Sébastien Navarro, « Putsch technologique sur la smart-planet »

Version imprimable de Putsch technologique sur la smart-planet

Assurément, un des chapitres les plus passionnants de la dernière livraison de l’« unité d’enquête » grenobloise Pièces et main-d’œuvre (PMO), Le Règne machinal, est celui intitulé « Un virus d’origine scientifreak ? ». Datée du printemps 2020, revue et augmentée au printemps dernier, cette étude critique de près de 70 pages dresse les contours d’un foisonnant partenariat franco-américano-chinois autour du fameux laboratoire P4 de Wuhan, offre un bref historique d’évasions accidentelles de virus dans le monde depuis ces vingt dernières années (d’où l’exergue attribué au généticien Antoine Danchin : « En virologie, l’accident n’est pas l’exception mais la règle »), soumet au détecteur de mensonges de son « comité scientifique » la communication officielle des chercheurs chinois – notamment la sinueuse parenté entre le SARS-CoV-2 et un mystérieux RaTG13 prétendument identifié sept ans avant la pandémie : « Il est peut-être bidon, le RaTG13. Les auteurs du papier disent qu’ils ont pu le séquencer avec 1 341 reads de séquences : c’est impossible. » Sans rien dire de la marmite de conflits d’intérêts dans laquelle grenouille une kyrielle d’acteurs du techno-gratin mondial.

(suite…)

PMO, « Leurs virus, nos morts »

Version imprimable de Leurs virus, nos morts

Pièces et main-d’œuvre

Leurs virus, nos morts

L’espoir, au contraire de ce que l’on croit,
équivaut à la résignation.
Et vivre, c’est ne pas se résigner.
Albert Camus, Noces

 

Les idées, disons-nous depuis des lustres, sont épidémiques. Elles circulent de tête en tête plus vite que l’électricité. Une idée qui s’empare des têtes devient une force matérielle, telle l’eau qui active la roue du moulin. Il est urgent pour nous, Chimpanzés du futur, écologistes, c’est-à-dire anti-industriels et ennemis de la machination, de renforcer la charge virale de quelques idées mises en circulation ces deux dernières décennies. Pour servir à ce que pourra.

1. Les « maladies émergentes » sont les maladies de la société industrielle et de sa guerre au vivant

La société industrielle, en détruisant nos conditions de vie naturelles, a produit ce que les médecins nomment à propos les « maladies de civilisation ». Cancer, obésité, diabète, maladies cardio-vasculaires et neuro-dégénératives pour l’essentiel. Les humains de l’ère industrielle meurent de sédentarité, de malbouffe et de pollution, quand leurs ancêtres paysans et artisans succombaient aux maladies infectieuses.

C’est pourtant un virus qui confine chez lui un terrien sur sept en ce printemps 2020, suivant un réflexe hérité des heures les plus sombres de la peste et du choléra. 

Outre les plus vieux d’entre nous, le virus tue surtout les victimes des « maladies de civilisation ». Non seulement l’industrie produit de nouveaux fléaux, mais elle affaiblit notre résistance aux anciens. On parle de « comorbidité », comme de « coworking » et de « covoiturage », ces fertilisations croisées dont l’industrie a le secret (1).

(suite…)