Philippe Gruca et François Jarrige, postface à « La Machine s’arrête » de E.M. Forster

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Philippe Gruca et François Jarrige

Avant que la Machine ne s’arrête
Postface à La Machine s’arrête de E.M. Forster
L’Échappée, 2020

Avant que Günther Anders, Jacques Ellul et Lewis Mumford n’emploient l’expression de « mégamachine » pour désigner le type d’organisation sociale qu’ils voyaient se profiler devant leurs yeux au milieu du XXe siècle, et bien avant que Serge Latouche n’en fasse le titre de l’un de ses ouvrages (1), l’écrivain britannique Edward Morgan Forster (1879-1970) publia une curieuse nouvelle qui n’était pas tout à fait sans rapport. The Machine Stops, qui parut pour la première fois dans le numéro de novembre 1909 de la Oxford and Cambrige Review, n’est pas le texte d’un éminent penseur critique de la société technicienne, ni même d’un auteur de science-fiction. E. M. Forster, dont certains écrits sont considérés outre-Manche comme des classiques de la littérature, est d’ailleurs surtout connu pour les adaptations cinématographiques de ses romans Avec vue sur l’Arno (1908), Howards End (1910), La Route des Indes (1924), ainsi que d’un récit en partie autobiographique, rédigé dans les années 1910 et publié seulement après sa mort, mettant en scène un amour homosexuel : Maurice (1971). Même si La Machine s’arrête fait figure d’exception – mais quelle exception ! – dans son œuvre romanesque, cet ouvrage n’en constitue pas moins un témoignage de premier ordre de la conscience passée des risques et des menaces accompagnant le déploiement de l’industrialisation et de son appareillage technologique.

Désillusions techniciennes

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