Jacques Ellul, « Plaidoyer contre la “défense de l’environnement” »

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Jacques Ellul

Plaidoyer
contre la “défense de l’environnement”
(1972)

 

Les bonnes résolutions et leurs limites

Lorsqu’il y a trente ans quelques rares originaux dénonçaient la destruction du cadre naturel, l’emploi de produits chimiques apparemment bénins mais réellement nocifs, la perturbation des “cycles naturels”, etc. ; lorsqu’il y a vingt ans, avec plus de précision, on essayait d’alerter l’opinion sur les “nuisances” (le terme n’était pas encore à la mode) en prenant des cas très précis comme ceux de Lacq, du DDT, des pesticides ; les réactions provoquées étaient de commisération : pessimiste, anti-technicien, rétrograde, médiéval, romantique, tels étaient les épithètes habituelles qui répondaient à ces « vues simplistes de Cassandres de Café du Commerce » (je cite !).

Or, hélas !, tous les faits depuis vingt ans nous ont donné raison. Et ce sont parfois les mêmes qui nous attaquaient si vivement qui aujourd’hui entrent avec ferveur dans la « défense de l’environnement ».

Si maintenant je dis non à cette défense, ce n’est pas parce que j’ai changé d’avis, mais parce que je refuse le mensonge d’une pareille entreprise. Car il n’y a strictement aucune mesure proposée qui soit apte à défendre l’environnement : il y a seulement des illusions et des faux-semblants qui permettent de se donner bonne conscience et sécurité. (suite…)

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« TGV : gagner du temps et perdre sa vie »

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TGV : gagner du temps
et perdre sa vie

Contre la LGV Paris-Bordeaux
Contre le despotisme de la vitesse
Contre le totalitarisme technologique

À Bordeaux, les 1er et 2 juillet 2017, deux journées de festivités sont organisées pour célébrer l’arrivée du train à grande vitesse sur la ligne Paris-Bordeaux – ou plutôt Tours-Bordeaux, puisque le premier tronçon est en service depuis 1990. Nous ne voudrions surtout pas gâcher la fête, juste donner quelques raisons de ne pas se prosterner devant le TGVeau d’or, cette nouvelle idole de la religion du progrès, et signifier à ses grands prêtres qu’il existe encore quelques sceptiques, à défaut d’une opposition organisée aux nuisances et aux nuisibles.

En 1988, le Bordelais Jacques Ellul écrivait, dans Le Bluff technologique : « Le TGV Sud-Ouest est une absurdité : le trajet Paris-Bordeaux se fait en 4 heures. Avec le TGV on le fera en 3 heures. Est-ce que vraiment une heure de gagnée vaut les 15 milliards de francs prévus pour cette entreprise ? » Près de trente ans plus tard, la question reste posée : ces pauvres 54 minutes « gagnées » avec la ligne à grande vitesse (le trajet
Paris-Bordeaux se faisait en 2 heures 58 avant les travaux de la LGV Tours-Bordeaux, contre 2 heures 4 annoncées désormais) valent-elles les 9 milliards d’euros engagés (7,8 milliards pour la ligne, 1,2 pour les aménagements) ? 160 millions d’euros dépensés par minute « gagnée »… on savait que le temps c’est de l’argent, mais là c’est de l’or pur ! Et la liste est longue de tout ce qui a été perdu pour ces quelques minutes volées, à commencer par les dégâts causés aux 5 300 hectares d’espaces naturels, agricoles ou forestiers, pour poser les 302 kilomètres de la LGV – « un massacre environnemental », « une plaie béante » selon des associations de protection de la nature –, dégâts qui seront, on nous l’affirme, entièrement « compensés ». Comme si l’on pouvait compenser un tel saccage en marchandisant la nature.

Rappelons brièvement les conditions de ce partenariat public-privé (PPP) : Lisea, le consortium piloté par Vinci (parkings, autoroutes et aéroports, voir Notre-Dame-des-Landes), a obtenu, contre le financement d’un peu plus de 50 % du projet, une concession de cinquante ans, de 2011 à 2061, pour construire et gérer cette LGV, la première ligne ferroviaire sous concession privée en France. En échange, il perçoit les péages que versera tout opérateur pour le passage de ses rames sur la ligne. Comptant sur cette manne pour se rembourser (entre 10 000 et 15 000 euros le passage selon le type de train), Lisea veut bien sûr voir circuler le plus possible de rames sur sa ligne, COP 21 ou pas. C’est ainsi qu’il a imposé 18,5 allers-retours par jour à Guillaume Pepy, le PDG de la SNCF, lequel avait pourtant calculé que 13 étaient bien suffisants. Conséquence de ce racket : dans son budget 2017, la SNCF a inscrit une perte de 90 millions d’euros pour seulement six mois d’exploitation. Ce qui présage 180 à 200 millions d’euros de déficit annuel. Si l’on ajoute que l’État a dû se porter caution des crédits contractés par les partenaires privés du projet, et donc que c’est l’argent public qui devrait, in fine, assumer l’investissement, on voit qui payera ce nouveau carrosse des classes supérieures. Ce sont les clients (qu’on appelait « usagers » du temps du service public et du sacro-saint prix unique du kilomètre sur tout le territoire) qui seront rançonnés, la hausse prévue étant par ailleurs proportionnellement bien plus importante sur les billets de seconde classe que sur ceux de première, alors que les sièges de celle-ci bénéficieront de la dernière technologie, véritables bureaux connectés avec sièges pivotants, prise de courant, port USB, Wifi gratuit, liseuse personnelle et mini-tablette permettant de brancher son smartphone. Ainsi, les « turbo-cadres » ne quitteront pas leur open space(suite…)

