Louis de Colmar, « Paradoxes et apories de la pandémie »

 

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Louis de Colmar
Paradoxes et apories de la pandémie

Paru sur son blog En finir avec ce monde, le 5 février 2021

La société moderne, aujourd’hui, se caractérise par un double échec : elle a détruit la dimension collective, « holiste », du vivre-ensemble qui a marqué l’ensemble des civilisations précédentes, et elle a rendu patent l’échec de l’individualisme asocial qui avait marqué l’utopie de son développement jusqu’à la fin du XXe siècle.

Le cœur de la conscience sociétale repose en grande partie sur une sorte de consensus informulé, sur des concepts et des notions largement en deçà de la conscience, sur une résonance sans mots, sans mots véritablement adéquats… Il y a des périodes de la vie des sociétés où cette conscience sociétale, mouvante, dynamique, trouve des expressions et des formulations plus ou moins largement et explicitement partagées ; il en est d’autres, comme la nôtre, où les mots peinent à rendre compte de la réalité ressentie. Il est des périodes où les mots et les discours tournent littéralement à vide et donnent seulement l’impression de brasser du vent.

Dans le contexte de l’idéologie dominante, la solitude, la pauvreté relationnelle, sont pour l’essentiel la résultante de l’exclusion des circuits économiques. Un des rares « mérites » de la crise sanitaire est sans doute de permettre de préciser ce mécanisme : dans la mesure où une large frange de l’économie prospère sur la destruction des relations sociales directes malgré le covid, peut-être en arrivera-t-on à conclure que la destruction des liens sociaux n’a pas pour origine le covid, qu’il n’est même pas le prétexte de leur appauvrissement… On a ici affaire à un extraordinaire brouillage : la tentative de justifier l’appauvrissement continu et permanent des liens sociaux entraîné par le développement « normal » de l’économie au nom de la nécessaire mais provisoire et conjoncturelle distanciation physique inter-humaine entraînée par la crise sanitaire.

La non-différenciation de ces deux enjeux contradictoires, la désocialisation économique et la distanciation physique sanitaire, est politiquement dévastatrice : on voit très bien qu’il est de l’intérêt évident des acteurs dominants d’entretenir à toute force cette confusion, cet amalgame, ce brouillard, et de masquer la première derrière la seconde. (suite…)