Karel Čapek et Antoine de Saint-Exupéry par Renaud Garcia (Bibliothèque verte de Pièces et main-d’œuvre)

 

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Karel Čapek et Antoine de Saint-Exupéry

Notre Bibliothèque Verte (n° 30 & 31)

Mis en ligne par Pièces et main-d’œuvre sur leur site le 28 avril 2021

Karel Čapek (1890-1938) et Antoine de Saint-Exupéry (1900-1944) se réunissent dans leur haine du robot, de la robotisation de l’espèce humaine et du monde machine. C’est une idée venue de loin que celle du robot. Au moins d’Aristote (-384 /-322 av. J.C), qui, dans son livre De la politique, explique que les esclaves sont nécessaires tant qu’il n’y aura pas de machines pour jouer de la cithare ou actionner des soufflets de forge à leur place. Mais déjà dans l’Atra-Hasîs (« Supersage », le Noé babylonien), 15 siècles plus tôt, les Grands Dieux décident de créer des robots, les hommes, pour remplacer les dieux mineurs en grève ; ceux-ci las de trimer pour les nourrir ayant brisé leurs outils. Ces robots sont créés d’eau et d’argile mêlées au sang d’un dieu sacrifié et on leur insuffle un souffle divin : l’âme.

Karl Marx (1818-1883) reprend l’idée d’Aristote vingt siècles plus tard, dans ses Fondements de la critique de l’économie politique (1857) – et presque un siècle avant l’automation : la machine libère l’homme du travail. Non seulement la Machinerie générale multiplie le potentiel de productivité mais elle crée les conditions d’un dépassement du capitalisme.

Karel Čapek forge ce mot nouveau « robot », en 1920, dans sa pièce R.U.R (Rossum’s Universal Robots), un an avant que Saint-Exupéry, jeune homme féru de sciences et de mathématiques, ne se forme à l’aviation, durant son service militaire. Quand Saint-Exupéry est abattu par la chasse allemande 24 ans plus tard, et six ans après la mort de Čapek, le mot robot est devenu un nom commun avec ses connotations péjoratives dans tous les pays industriels. Saint-Exupéry, qui, loin d’être un « technophobe », inventait des dispositifs et déposait des brevets, écrit la veille de sa mort : « Si je suis descendu, je ne regretterai absolument rien. La termitière future m’épouvante. Et je hais leur vertu de robots. Moi, j’étais fait pour être jardinier. » Mais qu’est-ce qu’un robot ? Le verbe tchèque « robit » signifie « faire, œuvrer, fabriquer », et le substantif « robota » désigne le travail pénible, la « corvée ». Le robot robote comme le prolo turbine. Travaux d’esclaves et de rouages fonctionnels. Voilà cette « vertu de robots », cet asservissement d’homme-machine au monde-machine que refusent Čapek et Saint-Exupéry. Et nous aussi qui en sommes aujourd’hui captifs.

Pièces et main-d’œuvre

 

Karel Čapek
(1890-1938)

 

Munich, 29 et 30 septembre 1938. Hitler convoite les Sudètes, cette zone germanophone de la jeune république de Tchécoslovaquie, elle-même issue du démembrement de l’empire austro-hongrois en 1918. A Munich, le Premier ministre du Royaume-Uni, Neville Chamberlain, et le président du Conseil français, Édouard Daladier, capitulent devant l’Allemagne, cependant que Mussolini joue l’entremetteur. Ils se déshonorent en sacrifiant un pays ami et ouvrent ainsi la voie au déferlement nazi. Les liens franco-tchèques pulvérisés, c’est la « clé de voûte » de l’édifice européen, comme la nomme Paul Valéry, qui est écrasée (1).

Karel Čapek, né en 1890 en Bohême, dans ce futur pays des Sudètes, n’aura pas le temps de voir l’invasion de la partie tchèque du pays en mars 1939 – malgré les promesses d’Hitler. L’écrivain majeur de la Ire République tchécoslovaque, ami des présidents démocrates et libéraux Tomás Masaryk et Edvard Benes, meurt de pneumonie le 25 décembre 1938, l’âme et le corps brisés par les accords de Munich. Celui qui, en une vingtaine d’années, était devenu la voix du « petit homme tchèque » et l’artisan d’un sens civique national, figurait en bonne place sur la liste nazie des personnalités à abattre lors de l’invasion de la Tchécoslovaquie. Son frère aîné Josef (né en 1887), illustrateur, écrivain et photographe, capturé par l’occupant, mourut en 1945 au camp d’extermination de Bergen-Belsen.

Les Tchèques ont depuis des siècles l’habitude de ce despotisme impérial et germanique, d’où peut-être l’ironie désabusée et les fables hénormes des auteurs locaux. Voyez Jaroslav Hasek (1883-1923), l’auteur du Brave soldat Chvéïk; Milan Kundera et La Plaisanterie (1967) ; et Kafka (1883-1924) qui riait, paraît-il, à gorge déployée de ses histoires de cafard et de métamorphose – quoique écrites en allemand. Karel Čapek excelle également dans la faribole, cette parabole légère qui, sous couvert humoristique, décrit les malheurs du temps : course universelle à la puissance, industrie de la guerre, machinisme et déshumanisation. Ses grandes œuvres, notamment la pièce de théâtre R.U.R, (1920), et le roman La guerre des salamandres (1936), baignées d’un sentiment terminal de la civilisation et du Monde d’hier (2) nous semblent aujourd’hui des prémonitions.

Karel et Josef, enfants d’un père médecin, d’une mère aimante et frères d’une sœur admirée, grandissent dans un milieu bourgeois cultivé. Agés respectivement de vingt-huit et trente et un an lors de l’effondrement de l’Empire austro-hongrois, ils deviennent des figures du monde des lettres et de la presse tchécoslovaques, notamment dans les colonnes du Lidové noviny, journal de l’intelligentsia dans les années 1920-1930. Čapek donne une langue à son pays, en puisant dans ses voyages et rencontres. Il publie en 1920 une anthologie de la poésie française, de Baudelaire à Soupault, qu’il a lui-même traduite. Neuf ans auparavant, il s’était rendu en France, à la rencontre des peintres (cubistes), des poètes et de Henri Bergson (1859-1941), le plus éminent penseur de l’époque, dont il suit les cours. On sait l’influence de Bergson sur Proust et une foule d’écrivains. On devine ce que la plume acide de Čapek y a trouvé. Bergson ne définit-il pas, dans un ouvrage publié en 1900, le rire comme du « mécanique plaqué sur du vivant (3) » ? La comédie dystopique R.U.R, qui met en scène une révolte des robots contre leurs ingénieurs, soudain désemparés et impuissants face à leurs esclaves, puise là certains de ses ressorts comiques. On y reviendra. D’une manière générale, les références philosophiques abondent dans les œuvres de Čapek. Rien d’étonnant à cela puisque l’auteur a obtenu en 1915 un doctorat consacré au pragmatisme. Une école philosophique américaine (Charles Sanders Peirce, William James, John Dewey) aux vues particulièrement subtiles sur la théorie scientifique, les croyances, la vérité et l’expérience politique. Disons, pour aller à l’essentiel, que pour un pragmatiste la signification intellectuelle d’une pensée réside dans ses effets sur nos actions. La vérité d’une idée n’est jamais donnée en théorie, mais se prouve par l’expérience, un processus d’enquête qui admet l’erreur, la rectification de celle-ci et sa vérification. D’où une tendance à la tolérance, à l’examen de points de vue opposés ; au pluralisme démocratique, en un mot.

