Édouard Schaelchli, « Lettre ouverte à M. le Maire d’Égletons »

Version imprimable de la Lettre ouverte au maire

Édouard Schaelchli

Lettre ouverte à M. le Maire d’Égletons
(et à travers lui à tous les maires de France
et à ceux qui nous gouvernent)

 

Monsieur le Maire,

Vous avez pris la décision, en avance sur toute disposition réglementaire nationale, d’interdire le marché qui se tient ordinairement le dimanche sur la place centrale d’Égletons et d’en avertir immédiatement les marchands présents dimanche dernier (22 mars). Vous vous sentez sans doute aujourd’hui justifié d’avoir ainsi procédé par l’interdiction générale qui s’est, entre-temps, étendue à tout le territoire, sauf dérogation spéciale des Préfets. Vous ne vous poserez donc sans doute aucune question et n’éprouverez aucune espèce de doute concernant le bien-fondé d’une telle décision. C’est l’avantage d’une situation d’urgence que de simplifier à l’extrême les formalités juridiques et les procédures administratives pour les rendre purement et simplement expéditives.

Il appartient de droit aux citoyens qui vous ont élu de vous faire part de l’inquiétude où les met cette précipitation des pouvoirs publics à suspendre, pour des raisons sanitaires prétendument scientifiques, toutes les conditions de la vie sociale ordinaire, sans laisser aux individus la moindre part d’initiative pour se préserver au mieux d’une épidémie dont le moins qu’on puisse dire est qu’elle n’a nullement été anticipée par lesdits pouvoirs. Vous-même n’avez été récemment reconduit dans vos fonctions de maire que parce que le Haut Conseil scientifique jugeait que la tenue des élections ne présentait pas de risque particulier, du moment que se trouvaient respectées certaines mesures de précaution. On peut imaginer qu’aujourd’hui le même Conseil haut et scientifique jugerait extrêmement dangereux de vous élire, ce qui devrait, par voie de conséquence, vous rendre vous-même plus circonspect à l’égard des décisions que vous prenez. Qui sait, en outre, si, demain, il ne sera pas jugé dangereux de faire ses courses dans les grandes surfaces que, par votre décision, vous favorisez dans une certaine mesure ? Pourquoi n’appartiendrait-il pas, étant donné l’incertitude qui plane aujourd’hui sur le caractère réellement rationnel des décisions scientifiques, à chaque individu de veiller lui-même sur sa santé en choisissant de faire ses courses en plein air plutôt que dans l’atmosphère aseptisée et peu ragoûtante de supermarchés où de malheureuses caissières se trouvent contraintes de s’exposer à la contagion alors qu’elles auraient toutes les raisons de rester chez elles ?

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