George Orwell, « The Freedom of the Street » de Jack Common

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George Orwell

« The Freedom of the Street » 
de Jack Common
(New English Weekly, 16 juin 1938)

Jack Common est un auteur qui n’a pas encore la notoriété qu’il mériterait. C’est pourtant, virtuellement, une sorte de Chesterton de la gauche, qui traite aujourd’hui du socialisme sous un angle intéressant et inusité.

D’origine prolétarienne, il a su, bien mieux que la plupart des auteurs dans ce cas, préserver en lui le point de vue prolétarien. Ce faisant, il met le doigt sur l’une des principales difficultés auxquelles se heurte le mouvement socialiste – à savoir que le mot « socialisme » a pour un travailleur une signification toute différente de celle qu’il revêt aux yeux d’un marxiste originaire de la classe moyenne. Pour ceux qui tiennent effectivement entre leurs mains les destinées du mouvement socialiste, la quasi-totalité de ce qu’un travailleur manuel entend par « socialisme » est soit absurde, soit hérétique. Comme le montre M. Common dans une série d’essais distincts mais que relie un fil directeur, les travailleurs manuels acquièrent dans une civilisation machiniste, de par les conditions mêmes dans lesquelles ils vivent, un certain nombre de traits de caractère : droiture, imprévoyance, générosité, haine des privilèges. C’est à partir de ces dispositions précises qu’ils forgent leur conception de la société future, au point que l’idée d’égalité fonde la mystique du socialisme prolétarien. C’est là une conception très différente de celle du socialiste de la classe moyenne, qui vénère en Marx un prophète – un prophète extra-lucide, un donneur de tuyaux qui non seulement vous indique sur quel cheval il faut miser, mais qui vous explique aussi pourquoi ce cheval n’a pas gagné. (suite…)