C’est l’esprit que Čapek incarne dans le monde intellectuel tchèque. Après avoir fréquenté avec son frère les cercles dandys versés dans la littérature décadente, il convie des intellectuels, tous les vendredis, à partir des années 1920, à tenir salon chez lui. Le président Masaryk, par exemple, philosophe comme lui, formé dans les années 1870 à l’université de Vienne sous l’égide de Franz Brentano, qui compte Edmund Husserl parmi ses disciples, autre penseur majeur de la crise de la culture européenne, au moment où Čapek rédige la Guerre des salamandres (1936). Il s’agit d’un cercle d’élite, à coup sûr, mais où la qualité de membre est à mille lieues au-dessus de ce qui passe aujourd’hui pour tel.

Čapek est invité en Angleterre en 1924, à l’initiative du PEN Club, association d’écrivains internationale, fondée en 1921 pour défendre les idéaux de paix, de tolérance et de liberté créatrice. Il sera lui-même président du PEN Club tchécoslovaque entre 1925 et 1933. Il rencontre trois des auteurs qu’il respecte le plus : le dramaturge Bernard Shaw, l’écrivain de science-fiction H. G. Wells et le romancier et satiriste Gilbert Keith Chesterton, dont il se sent le plus proche. Chesterton anime quelque temps un mouvement « distributiste », visant à restaurer une société de petits propriétaires indépendants, rassemblés dans des communautés à petite échelle. Distribuer la petite propriété revient pour Chesterton à dégonfler le capital des riches, eux qui outrepassent les limites de leurs possessions pour accaparer celles des autres. La joie de la création limitée, seule accessible à l’homme, suppose de ne pas jouer à Dieu. L’exact opposé des promesses du progrès industriel, dont Chesterton dénonce la pente folle : « l’humanité a autant le droit de bazarder ses machines et de vivre de la terre, si elle le décide, que tout homme de vendre sa vieille bicyclette et d’aller à pied si bon lui semble. Certes le marcheur va moins vite que le cycliste, mais qui nous oblige à courir ? », écrit-il en 1926 (Plaidoyer pour une propriété anticapitaliste).

Les idées de Čapek sont de la même veine. Discret sur lui-même, amoureux de la nature qu’il fréquente à travers le jardinage, et qu’il magnifie par la photographie, l’écrivain veut d’abord exprimer les choses, et les rapports entre les choses. Un thème revient : le progrès technique et ses conséquences économiques, politiques, morales et esthétiques. Autrement dit, le « châtiment de Prométhée », étudié sous divers angles.

Faut-il punir Prométhée parce qu’il a dérobé un bien sacré ; parce qu’il a répandu parmi les hommes le moyen de leur amollissement par le confort ; parce que la technique, mise entre de mauvaises mains, pourrait servir d’arme à l’encontre des ennemis ; ou bien encore parce que, précisément, la puissance technique a été répandue, au lieu d’être réservée à quelques-uns aspirant à dominer leurs semblables ?

Dans ses textes en forme d’apologues et de contes philosophiques, où il revisite les mythes de l’humanité (4), Čapek laisse au lecteur le soin de méditer sur le rapport entre l’humain et ses créations, en jouant avant tout de l’humour. Dans sa pièce de 1920, R.U.R (Rossum’s Universal Robots), un savant génial, Rossum (en tchèque, rozum = raison), désireux de prouver que la création peut se passer de Dieu, a fabriqué des hommes artificiels – organiques et non pas mécaniques. De chair et non de fer. Extérieurement, ils paraissent humains. Intérieurement, ils n’ont pas d’intériorité ; ni sentiments, ni émotions, ni sensibilité ; pas d’âme. Juste des capacités de mémoire et de compréhension (logiciel, IA) leur permettant d’accomplir les ordres (programme).

Le caprice de leur créateur a également doté ces humanoïdes d’habiletés artistiques et d’organes génitaux – plutôt superflus lorsqu’on n’est pas censé engendrer – mais toujours utiles à d’autres fins. Du moins pour les humains d’origine animale.

Le fils de l’inventeur, le jeune ingénieur Rossum, a rationalisé la production de ces hommes artificiels en vue d’un rendement maximal. L’industriel Harry Domin (Dominus ? Dominant ?) et ses collaborateurs inondent bientôt la société de robots produits en série.

Comme dans les Grundrisse (5) de Marx, repris depuis par Marcuse, Gorz et tous les marxiens, les humains vivront tels des dieux en se délestant du travail pénible sur les hommes machines. Domin rêve du paradis sur terre. Mais la jeune Hélène Glory, son épouse, s’émeut de la condition servile des robots. Trompée par leur apparence humaine et leurs capacités verbales, cette activiste inclusive ne peut se résigner à leur destin de machine, et, trahissant son mari et son espèce, elle pousse un des collaborateurs de l’entreprise, spécialiste de la physiologie, à doter les robots de sensibilité. Bref Hélène Glory est une anti-spéciste dont l’empathie s’étend au non-vivant. Dès lors, les robots évoluent et leur conscience s’éveille. Écoutez-donc Radius, leur Spartacus, invectivant ses maîtres :

« Vous n’êtes pas comme les robots. Vous êtes moins performants que les robots. Les robots font tout. Vous ne faites que donner des ordres. Vous ne faites que parler. (…) Je ne veux pas de maître. Je sais tout. (…) Je veux être moi-même le maître. (…) Je veux être le maître des hommes. »

Voilà un androïde qui ne connaît pas la « honte prométhéenne (6) ». Les robots se révoltent contre les hommes qu’ils exterminent : Tous. À l’exception du plus vieux collaborateur de Domin dont ils veulent arracher le secret de leur fabrication. Car les robots ne naissent pas ; ils sont fabriqués. Ils ne vivent pas ; ils fonctionnent.

Œuvre fondamentale pour toute critique anti-industrielle, R.U.R. brode en apparence sur la légende juive du Golem, cette créature artificielle humanoïde, censée se mouvoir et protéger son créateur si on lui appose le nom de Dieu. Lien d’autant plus net qu’au XIXe siècle, l’époque du Frankenstein de Mary Shelley, on attribue la création du Golem au rabbin talmudiste et mystique praguois du XVIe siècle Juda Lœw ben Bezalel, dit le Maharal (un acronyme hébreu pour Notre Maître le Rabbin Loew).

Čapek reprend cette filiation tout en situant la scène dans le monde industriel de son époque, alors que s’impose le taylorisme. Le robot et le prolo c’est vice et versa. Nul besoin de déplacer l’action dans une contrée mystérieuse, telle l’Erewhon de Samuel Butler, ni de se projeter dans des siècles futurs, comme Zamiatine (7) , qui écrit Nous autres au début de cette même décennie 1920. Surtout, l’auteur forge le néologisme de « robot », ce même vocable qui met aujourd’hui en transe les « accélérationnistes » néo-léninistes (8), promoteurs de la Quatrième Révolution Industrielle et négateurs de l’humain. Pour une version « libérale » voyez les propos du président Macron au Forum économique de Davos, le 26 janvier 2021 (9).

