PMO : « Reproduction artificielle « pour toutes » : le stade infantile du transhumanisme »

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Pièces et main d’œuvre

Reproduction artificielle « pour toutes » :
le stade infantile du transhumanisme

 

Texte paru sur le site de Pièces et main d’œuvre le 17 juin 2018 

 

« Nous sommes partisans d’accorder aux individus une large marge de manœuvre dans le choix des modalités liées à leur épanouissement personnel. Cela inclut l’usage de techniques qui peuvent être développées pour assister la mémoire, la concentration, et l’énergie mentale ; les thérapies permettant l’extension de la vie ; le choix des techniques de reproduction ; les procédures de cryoconservation ; ainsi que toute autre forme possible de modification et d’amélioration technologiques de l’être humain[1]. »

Humanity +, association mondiale transhumaniste

 

« La femme a joué de tout temps un rôle très important dans la survie de l’espèce humaine.
Tout homme, sans elle, serait un orphelin. »

Alexandre Vialatte

 

 

En 2013, un gouvernement socialiste en quête de diversion sociétale et de soutien à gauche légalise le mariage homosexuel, réservant l’ouverture de la PMA aux lesbiennes et aux femmes seules, comme une poire pour la soif, pour une future nécessité. Vif scandale des métropolitains, des journalistes, des militants LGBT et des milieux culturels et intellectuels postmodernes – des gens, aussitôt démonisés, osent s’interroger ou penser autrement ! « Réactionnaires », « homophobes », « droitistes-voire-pire », « France profonde » (ploucs), « catholiques ». Un déchaînement de bien-pensance et de morgue outragées qui en dit plus long sur ses auteurs – sur ce qu’est devenue « la gauche », son idéologie, son personnel – que sur la masse de leurs cibles.

Nous, Chimpanzés du futur, esprits critiques et libres-penseurs, nous sommes saisis de ce symptôme pour continuer notre enquête démarrée en 2003 sur l’avènement de l’homme-machine, cette fois sous l’angle de sa reproduction artificielle. En rédigeant La reproduction artificielle de l’humain avec Alexis Escudero en 2014, nous sommes, à notre habitude, remontés du symptôme d’actualité à la cause et à la racine profondes : la machination et la marchandisation de la procréation pour les homos comme pour les hétéros. Comme nous avons saisi le téléphone portable, la puce RFID, le capteur Linky pour critiquer la société connectée. Ou Minatec, les nanotechnologies, la biologie de synthèse, etc., pour critiquer ce qu’un ouvrage collectif avait nommé La tyrannie technologique[2], et plus justement pour notre part : le techno-totalitarisme[3]. Et pardon pour ce long train de syllabes, ponctué de « t ».

 

Incapables de l’emporter sur le fond, par l’argument, les hurleurs de la bonne société et de la bonne pensée ont glapi à l’homophobie. Ces rigoureux logiciens ont confondu conséquence et corrélation. Facile, puisque nous parlions à l’occasion du débat sur le mariage homosexuel et sur la reproduction artificielle de l’humain, remis soudain à l’ordre du jour.

L’intimidation verbale et intellectuelle, le chantage à l’homophobie, visait, et vise toujours, à faire taire et à réduire les doutes au silence ; à interdire que la question soit posée : acquiesçons-nous aux progrès de l’artificialisation et à la prise en main de l’évolution par les mécanocrates ? Où ces progrès conduisent-ils l’espèce humaine ?

D’aucuns nous ont alors reproché de parler si tard, les sieurs Testart et Frydman ayant produit depuis des décennies leur premier bébé-éprouvette. C’était bien la preuve de notre homophobie. D’autres nous reprochent aujourd’hui, d’avoir parlé trop vif, avec toute la sage pondération que leur donnent quatre ans de réflexion.

Les inspecteurs des travaux finis et les inquisiteurs queer ont au moins un point commun : les uns comme les autres nous reprochent d’avoir parlé. (Trop tard, trop vite, etc.)

Nous allons donc continuer, ne serait-ce que pour notre santé mentale et le repos de notre conscience. Si nous sommes réduits à la simple expression, au moins devons-nous exercer cette dernière liberté afin qu’elle ne tombe pas tout à fait en déchéance. (suite…)

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Chimpanzés gascons, « Quel monde voulons-nous pour demain ?… »

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États généraux de la bioéthique 

Quel monde voulons-nous pour demain…
… et quel débat pour aujourd’hui ?

Les États généraux de la bioéthique viennent de s’ouvrir avec cette question : « Quel monde voulons-nous pour demain ? » Le Comité consultatif national d’éthique (CCNE) qui les préside est un organisme « indépendant » composé d’un président nommé par le chef de l’État, lequel nomme également 5 des 39 autres membres, 19 étant choisis par les ministres et les présidents d’assemblée et de grands corps d’État, les 15 derniers par leurs pairs dans le secteur de la recherche. Une large majorité est donc redevable au pouvoir en place, et nombre d’entre eux sont déjà acquis à la cause des lobbys. La consultation en cours n’est donc qu’un vaste trompe-l’œil et ce CCNE n’a rien d’éthique : fortement politisé (on a vu comment fin 2013 il fut remanié de fond en comble par François Hollande pour sa politique de diversion sociétale), il n’obéit à aucune charte éthique claire. Sa constitution laisse déjà présager des conclusions de ses travaux.

On consacre le fait qu’il y aurait un « sens de l’histoire », qui ne peut qu’accompagner la libéralisation progressive des règles freinant le marché de la reproduction et de l’artificialisation de l’homme. Le généticien Jean-François Mattei, ancien rapporteur des lois de bioéthique, nous a avertis : « Dans le domaine bioéthique, chaque pas que nous faisons ne nous paraît pas absolument déterminant et repoussant, mais vient un jour où l’on se retourne et où l’on est arrivé plus loin que ce que nous aurions voulu. Pour éviter cette pente eugéniste, il a fallu se battre1. » Sous couvert d’avancées thérapeutiques, il s’agit d’imposer par le fait accompli le tri des êtres humains, la numérisation de nos existences et l’« augmentation » d’un homme préalablement diminué par ces mêmes technologies.

Comme l’écrivait récemment le mathématicien Cédric Villani, chargé par le gouvernement d’une mission sur l’intelligence artificielle (IA) : « Il faut tout d’abord une initiation aux bases et à l’esprit de l’algorithmique et de la robotique dès le plus jeune âge […]. Si on ne rassure pas la population, on ne pourra pas avancer. Cela passe par la mise en place de comités d’éthique, qui pourront édicter des règles de bonne conduite, ou conseiller gouvernement et entreprises2… » Et Jacques Testart, le père du bébé-éprouvette, d’affirmer sur son blog Critique de la science que « la fonction de l’éthique institutionnelle est d’habituer les gens aux développements technologiques pour les amener à désirer bientôt ce dont ils ont peur aujourd’hui ».

Quel homme voulons-nous pour demain ? (suite…)