Henri Peña-Ruiz, « Le Sacré-Cœur de la honte »

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Henri Peña-Ruiz
Le Sacré-Cœur de la honte
Lettre ouverte à Anne Hidalgo, le 2 mars 2021

Un peu d’histoire

Le 1er septembre 1870, Napoléon III est vaincu par les Prussiens et fait prisonnier à Sedan. Le 4 septembre, la République est proclamée et un gouvernement de défense nationale s’installe à Paris, en principe pour continuer la guerre contre les Prussiens. En réalité il va capituler, tandis que la révolte gronde dans Paris assiégé et affamé. Le 18 janvier 1871, l’Empire allemand est proclamé dans la galerie des Glaces du château de Versailles et le 28 janvier Jules Favre signe l’armistice avec le chancelier Bismarck. L’élection d’une Assemblée nationale y est prévue. Organisée à la hâte sur pression des Prussiens, elle a lieu le 8 février 1871, sans que la gauche républicaine puisse vraiment faire campagne. L’Église et les notables locaux soutiennent à fond les monarchistes, qui l’emportent, avec 400 députés.

C’est une assemblée réactionnaire et cléricale qui va voter la construction du Sacré-Cœur, en réponse à un vœu émis par une droite catholique qui ne cache pas son hostilité tant à la Révolution française de 1789 qu’à celle de 1848, dont la tournure sociale a été violemment réprimée le 24 juin par Cavaignac. Le vœu religieux a été émis en janvier 1871 par Alexandre Legentil et Hubert de Fleury, catholiques nostalgiques de l’Ancien Régime, qui persistent à voir dans la France « la fille aînée de l’Église ». Ce vœu impute les malheurs du pays et la défaite de Sedan aux méfaits supposés de la refondation révolutionnaire. Il conçoit l’église à construire comme une rédemption, assortie d’un ressourcement religieux. L’« ordre moral » commence, avec à l’horizon la restauration de la monarchie. Celle-ci échouera en octobre 1873 du fait de l’attachement du comte de Chambord au drapeau blanc. Pour l’heure, au nom de la paix, l’élite de la fortune et celle de l’Église font cause commune dans la trahison, à Versailles. Adolphe Thiers est la figure de proue des « versaillais ». Ceux-ci s’agenouillent devant les Prussiens, et ils vont solliciter leur aide pour réprimer le peuple de Paris et son patriotisme. (suite…)