C’est en fait son frère Josef qui suggère ce mot de robot à Čapek pour désigner les instruments de l’humanité à l’ère industrielle, enfin libre, souveraine et occupée de son seul épanouissement. Le verbe tchèque « robit » signifie « faire, œuvrer, fabriquer », et le substantif « robota » désigne le travail pénible, la « corvée ». Le robot robote. Il turbine comme n’importe quel turbineur au turbin remplit les tâches ingrates dévolues aux travailleurs de force : ouvriers, serfs, esclaves. Il les accomplit sans faiblir, sans se plaindre (puisqu’il ne possède ni conscience ni sensibilité), avec une productivité égale à celle de deux ouvriers et demi. Et puisqu’il s’agit d’un mécanisme dénué de vie, il ne subit aucune exploitation, car il n’y a d’extorsion de plus-value que de l’homme (le prolétaire) par l’homme (le capitaliste). L’humain fait travailler le robot, comme une source d’énergie sûre et bon marché. Telle est la vision de Harry Domin, directeur général des entreprises R.U.R, encouragé pour des raisons moins métaphysiques par les actionnaires : « Avouez que c’était un beau rêve, de libérer l’homme de l’esclavage. Du travail dégradant et dur, de la sale corvée qui tuait. »

S’il parle au passé, c’est qu’entre les grandes espérances du prologue et le désespoir de l’épilogue, quelque chose est arrivée : l’humanité ne se reproduit plus. Elle vit enfin son paradis terrestre ainsi décrit par Alquist, l’architecte des bâtiments de l’usine :

« J’ai raison ! Le monde est devenu fou ! Vous pouvez regarder où vous voulez, sur tous les continents, on croirait assister à une orgie ! Pas besoin de faire le moindre geste pour manger, on vous le met directement dans la bouche ; pas besoin de faire le moindre mouvement, les robots de Domin arrangent tout. Nous l’humanité, le sommet de la vie, rien ne nous intéresse plus – ni les enfants, ni le travail, ni la misère ! Sauf une chose, bien sûr – les plaisirs, les jouissances, il en faut le plus possible et le plus vite possible ! Et vous voudriez des enfants ? Hélène, à quoi bon des enfants pour des hommes qui ne servent à rien (10) ? »

En dénonçant le rêve de délivrance par la technologie, Čapek énonce une des bases conceptuelles de la critique du progrès. Il joue aussi sur le thème du rapport entre maîtrise et servitude, issu de la philosophie de Hegel (Phénoménologie de l’esprit). Dans un passage célèbre, le maître cherche à se prouver comme une conscience libre en réduisant l’autre, qu’il vainc dans une lutte à mort, au rang d’esclave rivé à la survie biologique. Le maître oublie cependant que seule une conscience peut reconnaître une autre conscience. Sa victoire n’en est donc pas vraiment une. Plus encore, l’esclave, voué à travailler au service du maître, extériorise ses forces en modifiant la matière et reconnaît sa propre image dans ses productions. Il advient à la conscience via le travail, pour renverser la domination et devenir le maître du maître. Celui qui prétendait faire des machines ses esclaves, est devenue la proie de ces êtres artificiels qu’un savant compatissant a dotés d’un sentiment interne et d’une conscience collective.

Ainsi, dans R.U.R., l’un des meneurs de la révolte des robots – le nommé Radius – voudrait être maître à son tour, étant donné que les humains ne travaillent pas mais se contentent de donner des ordres. Bref dans l’usine des robots comme dans La Ferme des animaux, certains aimeraient être plus égaux que les autres. Discrètement, Čapek introduit le doute avec un robot moral nommé Damon, réminiscence du daimon (démon), cette voix intérieure et divine qui rappelle parfois Socrate aux justes jugements et conduites.

Damon propose de se sacrifier pour tous les robots afin que Alquist, le dernier homme vivant, le dissèque pour retrouver le secret de la vie.

En effet, l’humanité disparue, non seulement il ne naît plus d’enfants, mais nul ne sait plus comment fabriquer des robots ; Hélène Glory, dans une ultime bévue émancipatrice, ayant jeté au feu les secrets de leur fabrication. Les robots condamnés à l’usure et à la panne finale souhaitent percer les mystères du vivant pour « se multiplier », « pour les générations futures », « pour devenir des hommes ». Ils supplient et menacent tour à tour Alquist. « – Maître, nous avons été des machines, mais la peur et la douleur nous ont donné… des âmes. […] Il y a quelque chose qui combat en nous. Il y a des moments où nous sommes comme possédés. Nous avons des idées qui ne viennent pas de nous. […] Les hommes sont nos parents. […] Nous sommes leurs fils. »

Mais, répond le dernier homme, « on ne trouve pas la formule de la vie dans les éprouvettes ». La vie renaîtra, si elle doit renaître, de Primus et Hélène – ainsi nommée en hommage à son modèle humain ; un couple de robots si amoureux que chacun des deux est prêt à se laisser disséquer pour l’autre. Un nouveau couple primordial qui réveille l’exaltation mystique du vieil Alquist :

« Va, Adam. Va, Eve. Tu seras sa femme. Et toi tu seras son mari. […] « Et Dieu créa l’homme à son image. A son image il fit l’homme et la femme […]. Et Dieu vit ce qu’il avait fait et il vit que c’était bon. » […] vous tous, inventeurs de génie, qu’avez-vous inventé de plus que cette fille, que ce garçon, que ce premier couple qui a inventé l’amour, les larmes, le sourire, l’amour entre un homme et une femme ? La vie ne disparaitra pas. […] Elle renaîtra de l’amour, toute nue et toute menue. »

De l’amour invaincu renaîtra la vie qui triomphera des villes, des usines et des machines en ruines. « Toi seul, amour, fleuriras sur les décombres et confieras la graine de la vie au vent. » Rideau.

Des deux côtés de la lutte, qu’il s’agisse de l’industriel Domin ou du robot Radius, Čapek fustige la volonté de puissance. Et cela vaut pour ceux qui ont entrepris de renverser non pas l’outillage industriel, mais la position de maître des machines : « la bourgeoisie, qui ne peut ou ne veut pas aider, m’est étrangère, mais le communisme m’est également étranger qui, au lieu d’aider met en avant le drapeau de la révolution. Le dernier mot du communisme, c’est la domination et non le salut ; son slogan majeur, c’est le pouvoir, et non l’aide » (« Pourquoi je ne suis pas communiste », 1924).

R.U.R. est joué à New York en 1922, à Paris en 1924, et répand le mot « robot » dans le monde entier. Čapek écrit d’autres œuvres soutenues par de brillantes prémonitions. Féru de science, il connaît aussi bien la théorie de la relativité d’Einstein que celle des transformations d’Hendrik Lorentz, suivant lesquelles la matière concentrerait une énorme quantité d’énergie.

