous rendons compte d’un cataclysme lent et latent mais bien « en marche » au cœur de la vie sous-marine du parc naturel marin d’Iroise.
Imaginez désormais, tous les oiseaux de mer à l’agonie. Effroyable constat déjà  observé à la fin du mois de juillet. Des fous de bassan posés sur l’eau, la tête repliée sous l’aile, incapables de décoller. Et en cette fin aout ce sont des cadavres qui jonchent toute notre mer d’Iroise. Pour nous pêcheurs-ligneurs, les fous de bassan sont littéralement nos yeux. Ils nous indiquent où se situent les poissons. Ils sont nos alliés, nos collègues de travail. Et nous les voyons mourir sans pouvoir intervenir. Imaginez notre peine, et aussi notre révolte envers l’industrialisation inconsciente et abondante de notre planète bleue…

Nous sommes les témoins de la triste fin des écosystèmes. Il est temps de réagir au niveau individuel car nous n’avons plus rien à attendre de la mafia politique qui sévit depuis de trop nombreuses années. Réagissons ! Arrêtons de consommer le moindre produit issu d’élevage et de pêche industrielle. Arrêtons aujourd’hui et ne revenons plus en arrière, plus jamais. Si nos moyens financiers ne nous le permettent pas, alors, allons voir directement les producteurs locaux, tentons de cultiver nos propres légumes. Serrons-nous les coudes. Offrons-nous, offrons à notre entourage de la nourriture juste. Consommons uniquement local.
Nous avons réussi cet été à nourrir toute la population insulaire en résidence et en vacances. Et ce uniquement en pêchant aux abords de l’île à la pêche à la canne. Nous avons passé deux à trois fois plus de temps en mer que les autres étés. Mais nous avons réussi à nourrir artisanalement toute une population avec un seul ligneur et notre équipage composé de deux personnes et donc de deux cannes à pêche. La pêche artisanale peut nourrir les populations locales, nous en avons fait le constat, même avec des stocks de ressources halieutiques au plus bas depuis les vingt dernières années. C’est notre fierté, nous l’avons prouvé. Aussi l’artisanat sauvera l’Homme et surtout la biodiversité. Nous en sommes tous responsables. C’est maintenant ou jamais.
Ondine Morin
marin-pêcheur, guide conférencière,
Ouessant, 30 août 2022
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1 commentaire

  1. Debra

     /  4 septembre 2022

    Merci pour cet appel/lettre. Il est revigorant ; il me donne de l’espoir. Je vais encore faire un effort, à mon tout petit niveau de consommateur pour réduire à quasi ? néant ma nourriture issue d’une organisation industrielle du travail.

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