Alexis Escudero, « La reproduction artificielle de l’humain »

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Alexis Escudero,
La reproduction artificielle de l’humain,
Le Monde à l’envers, 2014

 

 

Conclusion

De tout ce qui précède, il résulte :

1 – Les progrès du technocapitalisme depuis deux siècles concourent à la stérilisation chimique de la population.

1 bis – Sélection et manipulation génétiques de l’embryon sont le dernier moyen de rendre possible la survie dans un monde devenu invivable : réchauffement climatique, stress permanent, dissolution du lien social, pollution généralisée.

1 ter – « La PMA pour tous et toutes » n’est pas le dernier cri de l’émancipation, mais l’avenir auquel nous sommes condamnés.

2 – La reproduction artificielle de l’humain ne signifie pas l’égalité des minorités et des majorités sexuelles dans leur rapport à la procréation, mais la soumission de tous à l’institution médicale, l’État, l’économie, et la tyrannie technologique.

3 – Comble de la servitude volontaire, l’assistance médicale si fièrement revendiquée dans la procréation asservit les hommes et les femmes à une technocratie en blouse blanche : médecins, gynécologues, banquiers en sperme et généticiens. Elle signe l’intrusion des experts et du pouvoir bio-médical jusque dans la chambre à coucher.

4 – La reproduction artificielle de l’humain génère un nouveau prolétariat, surtout féminin, contraint de louer son corps et de vendre les produits qui en sont issus. Elle transforme les enfants en produits manufacturés, monnayables sur un marché de l’enfant. Elle est une nouvelle forme de la traite des êtres humains qui ne dit pas son nom.

4 bis – Tout ce qui était libre est accaparé. Tout ce qui était gratuit devient payant. Alors que Marx distinguait la sphère de la production et celle de la reproduction de la force de travail, la reproduction artificielle de l’humain dissout la seconde dans la première. La procréation humaine elle-même devient une industrie, soumise à la guerre économique.

5 – La reproduction artificielle de l’humain est l’injonction faite aux parents de sélectionner et d’améliorer génétiquement leur progéniture, sous peine de la voir reléguée au rang de soushumanité. Elle abolit la liberté et la responsabilité des enfants ainsi fabriqués.

5 bis – L’enfant sur mesure est dans la pipette. Il n’y a pas de reproduction artificielle sans eugénisme.

5 ter – Il n’y a pas d’eugénisme libéral – même si les riches pourront exaucer en partie leurs caprices d’enfants parfaits. Il sera un eugénisme contraint, dicté par les impératifs de l’État et de l’économie.

5 quater – La reproduction artificielle du bétail humain est une étape nouvelle dans la rationalisation du monde et le pilotage automatique des populations.

6 – Sélections et manipulations génétiques, utérus artificiel et clonage transforment l’humanité en post-humanité.

7 – La reproduction artificielle de l’humain est un nouveau front dans la guerre du pouvoir contre les sans-pouvoir.

8 – Il n’y a ni eugénisme citoyen, ni « transhumanisme démocratique ». Toute critique partielle de la reproduction artificielle de l’humain sera digérée par les comités d’éthique, et servira à l’acceptation de l’inacceptable.

9 – La gauche techno-libérale – transhumanistes assumés ou non, inter-LGBT, philosophes postmodernes, cyber-féministes – entretient sciemment la confusion entre égalité et identité biologique, entre émancipation politique et abolition de la nature.

9 bis – Sous couvert du progrès, cette gauche nourrit un projet totalitaire : l’abolition, par re-création technologique, de tout ce qui naît.

10 – S’il reste à gauche des partisans de l’égalité et de l’émancipation, ils doivent prendre la parole, et dénoncer cette entreprise menée en leur nom.

 

Commande au Monde à l’envers, 46bis rue d’Alembert, 38000 Grenoble.

Ou à télécharger sur le site de PMO 

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