Que se passerait-il, demande Čapek, si un scientifique aux penchants démiurgiques trouvait le moyen de fragmenter les atomes en électrons pour les mettre au travail, autrement dit pour produire l’énergie cachée dans la matière ? A supposer qu’un complexe militaro-industriel s’empare de cette invention, vers quel monde irions-nous ? C’est le sujet de Krakatit et de La fabrique d’Absolu, parus en 1922, qui anticipent les périls de l’énergie nucléaire. Dans ce dernier roman, débordant de fantaisie et d’humour, l’ultime révolution de la technique s’achève dans un délire mondialisé, où toutes les cultures se fondent en un maelstrôm insensé. Il faut dire que son argument est astucieux. L’énergie jaillie des « carburateurs » du scientifique Marek, bientôt rachetés par l’industriel G. H. Bondy, fait sortir l’Absolu lui-même de sa gangue matérielle. Panthéisme : Dieu est partout dans la matière, et la science l’a révélé. Le miracle tourne vite au fléau. Plus Bondy vend de carburateurs, plus il répand l’amour divin et les conversions religieuses. Les nantis offrent leurs biens aux pauvres, les criminels se repentent de leurs fautes, les industrieux deviennent contemplatifs, les buts précis de la production se dissipent. Čapek réserve quelques moments hilarants à son lecteur, illustrés de surcroît par les dessins de son frère. Comme lorsqu’il réinterprète l’exemple de la manufacture d’épingles d’Adam Smith, incarnation de l’efficacité de la division du travail dans La richesse des nations. Supposez cette manufacture touchée par la grâce de l’Absolu, la voici devenue une usine de clous qui ne se soucie plus de rationaliser la production. Il s’agit de produire pour produire, jusqu’à l’absurde, dans un pur étalage de puissance. L’Absolu vomit littéralement des clous. Il trouve l’équivalent de son infini dans l’abondance. Trait satirique à l’adresse du culte productiviste soviétique, sans doute. Mais rappel plus général que « l’homme a besoin de tout, sauf de l’abondance illimitée ».

Le roman anticipe le projet Manhattan des États-Unis entre 1941 et 1944 et les explosions de Hiroshima et Nagasaki, saluées en leur temps par le technoprophète Teilhard de Chardin comme la dissémination du divin dans la matière. La cohérence narrative s’effiloche au gré des chapitres, une fois qu’éclate une guerre de tous contre tous, dans toutes les villes, provinces et nations. Effrayé par le fanatisme de ceux qui prétendent détenir la vérité sur ce qui nous dépasse, Čapek se délecte à montrer comment chaque groupe, secte ou parti revendique bientôt l’Absolu pour son propre compte. Le conflit des interprétations s’achève en guerre mondiale, « la plus grande des guerres ». En somme, on ne saurait nucléariser le monde sans globaliser les maléfices de la puissance ainsi délivrée. Que l’on défende l’esprit d’entreprise américain ou la planification soviétique, le capitalisme ou le communisme, le tour de force de l’Absolu est de réaliser la même hégémonie. L’industriel Bondy s’adresse au scientifique Marek : « C’est l’Industrie, la plus grande puissance du monde. Et ce qu’on appelle “ les masses populaires” sont aussi une grande puissance ? Tu comprends son plan ? – Pas du tout – Il s’est rendu maître des deux. Il s’est emparé de l’Industrie et des masses. De la sorte, il tient tout entre ses mains. Il vise, sans aucun doute, l’hégémonie mondiale. Voilà, Marek ! » Telle est la leçon philosophique du roman, même s’il s’essouffle en accumulant les situations absurdes.

La tentation de se hisser à l’égal des dieux, cette perversion de l’élan vital qui expose l’humanité à sa propre destruction, obsède Karel Čapek. Au moment où les légions hitlériennes se renforcent, il atteint en 1936, avec le roman La guerre des salamandres, l’expression la plus aboutie de cette idée. Exploitant les potentialités de la forme romanesque, il glisse dans la trame narrative de fausses coupures de journaux, des rapports de colloques scientifiques sur les salamandres, des articles de biologie sur leur vie sexuelle, des comptes rendus de réunions de la Société d’Exportations du Pacifique (qui rassemble les industriels du marché mondial des salamandres, analogue de la traite des esclaves), des chapitres d’ouvrages de philosophes sur les malheurs du temps. Sous la fiction percent les tensions géopolitiques et nombre de personnages des années 1930 : chefs d’État, militaires, vedettes de cinéma, philosophes du déclin de l’Occident – on pense à Oswald Spengler.

Tout commence au large de Sumatra, où le capitaine Van Toch, Praguois fort en gueule et jurons, découvre près des côtes, un grand nombre de créatures amphibies, de plus d’un mètre, capables de se tenir sur leurs pattes arrière et de répondre à des ordres simples. Elles sont en mesure de retirer des perles à l’intérieur de coquillages. Van Toch les utilise bientôt comme main d’œuvre pour lancer un lucratif commerce de perles précieuses. Il ne tarde pas à rencontrer l’industriel G.H. Bondy (encore lui), par l’intermédiaire du portier de ce dernier. Comme dans les romans des années 1920, le planificateur et directeur commercial organise à l’échelle internationale la découverte inopinée du marin. Les salamandres sont apprivoisées, tenues dans des bassins ou utilisées le long de bandes côtières, et prolifèrent en raison de leur mode de reproduction qui ne suppose pas l’accouplement. Phénomène médiatique mondial, elles deviennent l’objet de toutes les spéculations et de toutes les campagnes d’acceptabilité sociale (jusqu’où va leur conscience ? Sont-elles capables d’art, de science, de politique ? Faut-il leur attribuer des droits ?) et forment sous peu la population la plus dense de la planète. Les industriels les exploitent pour toutes tâches de remblaiement, digues et barrages, dans une frénésie d’aménagement et de gigantisme. Les nouveaux Prométhée voient grand : « nous remplaçons le roman d’aventures de la pêche des perles par l’hymne du travail » claironne Bondy ; « Si nous nous refusons à penser continents et océans, nous resterons en deçà de nos possibilités […]. Je préférerais que nous pensions en milliards de salamandres, en millions et en millions d’unités de main-d’œuvre, que nous envisagions des déplacements de l’écorce terrestre, de nouvelles genèses et époques géologiques ».

Au-delà de toute mesure, l’industrie compte sur ses esclaves besogneux pour découvrir de nouvelles Atlantides et subvertir la Terre. Armements, explosifs, machines : le marché mondial tourne à plein régime pour fournir aux salamandres de quoi atteindre les objectifs planifiés. Mais la démesure technique produit sa propre sanction : les salamandres comprennent qu’elles font nombre, certaines, curieux spécimens blonds, se disent plus pures que les autres, des chefs émergent qui négocient avec les États pour se voir attribuer encore plus de machines. Jusqu’à ce que, partout, les continents soient submergés et l’humanité contrainte à l’autodestruction. Autrement dit, continuer de faire tourner la production et le commerce, quoi qu’il en coûte, en fournissant ainsi aux salamandres les moyens de la barbarie.

