« La révolution s’arrêta en mai »

Printemps 1937, la guerre civile espagnole est à son apogée. L’armée républicaine et les milices des partis et des syndicats, luttent contre les troupes franquistes. À des centaines de kilomètres à l’arrière du front, le gouvernement ordonne l’assaut du central téléphonique de Barcelone qui est géré par la CNT. Les anarchistes résistent et une grève générale éclate. C’est le début d’une guerre civile au sein de la guerre civile. Cinq jours qui scellent l’épitaphe de la révolution.

Un film de Mikel Muñoz (2015)

 

Michel Gomez, Préambule à « Hommage à la Révolution espagnole » de Miguel Amorós 

 

Version imprimable du préambule de l’Hommage

Michel Gomez

Préambule à

Hommage à la Révolution espagnole
de Miguel Amorós 

Editions de la Roue, septembre 2019

Tout d’abord, précisons pour nos lecteurs hispanisants que le présent livre n’est pas la traduction de celui paru en Espagne sous le titre La révolución traicionada (Virus Editorial, 2003). En effet, si celui-ci a servi de socle, nombre de passages ont été supprimés, réécrits, ou encore ajoutés. Les documents cités sont plus nombreux et plus divers, notamment à la faveur de nouvelles archives ouvertes en Espagne. Le travail d’historien a été approfondi, élargi sans que ne s’effacent pour autant les sympathies de l’auteur dont rend compte le titre de ce nouvel ouvrage.

La revue française L’Espagne nouvelle, rebaptisée à cette occasion L’Espagne indomptée, publia dans son ultime numéro (juillet-août-septembre 1939), deux textes importants, clairs et lucides dans lesquels était analysé le sens réel des deux moments essentiels de la révolution espagnole (juillet 36 et mai 37). Ces articles signés par le secrétaire des « Amis de Durruti » étaient donc rédigés par Jaime Balius. Comme ils sont cités intégralement dans le présent ouvrage, il est possible d’en extraire quelques passages pour accompagner cette présentation.

Et pour commencer, celui dans lequel Balius affirmait que la lutte armée qui se déclencha au moment du Pronunciamiento était, avant toute autre chose, l’aboutissement conscient du processus révolutionnaire en cours et non, comme le proclame la vérité officielle de la guerre civile, le simple effet d’un antifascisme spontané du peuple espagnol : « […] Dans les milieux antifascistes, on a défendu cette thèse : que, sans rébellion militaire, il n’y aurait pas eu de mouvement populaire armé. Ceci est faux. Il y a plus. Cette conception qui a été propagée jusque dans les milieux anarchistes, par certains camarades, nous a conduits à une mentalité contre-révolutionnaire. Nous, militants anarchistes qui en février 1936 nous rendions parfaitement compte de la grandiose marée sociale qui se mettait en marche à l’horizon espagnol, nous ne pouvions admettre que l’action ouvrière fût exclusivement interprétée comme réflexe défensif. Ce critère fut encore le nôtre lorsque les « Amigos de Durruti » en Espagne entreprirent, pendant qu’il en était temps encore, de redresser la situation dans le sens indiqué si magnifiquement par les journées de Juillet […] » (L’Espagne indomptée, été 1939) (suite…)