Alexandre Grothendieck & Survivre et vivre, par Renaud Garcia (Bibliothèque verte de Pièces et main-d’œuvre)

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Alexandre Grothendieck & Survivre et vivre
Notre Bibliothèque verte (n° 36)

Mis en ligne par PMO sur leur blog le 16 octobre 2021

Pierre Fournier, le fondateur de La Gueule Ouverte, et Alexandre Grothendieck, celui de Survivre, restent, 50 ans après leur geste inaugural, des cadavres dans le placard des « écologistes ». Ils partagent une brève existence militante. Fournier publie ses premiers articles « écologistes » en 1967 dans Hara-Kiri, puis dans Charlie Hebdo entre 1970 et 1972, et meurt en février 1973, trois mois après le lancement de La Gueule ouverte [1].

Alexandre Grothendieck, médaille Fields de mathématiques en 1966, fonde en juillet 1970, avec quelques universitaires réunis à Montréal, le « mouvement international pour la survie de l’espèce humaine », nommé Survivre. Le bulletin du mouvement paraît en août 1970. Dès la fin de l’année, Grothendieck découvre, enthousiaste, les chroniques de Pierre Fournier. Le mathématicien, qui situe l’alternative entre la révolution écologique et la disparition de l’humanité, rejoint le journaliste dessinateur. Ils lancent ensemble le combat antinucléaire, épaulés par des petits groupes : l’Association pour la protection contre les rayonnements ionisants (APRI), fondée par Jean Pignero ; son rejeton, le Comité de sauvegarde de Fessenheim et de la plaine du Rhin (CSFR) ; ainsi qu’Emile Premilieu et le Comité Bugey-Cobaye. Voilà ceux qui organisent le premier grand rassemblement antinucléaire et écologiste en France, les 10 et 11 juillet 1971, à Saint-Vulbas (Ain), devant la centrale du Bugey. Les ventes de Survivre devenu Survivre et Vivre, passent de 1300 en janvier 1971 à 12 500 exemplaires en 1972. C’est également l’année où Grothendieck pose à la corporation scientifique une question qu’elle ne voudra jamais entendre, et qu’elle ne lui pardonnera jamais : « Allons-nous continuer à faire de la recherche scientifique ? », et aussi : « Pourquoi faisons-nous de la recherche scientifique ? A quoi sert socialement la recherche scientifique ? »

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Jacques Philipponneau, « Lettre à Piero… d’ici et d’ailleurs »

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Lettre écrite le 2 mai 2020
mise en ligne le 22 janvier 2021 sur La voie du jaguar

Piero,

Je continue avec beaucoup de retard ces conversations trop brèves que nous avons eues lors de votre court passage en janvier dernier, quoique ce retard, finalement, ait apporté quelques éclaircissements sur la fin provisoire des conflits sociaux en France et aussi sur le sort de la malheureuse Syrie.

Ainsi, avec l’offensive turque commencée l’automne dernier et le retour de l’armée d’Assad sur sa frontière nord, avec ses polices secrètes et ses tortionnaires, s’achève le dernier acte du drame syrien. Et s’effondrent aussi toutes les possibilités d’émancipation au Rojava sous le contrôle des YPG/PKK. Tôt ou tard le régime de Damas va reprendre le contrôle de la quasi-totalité du pays et les Turcs conserver des miettes frontalières, leur Donbass en quelque sorte, source de conflits qu’ils ont un intérêt mutuel à voir durer.

À l’image idyllique véhiculée en Occident (de l’extrême gauche à l’extrême droite ; ce simple fait n’était-il pas en lui-même suffisamment suspect ?) de milices des FDS (essentiellement kurdes) apportant, au choix, le confédéralisme démocratique d’Öcalan, une cohabitation interethnique harmonieuse ou une laïcité teintée de féminisme photogénique (on en a même fait en France un très mauvais film), le retour à l’alliance de fait avec Bachar et les Russes rappelle finalement les fondements historiques du PKK. Il y a en effet autant d’autonomie du YPD par rapport au PKK qu’il y en avait pendant la guerre du Viêt Nam entre le Viêt Cong sud-vietnamien et le parti communiste du Nord-Viêt Nam. (suite…)