La civilisation des salamandres, c’est le monde uniforme de la Quantité : travail en série, capacité de production maximum, chiffre d’affaires record. Le reste, art, culture, science pure, philosophie, tous ces menus travaux lents et futiles, on s’en passe : mots caducs qui vous retournent l’estomac. Čapek introduit un obscur auteur, M. X, dont une brochure diffusée clandestinement met en garde l’humanité contre sa pulsion d’autodestruction : cessez de nourrir les salamandres, créons une ligue des nations contre les salamandres, car elles ont vidé la civilisation de ce qu’elle avait d’humain pour n’en retenir que le côté pratique, utilitaire et fonctionnel. La prospérité des miracles de la technique n’est qu’un leurre. Las, les avant-gardes culturelles (qui rappellent les futuristes russes et italiens) et les syndicats ouvriers ont tôt fait de dénoncer en M. X un réactionnaire. Les premières car elles en ont assez de la nature et du romantisme, et réclament des « côtes en ciment uni au lieu des vieilles roches déchiquetées », le remplacement de l’« ancien monde géologique par le monde géométrique » ; les seconds car ralentir les exportations au service des salamandres reviendrait à freiner la croissance. Autrement dit, ôter le pain de la bouche au prolétariat qui a tant lutté pour accéder à ce niveau de confort industriel. M. X, rappelle Čapek dans le dernier chapitre du livre, un dialogue de l’auteur avec sa propre conscience, c’est un peu l’écrivain lui-même, méditant sur l’appétit humain pour la puissance :

« Tu sais qui travaille fiévreusement jour et nuit dans les laboratoires pour trouver des machines et des produits encore plus puissants pour balayer le monde ? Tu sais qui prête l’argent aux salamandres, tu sais qui finance cette Fin du Monde, tout ce nouveau Déluge ?
– Je sais. Toutes les usines. Toutes les banques. Tous les États. – Tu vois. Si ce n’était que les salamandres contre les hommes, il y aurait peut-être quelque chose à faire ; mais les hommes contre les hommes, mon vieux, rien ne peut les arrêter ».

Pas davantage les troupes hitlériennes du « modernisme réactionnaire (11) ». A la fin du roman, les salamandres ont pénétré jusqu’à Dresde et cheminent vers Prague. Dans La maladie blanche, une pièce de théâtre jouée en 1937 au Théâtre national de Prague, les pressentiments de Čapek touchent au sublime. La population est atteinte d’une pandémie. Des taches blanches apparaissent sur la peau de personnes âgées de plus de 45 ans et les précipitent vers la mort, dans d’atroces souffrances. Un docteur, nommé Galén, trouve le remède. Il refuse pourtant de soigner les riches avant que la paix mondiale ne soit instaurée. Le Maréchal qui impose au pays sa dictature militaire est lui aussi touché par le mal. Il finit par accepter les conditions du docteur pour ne pas mourir et lance à la foule « Non à la guerre ! Non à la guerre ! ». Celle-ci se déchaîne alors, le tenant pour un traître et piétine le précieux médicament du docteur Galén.

Décidément, Munich ne pouvait susciter en Čapek que des visions morbides, lui dont toute l’œuvre visait à garder l’humain de son penchant à la démesure, de sorte qu’il exerce, humblement, la meilleure part de lui-même. Celle-là même que l’auteur, philosophe et jardinier, cultivait quotidiennement, sachant de quel humus provient l’humain, et de quelles limites la nature l’entoure. Un rapport à la vie en rupture avec le culte de l’efficacité, la leçon majeure de l’anti-industrialisme, telle que l’expose son petit livre L’année du jardinier (1929) :

« Quand votre montre s’arrête, vous la démontez, puis vous la portez chez l’horloger ; quand votre auto est en panne, vous levez le capot et vous tripotez dans le moteur, puis vous allez chercher un mécanicien. Avec n’importe quoi au monde, on peut faire quelque chose ; on peut tout arranger, tout réformer, mais, contre le temps, on ne peut rien entreprendre. Ni le zèle, ni l’ingéniosité, ni la curiosité, ni les jurons n’y peuvent rien ; les bourgeons s’ouvrent et les germes lèvent lorsque leur temps est venu et quand le veut leur loi. C’est ici que l’on prend pleinement conscience de l’impuissance de l’homme ; c’est ici que l’on comprend que la patience est la mère de la sagesse. Du reste, il n’y a pas autre chose à faire. »

 

Renaud Garcia
Printemps 2021

Lectures

  • R.U.R., Rossum ’s Universal Robots, éditions de la Différence, 2011.
  • La fabrique d’Absolu, La Baconnière, 2014.
  • La guerre des salamandres, Cambourakis, 2012.
  • Le châtiment de Prométhée et autres fariboles, éditions noir sur blanc, 2020.
  • L’année du jardinier, 10/ 18, 2000.

Notes

1. Paul Valéry, L’Art vivant, n° 225, septembre 1938.

2. Stefan Zweig. Le Monde d’hier. Souvenirs d’un Européen, 1943

3. H. Bergson, Le Rire (1900)

4. Cf. Le châtiment de Prométhée et autres fariboles ; Contes d’une poche et d’une autre poche.

5. K. Marx, Introduction à la critique de l’économie politique (1857-1858).

6. Cf. Günther Anders. L’Obsolescence de l’homme. Sur l’âme à l’époque de la deuxième révolution

industrielle. 1956. EDN & Ivrea, 2002.

7. Cf. Notre Bibliothèque Verte n° 5 & 6, Kropotkine et Zamiatine :

http://www.piecesetmaindoeuvre.com/spip.php?page=resume&id_article=1336

8. Cf. M. Blouin, « De la technocratie. Ludd contre Marx », sur http://www.piecesetmaindoeuvre.com et Pièce

détachée 69/69’

9. « À côté de la révolution de l’intelligence artificielle, il y en a une deuxième qui pour moi est totalement

fondamentale qui est celle du quantique, qui va là aussi, par la puissance de calcul et la capacité

d’innovation, profondément changer notre industrie […] nous allons rentrer dans une ère d’accélération de

l’innovation, de rupture très profonde d’innovation et donc de capacités à commoditiser certaines industries

et créer de la valeur très vite. Par rapport à ce que j’ai dit, qu’est-ce que cela a comme impact ? Un, on va

continuer à innover et à accélérer. C’est sûr. Deux, il y aura des impacts en termes d’ajustements sociaux et

il faut les penser dès maintenant […] le sujet des inégalités sociales va être encore plus prégnant […]. Trois,

tout cela a des impacts en termes démocratiques qui sont massifs. Et donc, si vous voulez, pour moi, ces

innovations vont être des accélérateurs de nos problèmes sur le plan social et démocratique. »

10. R.U.R. in L’Homme fabriqué, récits de la création de l’homme par l’homme. Edition de Jean-Paul

Engélibert, Garnier, 2000.

11. Cf. Jeffrey Herf, Le modernisme réactionnaire. Haine de la raison et culte de la technologie aux sources

du nazisme, L’Échappée, 2018.

