Albert Camus chez les travailleurs du livre

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La Révolution prolétarienne

Albert Camus
chez les travailleurs du livre
(1958)

Samedi 21 décembre, à la Bourse du travail (avenue Turbigo), invité par le Cercle d’études syndicales des correcteurs, Albert Camus a parlé des rapports de l’écrivain et des travailleurs de l’imprimerie, devant deux cents compagnons, parmi lesquels de nombreux correcteurs bien sûr, mais aussi des linotypistes, des typographes, des mécaniciens, des rotativistes, des clicheurs et des photograveurs.

Après que Faucier nous eut exposé le sujet de l’entretien qu’avait bien voulu accepter Albert Camus, notre camarade Lazarevitch avec une chaleureuse émotion, fit en quelques mots l’éloge de notre ami : « Un fait est simple : nous sommes en présence d’un des rares écrivains qui n’acceptent pas de se laisser corrompre… »

L’ambiance ainsi créée, il s’agissait en somme de poser à notre invité des questions. relatives à la liaison nécessaire entre l’écrivain et l’ouvrier du livre. Lazarevitch nous proposa un canevas basé sur les faits propres à servir de fil conducteur à notre entretien : 1) nous vivons une période où de multiples obstacles s’opposent à la diffusion de la pensée ; 2) la science et la technique, cependant, ne progressent que grâce à l’imprimerie ; 3) la radio est capable de bousculer tous les conformismes, par exemple en réalisant le miracle de nous faire entendre Camus lisant Caligula et de provoquer ainsi parmi les jeunes auditeurs des échos inattendus. Il est souvent visible que des gens sont fatigués des slogans et les périodes redondantes qui ont pour mission d’endormir le sens critique des foules. Et si, par exemple, la Literatournaïa Gazeta, parlant de Camus et faisant allusion à son Homme révolté l’appelle « le petit Christ », c’est évidemment dans le but de ridiculiser l’auteur et de déconseiller la lecture de son livre. Mais rien ne nous dit que quelque part, à Vorkouta ou ailleurs, un curieux n’a pas voulu quand même savoir.

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