Freddy Gomez, « Digression sur l’invariance »

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Freddy Gomez
Digresssion sur l’invariance

Mis en ligne sur le site A contretemps le 27 décembre 2021

À vrai dire, les amis, rien ne laissait prévoir que, deux ans après l’apparition de Korona, ce virus radicalement perturbateur de nos vies, nous en serions au point de perplexité où nous en sommes. Enfin, vous, je ne sais pas, mais moi c’est sûr. La perplexité, c’est cet état étrange où, doté de raison, un individu apparemment libre et conscient accepte de laisser parler cette part de doute qui l’habite. En sachant qu’il ne sait rien puisque les multiples données dont il dispose sur l’actuelle situation sanitaire sont pour le moins contradictoires. Prenons-les dans l’ordre : cinq millions de décès dus à cette saloperie de virus très mutant officiellement répertoriés dans le monde (plus probablement deux à trois fois plus, convient l’OMS) – on pourrait se gausser de la « grippette » d’Agamben si le temps était à rire ; des vaccins pondus à la pelle et en un temps record dont l’efficacité – autre que financière – semble diminuer à une vitesse telle devant l’offensive des variants que l’hypothèse d’un rappel tous les trois mois est désormais quasiment certaine ; une polarisation radicale entre deux populations aussi peu sûres l’une que l’autre de leurs arguments – les « vaccinés » et les « non-vaccinés » –, mais se déchirant au nom de théories fumeuses ou approximatives ; des pouvoirs qui les dressent l’une contre l’autre au nom d’un intérêt général qu’ils sont bien les derniers à incarner. Bingo, donc, et sur toute la ligne ! (suite…)

Jacques Philipponneau, « Lettre à Piero… d’ici et d’ailleurs »

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Lettre à Piero,  rédigée le 2 mai 2020

Piero,

Je continue avec beaucoup de retard ces conversations trop brèves que nous avons eues lors de votre court passage en janvier dernier, quoique ce retard, finalement, ait apporté quelques éclaircissements sur la fin provisoire des conflits sociaux en France et aussi sur le sort de la malheureuse Syrie.

Ainsi, avec l’offensive turque commencée l’automne dernier et le retour de l’armée d’Assad sur sa frontière nord, avec ses polices secrètes et ses tortionnaires, s’achève le dernier acte du drame syrien. Et s’effondrent aussi toutes les possibilités d’émancipation au Rojava sous le contrôle des YPG/PKK. Tôt ou tard le régime de Damas va reprendre le contrôle de la quasi-totalité du pays et les Turcs conserver des miettes frontalières, leur Donbass en quelque sorte, source de conflits qu’ils ont un intérêt mutuel à voir durer.

À l’image idyllique véhiculée en Occident (de l’extrême gauche à l’extrême droite ; ce simple fait n’était-il pas en lui-même suffisamment suspect ?) de milices des FDS (essentiellement kurdes) apportant, au choix, le confédéralisme démocratique d’Öcalan, une cohabitation interethnique harmonieuse ou une laïcité teintée de féminisme photogénique (on en a même fait en France un très mauvais film), le retour à l’alliance de fait avec Bachar et les Russes rappelle finalement les fondements historiques du PKK. Il y a en effet autant d’autonomie du YPD par rapport au PKK qu’il y en avait pendant la guerre du Viêt Nam entre le Viêt Cong sud-vietnamien et le parti communiste du Nord-Viêt Nam. (suite…)