 

 

Antoine de Saint-Exupéry
(1900-1944)

 

« Toutes les grandes personnes ont d’abord été des enfants (mais peu d’entre elles s’en souviennent) », dit Saint-Exupéry dans la dédicace du Petit prince, adressée à son ami Léon Werth, essayiste libertaire et antimilitariste. Né à Lyon dans une famille issue de la noblesse, orphelin de père à quatre ans, le jeune Antoine, enfant rêveur et distrait, prend le temps de les observer, ces grandes personnes décidément bizarres et incapables de s’occuper d’autre chose que d’elles-mêmes. À l’âge de dix-sept ans, l’expérience de la mort le frappe pour la seconde fois : son frère cadet meurt d’une péricardite. L’adulte naît. Lecteur assidu de Balzac et Dostoïevski, de Baudelaire et des poètes Parnassiens, Antoine est également féru de mathématiques, de physique et de biologie. Il prépare, sans succès, le concours de l’école Navale, puis se tourne vers les beaux- arts. Durant son service militaire, entre 1921 et 1923, il se forme à l’aviation. Devenu pilote, il est employé en 1926 par la compagnie Latécoère (future Aéropostale) pour assurer la liaison Toulouse-Sénégal. Une expérience qu’il relate dans Courrier Sud, paru en 1928. Entre-temps il a croisé André Gide dans le salon littéraire et mondain de sa cousine Yvonne de Trévise. Gide reste interloqué par sa rencontre avec un poète aviateur. Le pilote n’est-il pas l’ultime dépositaire de l’héroïsme à l’ère des guerres chimiques ? Celui qui, sans cesse, dans un élan de volonté tendue, atteint au surpassement de soi au mépris de la mort ? Aussi Gide suit-il de près la carrière littéraire de Saint-Ex, rédigeant notamment la préface de Vol de nuit (1931), récompensé par le prix Fémina. C’est Gide qui lui suggère cette structure en bouquets, consistant à grouper en divers chapitres des sensations, des émotions et des réflexions, qui fait la singularité de récits comme Terre des hommes (1939) et Pilote de guerre (1942). L’intrigue y est réduite au plus simple, sans aventures imaginaires ni exaltation du courage physique, vertu assez méprisable aux yeux de Saint-Exupéry. L’homme fait corps avec sa machine :

« L’avion entre en circuit dans la température de mon sang. L’avion entre en circuit dans mes communications humaines. On m’a ajouté des organes qui s’interposent, en quelque sorte, entre moi et mon cœur (…) Je suis un organisme étendu à Favion. L’avion me fabrique mon bien-être, quand je tourne tel bouton qui réchauffe progressivement mes vêtements et mon oxygène. » (Pilote de guerre)

Revenu de mission, celui qui s’essaie à résoudre quelques problèmes mathématiques et qui dépose plusieurs brevets d’inventions techniques, ne cesse d’emmagasiner des notes, griffonnées sur de minces carnets de cuir souple. Émergence du fascisme, course aux armements, applications industrielles de la science, énigme du sens de l’histoire prétendument éclairée par l’Union Soviétique : la civilisation européenne se débat dans les convulsions, avant la Seconde Guerre mondiale. Le penseur fait corps avec Faviateur. Et il trouve là matière à méditer.

Entre 1927 et 1929, « Saint-Ex » est chef d’aéroplace à Cap Juby, dans le désert de Mauritanie, à 500 kilomètres au sud d’Agadir. Seul pilote parmi des mécaniciens, Faristocrate partage la table des ouvriers. En 1929, il rejoint ses confrères Mermoz et Guillaumet en Argentine, pour contribuer au développement de l’aéropostale, entre la France et l’Amérique. Marié en 1931 avec Consuelo Suncin Sandoval de Gomez, artiste salvadorienne, ses amours restent contrariées. Éconduit quelques années plus tôt par Louise de Vilmorin, il déclare dans une lettre à son amie Renée de Saussine : « je suis bon tout au plus à piloter en ours sur quelque ligne, et le plus loin ». Hormis dans Courrier Sud, les femmes sont absentes de ses écrits, à l’exception de sa mère, à qui il adresse de touchantes lettres, quitte à ce que l’on se gausse de ces effusions de fils à maman, maladroit et cocu. Cependant Saint-Ex étend son expérience du monde. En 1934 et 1935, il part en journaliste au Viêt-Nam et en Russie pour le quotidien Paris-Soir ; en 1936, il est reporter en Espagne, pendant la guerre civile. Accusé par les nationalistes de prêter main forte aux républicains, il documente également les exactions que commettent ces derniers. Fascistes, communistes ou anarchistes, les sanguinaires lui répugnent, tout autant qu’à Bernanos ou Simone Weil, revenue du front d’Aragon avec les mêmes désillusions (12). Entretemps, lors d’une tentative de raid entre Paris et Saigon, il s’écrase dans le désert libyen, en compagnie de son mécanicien. Trois jours d’errance sans eau ni vivres. Et puis ce sauvetage, miracle d’humanité :

« L’Arabe nous a simplement regardés. Il a pressé, des mains, sur nos épaules et nous lui avons obéi. Nous nous sommes étendus. Il n’y a plus ni races, ni langages, ni divisions… Il y a ce nomade pauvre qui a posé sur nos épaules des mains d’archange […] Tu es l’Homme et tu m’apparais avec le visage de tous les hommes à la fois. Tu ne nous as jamais dévisagés et déjà tu nous as reconnus. Tu es le frère bien-aimé. Et à mon tour je te reconnaîtrai dans tous les hommes. » (Terre des hommes)

Mais le pilote orphelin continue de titiller la mort. En 1938, lors d’un raid à travers l’Amérique, il s’écrase au Guatemala et reste longtemps dans la coma, meurtri par huit fractures. Vient septembre 1939. Terre des hommes paru en février, vaut à Saint-Ex une renommée internationale, notamment auprès de la jeunesse, avant d’être couronné par le Grand prix du roman de l’Académie française. Le voici mobilisé, puis affecté en décembre au groupe 2/33 de grande reconnaissance à Orconte, dans la Marne. Ce groupe envers lequel il se montrera fidèle en tout, jusqu’au 31 juillet 1944, date de son dernier vol.

Voici donc l’avant-guerre de Saint-Exupéry, les latitudes qu’il a survolées, les diverses manières d’être humain auxquelles il s’est frotté. On comprend mieux son credo, résumé à la fin de Pilote de guerre : « l’Homme, commune mesure des peuples et des races […] En l’homme se retrouvent, de même, les Français de France et les Norvégiens de Norvège. L’Homme les noue dans son unité, en même temps qu’il exalte sans se contredire leurs coutumes particulières ».

Cette vision humaniste, qui établit la seule égalité qui vaille, sous une commune mesure, est un héritage judéo-chrétien, valable pour les croyants comme pour les incroyants. Ainsi, dit-il, « ma civilisation, héritant de Dieu, a fait les hommes égaux en l’Homme ». Seul cet héritage permet de comprendre pourquoi plusieurs mineurs risqueront leur vie pour le sauvetage d’un seul mineur enseveli, ou pourquoi le médecin portera indifféremment secours au vertueux ou au méchant, pour autant qu’ils souffrent. Seul, il donne sens à la vie. Or ce respect de l’« homme intérieur » est, précisément, un legs de la civilisation. Il n’est pas naturel. En 1939, il faut le sauvegarder alors que la barbarie gronde. Mais les foules le peuvent-elles si, avachies par les promesses de la vie mécanique, elles en viennent à confondre Tuniformité avec l’égalité ? Entre Paris, Barcelone, New York et Moscou, Saint-Ex observe cette crise spirituelle de la civilisation occidentale qui atteint l’Europe au premier chef ; et dont il témoigne dans l’article « Honte de la guerre, honte de la paix », paru le 4 octobre 1938 dans Paris-Soir :

