George Byron et Mary Shelley, par Renaud Garcia (Bibliothèque verte de Pièces et main-d’œuvre)

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George Byron & Mary Shelley
Notre Bibliothèque Verte n°41 & 42

Mis en ligne par Pièces et main-d’œuvre sur leur site le 2 avril 2022

Si un battement d’ailes de papillon peut déclencher une tempête à distance par le truchement de multiples cascades de conséquences, l’éruption d’un volcan peut entraîner à vingt mois et 11 000 kilomètres de distance, la création d’un mythe littéraire et métaphysique, exprimant l’effroi d’une époque maudite, en cours d’avènement. La protestation romantique s’élevant avec – et contre – la « révolution industrielle ».

On veut parler bien sûr de l’éruption du Tambora en avril 1815, un volcan indonésien qui crache tellement de poussières dans l’atmosphère qu’il en voile le soleil deux ans durant, suscitant neiges, glaces, pluies, inondations et destructions de récoltes au nord de l’Amérique et de l’Europe. D’où le renchérissement des prix, les famines, émeutes et migrations. Les habitants de la Nouvelle-Angleterre entament ainsi leur colonisation de l’Ouest et plus de 2000 Suisses s’en vont au Brésil fonder Nova Friburgo.

En Suisse justement, sur les bords du Léman, cinq jeunes Anglais passent l’été 1816 – l’été sans été – blottis au coin du feu, dans une vaste et glaciale demeure. Un médecin de 21 ans, John Polidori ; un poète inconnu de 24 ans, Percy Shelley, en fuite du foyer conjugal, et sa compagne de 19 ans, Mary Godwin, elle-même flanquée de sa sœur adoptive, Claire Clairmont, âgée de 18 ans. Tous lettrés et écrivains de famille, par leurs pères et mères, depuis l’enfance. L’aîné, déjà célèbre, est le poète Georges Byron, 28 ans – Lord Byron – pied-bot, bisexuel, athée, débauché, amant incestueux de sa demi-sœur, qui, outre ses multiples excentricités, a commis un discours scandaleux en faveur des briseurs de machines luddites, quatre ans plus tôt, à la chambre des lords. Même s’il n’est pas allé jusqu’à déclarer ce qu’il proclame en privé : « A bas tous les rois, excepté le roi Ludd. » (suite…)

Alexandre Grothendieck & Survivre et vivre, par Renaud Garcia (Bibliothèque verte de Pièces et main-d’œuvre)

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Alexandre Grothendieck & Survivre et vivre
Notre Bibliothèque verte (n° 36)

Mis en ligne par PMO sur leur blog le 16 octobre 2021

Pierre Fournier, le fondateur de La Gueule Ouverte, et Alexandre Grothendieck, celui de Survivre, restent, 50 ans après leur geste inaugural, des cadavres dans le placard des « écologistes ». Ils partagent une brève existence militante. Fournier publie ses premiers articles « écologistes » en 1967 dans Hara-Kiri, puis dans Charlie Hebdo entre 1970 et 1972, et meurt en février 1973, trois mois après le lancement de La Gueule ouverte [1].

Alexandre Grothendieck, médaille Fields de mathématiques en 1966, fonde en juillet 1970, avec quelques universitaires réunis à Montréal, le « mouvement international pour la survie de l’espèce humaine », nommé Survivre. Le bulletin du mouvement paraît en août 1970. Dès la fin de l’année, Grothendieck découvre, enthousiaste, les chroniques de Pierre Fournier. Le mathématicien, qui situe l’alternative entre la révolution écologique et la disparition de l’humanité, rejoint le journaliste dessinateur. Ils lancent ensemble le combat antinucléaire, épaulés par des petits groupes : l’Association pour la protection contre les rayonnements ionisants (APRI), fondée par Jean Pignero ; son rejeton, le Comité de sauvegarde de Fessenheim et de la plaine du Rhin (CSFR) ; ainsi qu’Emile Premilieu et le Comité Bugey-Cobaye. Voilà ceux qui organisent le premier grand rassemblement antinucléaire et écologiste en France, les 10 et 11 juillet 1971, à Saint-Vulbas (Ain), devant la centrale du Bugey. Les ventes de Survivre devenu Survivre et Vivre, passent de 1300 en janvier 1971 à 12 500 exemplaires en 1972. C’est également l’année où Grothendieck pose à la corporation scientifique une question qu’elle ne voudra jamais entendre, et qu’elle ne lui pardonnera jamais : « Allons-nous continuer à faire de la recherche scientifique ? », et aussi : « Pourquoi faisons-nous de la recherche scientifique ? A quoi sert socialement la recherche scientifique ? »

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