« Il y a deux cents millions d’hommes en Europe qui n’ont point de sens et voudraient naître. L’industrie les a arrachés au langage des lignées paysannes et les a enfermés dans ses ghettos énormes qui ressemblent à des gares de triage encombrées de rames de wagons noirs.
Du fond des cités ouvrières, ils voudraient être réveillés. Il en est d’autres, pris dans l’engrenage de tous les métiers, auxquels sont interdites les joies d’un Mermoz, les joies religieuses, les joies du savant […]. On a cru que pour nous grandir il suffisait de nous vêtir, de nous nourrir, de répondre à nos besoins. Et Ton a peu à peu fondé en nous le petit- bourgeois de Courteline, le politicien de village, le technicien fermé à la vie intérieure. »

La démocratie industrielle, qui ne conçoit la liberté qu’en réponse à l’injonction de Guizot, « enrichissez-vous ! », tant que personne ne nuit à quiconque, fait fausse route. On ne bâtit pas une civilisation sur ce que l’on fournit aux hommes, mais sur ce que l’on exige d’eux. La machine de guerre soviétique, qui envahit la Finlande en novembre 1939 au mépris du cadre légal institué par la Société des Nations, déploie le même délire d’expansion et de puissance que le nazisme. Au nom d’une prétention idéologique et « scientifique » à prévoir le sens de l’histoire, l’individu indépendant de la masse se trouve absorbé par la logique. État, masse, marché : la pesanteur du Collectif désagrège l’humanité et dissout les liens spirituels. Elle ne les recrée que superficiellement. On ne conspire plus (autrement dit, on ne respire plus du même souffle) dans une communauté, on fonctionne à l’intérieur d’une « termitière », image maintes fois reprise par Saint-Ex.

Lui qui a connu de près, à l’Aéropostale, le fonctionnement de la bureaucratie, sait bien que plus la machine est grande, plus l’homme s’y trouve engrené comme un rouage. Alors il n’est plus de création possible. Plus personne n’est responsable. Le mécanicien, la mécanique elle-même, régulent le mouvement des pièces. Perfection de la puissance technologique, efficacité meurtrière. Celle du nazisme par exemple, incarnation du « modernisme réactionnaire (13) ». Saint-Ex sait que la cause est perdue d’avance dans cette « drôle de guerre ». Pourtant, il faut défier la mort et que chacun porte sa « substance », la substance de l’homme, au-devant des tirs ennemis ; quitte à se sentir en état de résurrection, à chaque retour de mission réussie. Il n’y a guère là d’exaltation virile. La guerre n’est pas une aventure, elle est une « maladie », comme le typhus, dit l’auteur dans Pilote de guerre, récit de sa reconnaissance sur Arras, en mai 1940. Dans sa capsule aérienne, loin des « cloportes des bureaux », rivé au palonnier de sa machine, l’aviateur combat pour la vie, pour étancher sa soif de sens. Sa foi, la seule noble, est celle qui exalte l’humain et s’atteste dans les actes. Nul besoin de la guerre pour cela, dira-t-on. Assurément. Mais elle est là. « Je veux faire la guerre par amour, et par religion intérieure. Je ne puis pas ne pas participer. Faites-moi partir le plus vite possible, dans une escadrille de chasse» (Lettre à X…, début novembre 1939, in Ecrits de guerre, 1939-1944).

C’est chose faite entre décembre 1939 et juin 1940. Démobilisé en août, Saint-Ex embarque en décembre pour les États-Unis, avec la ferme intention de convaincre les Américains d’entrer en guerre. Les passionnants Ecrits de guerre enseignent au mieux sur ces deux années, 1941-1942, où l’écrivain en exil, convive accort fêté dans les dîners mondains, s’enfonce dans la solitude spirituelle, alors qu’il panse ses blessures de guerre. Son grand tort : n’être pas plus gaulliste que vichyste. « Nous avons perdu une bataille. Nous n’avons pas perdu la guerre », déclare le général de Gaulle ; « Dites la vérité, général, nous avons perdu la guerre. Nos alliés la gagneront ». En réalité, Saint-Ex est d’abord patriote, respectueux des Français restés en France, qui ont rejoint les Forces françaises de l’intérieur. Et soucieux des conditions de vie sous le régime de Pétain, notamment du ravitaillement en pain des enfants. A ses yeux, les gaullistes de l’étranger, sous prétexte de condamner Vichy, développent une méfiance à l’égard des Français. On s’effare avec lui du spectacle des factions, aux États-Unis, se déchirant pour la prééminence au sein de la résistance. On en trouve l’écho dans Citadelle, ouvrage posthume composé de manuscrits jamais corrigés ni élagués, ébauchés dès 1936, auxquels il travaille lors de son séjour américain. Cette œuvre imposante, au style ampoulé, singeant les récits bibliques, scandée par des chants, relate l’instruction d’un chef (« caïd ») berbère auprès de son père, maître de l’empire et du maniement des hommes, avant qu’à son tour il n’observe ce qui noue ou délie son peuple. A un moment, il s’exaspère : « vous ne collaborez point mais vous vous détruisez les uns les autres dans vos décisions incohérentes ». Quant à de Gaulle, Saint-Ex redoute en lui un dictateur militaire, un partisan de l’armée « de métier » – comprenez industrielle et technologique – que le futur fondateur de la « dissuasion nucléaire » avait théorisée en 1934 (14) , et qu’il exalte le 18 juin 1940 :

« Foudroyés aujourd’hui par la force mécanique, nous pourrons vaincre dans l’avenir par une force mécanique supérieure. Le destin du monde est là. »

Parce qu’il pressent ce que la force mécanique, décuplée par la compétition internationale, va infliger à l’esprit, Saint-Exupéry fuit le gaullisme. Ayant rencontré le général Giraud, rival de de Gaulle en Afrique du Nord, en mai-juin 1943, et l’ayant mis en garde, il devient une cible pour les gaullistes. Il pense France, et non pas coteries politiques. Le voici tenu pour fasciste. Opposé à plusieurs intellectuels respectés, dont Jacques Maritain, philosophe démocrate-chrétien passé par l’Action française, il se fait une raison. Lui qui écrit à Joseph Kessel, à l’automne 1943, que l’atrocité de Vichy est dans l’ordre puis qu’un « organisme se fabrique un trou du cul pour les fonctions d’excrétion. Les égoutiers d’une ville ne sont pas amoureux des bonnes odeurs », il est néanmoins rayé au même moment de la liste des écrivains résistants par de Gaulle, avant que celui-ci ne manœuvre pour refuser à l’aviateur, revenu en Afrique du Nord, les missions qu’il demande instamment.

Drôle de guerre : cependant que son éditeur new yorkais publie Flight to Arras (Pilote de guerre), un best-seller dont plus de 3000 exemplaires ont été publiés dans la France occupée, les gaullistes le censurent dans l’Algérie libre. Saint-Ex écrit à son éditeur Curtice Hitchcock, le 8 juin 1943 : « vous sourirez avec mélancolie en songeant que l’on me traitait de fasciste à cause de mon refus d’adhérer au gaullisme ! »

On s’esclaffe avec plus d’amertume encore de le voir traîné dans la boue par l’incroyable André Breton, exilé américain lui aussi. En janvier 1941, le Conseil national, un organisme vichyste, nomme Saint-Exupéry parmi ses membres, sans son accord. L’écrivain oppose un démenti formel à cette nomination. Ses détracteurs, dont le « pape » du surréalisme, soutiennent que Saint-Ex n’a pas rédigé ce démenti, l’accusant de servir le nazisme en refusant son allégeance à de Gaulle. Il faut lire la réponse de Saint-Ex à André Breton, accusateur public et signataire de manifestes collectifs (l’un des prototypes, certes d’une autre stature, de cette « race des signeurs » qui grouille aujourd’hui, dans Le Monde ou Libération, sous les grimaces d’un Geoffroy de Lagasnerie ou d’un Edouard Louis). Elle dit mieux que bien des traités en quoi consiste l’antifascisme :

«Mon Groupe Aérien (…) a uni à la même table des camarades de droite et des camarades de gauche, des camarades croyants et des camarades incroyants. Tous sont morts très proprement par esprit de résistance au Nazisme. Vous auriez fait pendre les trois quarts d’entre eux ».

Ces années sont également celles où il écrit des textes essentiels pour nous qui subsistons à l’ère de la termitière. On ne peut que rendre hommage à ces fulgurances, pressentiments de la misère de l’industrialisme. Les marchandises ont été renouvelées, on a « innové » et multiplié les appâts, mais le désert de sens est le même, comme la peur de la liberté :

« Ma génération jouait à la bourse, discutait voitures et carrosseries dans les bars, ou faisait de sordides affaires dans les stocks. Pour une expérience monacale, comme celle que j’ai vécue sur les lignes aériennes, où l’homme était grandi parce qu’il lui était tout demandé, combien s’enfonçaient dans le marécage de la belote et du Pernod, s’ils étaient d’un groupe, du bridge et du cocktail, s’ils étaient d’un autre ! » (« Lettre au général Z, 3 juillet 1944 ») 

« Égalité et Liberté ne se concilient véritablement que dans la termitière. Une fois fondé le robot standard il est à la fois égal et libre. Vous pouvez bien délivrer le termite, il ne fera point scandale. Il se précipitera vers son esclavage. » (« Lettre à Lewis Galantière », printemps 1941)

« L’homme d’aujourd’hui, on le fait tenir tranquille, selon le milieu, avec la belote ou avec le bridge. Nous sommes étonnamment bien châtrés. Ainsi, sommes-nous enfin libres. On nous a coupé les bras, les jambes, puis on nous a laissé libres de marcher. Moi, je hais cette époque, où l’homme devient sous un “ totalitarisme universel ”, bétail doux, poli et tranquille. On nous fait prendre ça pour un progrès moral ! » (« Lettre au général X », juin 1943)

Et voici les derniers mots de sa dernière lettre à son ami Pierre Dalloz, alpiniste, architecte, membre fondateur du maquis du Vercors, écrits la veille de son dernier vol :

« Si je suis descendu, je ne regretterai absolument rien. La termitière future m’épouvante. Et je hais leur vertu de robots. Moi, j’étais fait pour être jardinier » (30 juillet 1944).

Dans le même temps, depuis le Brésil, Bernanos utilise lui aussi ce terme tchèque, inventé en 1920 par l’écrivain Karel Čapek (15). La France contre les robots (16), c’est le manifeste d’une civilisation héritière de la Grèce, ayant travaillé des siècles durant à former des hommes libres, et qui refuse de se soumettre au machinisme et l’américanisme.

Saint-Ex, héritier de Pascal, homme de la conciliation entre l’esprit de géométrie et l’esprit de finesse, refuse de voir son humanité bafouée par le totalitarisme industriel. Et par là, celle de tous. Cette grande personne diffère des autres adultes : elle s’occupe d’autre chose que d’elle-même. Elle vit du sacrifice, qui n’est ni renoncement aux biens de la vie ni mortification du pénitent, mais don gratuit. C’est ce que l’on donne qui nous fonde. Le métier d’aviateur est un outil de la transcendance vers plus vaste que soi. Alors, malgré les fractures, les vertèbres cassées, bien qu’il ait passé la limite d’âge au point d’être le doyen des pilotes de guerre dans le monde, Saint-Ex rejoint l’Afrique du Nord en mars 1943 et ronge son frein, en réserve de commandement. En février 1944, il sollicite une audience, à Naples, auprès du général Eaker, commandant des forces aériennes du théâtre d’opérations méditerranéen, dont dépend le groupe 2/33. Le commandant lui accorde cinq missions. Mais Saint-Ex, réintégré en mai, les enchaîne comme un jeune homme, au mépris des nouveaux accidents qui ne manquent pas de se produire. Le 31 juillet, alors que son chef d’escadrille, soucieux de le protéger, a prévu de le mettre dans le secret du débarquement Sud pour l’empêcher de voler, il décolle pour une mission de reconnaissance dans la région de Grenoble et d’Annecy, près de son pays d’enfance. Le grand homme redevient chevalier des contes de fées, rêvant peut-être, comme dans Pilote de guerre, à sa gouvernante protectrice. Avant, sans doute, d’être abattu et de sombrer au large de Marseille.

Le credo de Saint-Exupéry se lit sous sa forme la plus ardue dans Citadelle, publié en 1948. « Auprès de cet écrit, tous mes autres bouquins ne sont qu’exercices ». Durant toute la guerre, face à l’avancée de la Machine, l’écrivain n’en a jamais démordu : il fallait parler aux hommes, refuser la vision mécaniciste du monde, le primat de l’analyse et de la dissection (non pas exclusives mais plutôt complémentaires de la synthèse et de la totalisation). D’où une Bible nouvelle. Parce qu’ils parlent d’un chef, parce qu’ils énoncent le sens de la hiérarchie, parce qu’ils évoquent le pouvoir, les chants de Citadelle ont pu être tenus pour une preuve des ambiguïtés de l’auteur. L’éloge de la dévotion au métier, au service, ne justifie-t-elle pas tous les fanatismes ? Que ces logorrhées nocturnes enregistrées au dictaphone et transcrites au matin par une dactylo soient évasives et confuses est inévitable ; que l’on ne s’efforce pas de lire leurs nuances est autre chose. Le pouvoir, tout dépend de ce qu’on en fait. Les chefs, tout dépend de ce qu’ils font. Contre les sanguinaires, contre les machinistes prêts à humilier l’homme, Saint-Ex, l’un des derniers chevaliers, a montré par l’exemple que les citadelles spirituelles ne se bâtissent que sur le don et l’abnégation. Entre la puissance d’Attila et la civilisation de Pascal, il avait choisi.

 

Renaud Garcia
Printemps 2021

Lectures

  • Écrits de guerre, 1939-1944, Gallimard, Folio, 1994.
  • Pilote de guerre, Gallimard, Folio, 1942.
  • Carnets, Gallimard, Folio, 1999.
  • Citadelle, Gallimard, Folio, 1998.

Notes

12. Cf. Notre Bibliothèque Verte n°10 & 11. Simone Weil et Georges Bernanos :

http://www.piecesetmaindoeuvre.com/spip.php?page=resume&id_article=1352

13. Cf. Jeffrey Herf, Le modernisme réactionnaire. Haine de la raison et culte de la technologie aux sources

du nazisme, L’Échappée, 2018.

14. Cf. de Gaulle, Vers l’armée de métier.

15. Cf. la comédie utopique RUR. Russum’s Universal Robots.

16. Publié en 1944 à Rio de Janeiro par le comité de la France libre.

 

 

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