Marius Blouin, « Ce que signifie “avoir les moyens” (au-delà du capitalisme – et pire encore) »

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Marius Blouin

Ce que signifie « avoir les moyens » (au-delà du capitalisme – et pire encore)

Texte publié le 3 mars 2017 sur le site de Pièces et main-d’œuvre

Suivant les idées reçues de Marx et d’Ellul, et pieusement répétées par leurs disciples, les systèmes capitaliste et technicien partageraient un trait commun ; ce seraient tous deux des systèmes automates. Autonomes, c’est-à-dire, ne recevant leur loi, nomos, que d’eux-mêmes. Des « processus sans sujet », uniquement mus par la « force des choses », sans autre but que leur reproduction, leur « auto-accroissement » perpétuel (toujours plus de capital, toujours plus concentré ; toujours plus de technologie, toujours plus expansive). Bref des moyens sans maître et sans autre fin que leur auto-reproduction en perpétuel emballement.

Quant aux capitalistes et aux techniciens, ils ne seraient que les « fonctionnaires » asservis du capital ou de la technique, des instruments impersonnels et interchangeables, non moins soumis à leurs lois que les exécutants de base, et donc irresponsables de leur expansion universelle.

Or ces idées qui prennent l’apparence pour la réalité succombent à l’examen. Les capitalistes ne sont pas réductibles aux « fonctionnaires du Capital », ni à des financiers fous ou à des accapareurs pathologiques. Ce sont des passionnés de puissance qui accumulent les moyens de la puissance dans la société de leur temps : les vaches, la terre, les armes, l’argent, les machines. Que ces moyens changent, ils changent de moyens.

Le système technicien qui est le double entrelacé du capital industriel depuis 200 ans, n’est pas plus « automate », ni « autonome » que lui. Il n’y a pas de « force des choses », sauf à sombrer dans la pensée magique et l’anthropomorphisme, (les objets se « cachent », ils ont de la « malice », etc.) et à s’imaginer que les jouets s’éveillent la nuit pour vivre leur vie secrète.

Il faut distinguer entre la logique intrinsèque et virtuelle de « l’art de faire », du « savoir-faire » – la tekhnê – la mékhaniké teckhnê par exemple, l’art de faire une machine, et son actuel développement par certains hommes. La logique virtuelle « des choses », leur rationalité, présente bien l’aspect automate du système technicien, du capitalisme technologique (et de leur emballement conjoint), mais cette logique virtuelle, cet automatisme, ne peut rien par lui-même, tant qu’il n’est pas actualisé et activé par des hommes qui « ont les moyens », qui « veulent des moyens », qui « se donnent les moyens », etc. Et ils le font, au niveau platement empirique et historique, contre la volonté d’autres hommes, et contre d’autres rationalités, d’autres « logiques des choses », qui perdent en général. (suite…)

Stoppez les machines ! Lisez Ellul, lisez Charbonneau !

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Bernard Charbonneau & Jacques Ellul. Deux libertaires gascons unis par une pensée commune vient de paraître. Présentation et choix d’extraits par Jean Bernard-Maugiron. Le fichier pdf de la version en ligne (reproduction et diffusion libre) est disponible
en cliquant ici.

Vous pouvez également commander l’ouvrage (84 pages, format 154 x 236)
en envoyant vos coordonnées à l’adresse

lesamisdebartleby[at]free.fr

(Participation aux frais d’impression et d’envoi : 10 euros)

 

Jacques Ellul, « L’idéologie du travail »

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Jacques Ellul

L’idéologie du travail
(in Foi et Vie n° 4, 1980, sous le pseudo de P. Mendès)

Il faut, avant toute recherche ou réflexion sur le travail dans notre société, prendre conscience de ce que tout y est dominé par l’idéologie du travail. Dans la presque totalité des sociétés traditionnelles, le travail n’est considéré ni comme un bien ni comme l’activité principale. La valeur éminente du travail apparaît dans le monde occidental, au xviie siècle, en Angleterre, en Hollande puis en France et elle se développe dans ces trois pays au fur et à mesure de la croissance économique.

Comment s’explique, d’abord, la mutation mentale et morale qui consiste à passer du travail peine ou châtiment, ou nécessité inévitable au travail valeur et bien ? Il faut constater que cette réinterprétation qui aboutit à l’idéologie du travail se produit lors de la rencontre de quatre faits qui modifient la société occidentale.

Tout d’abord, le travail devient de plus en plus pénible, avec le développement industriel, et apparemment plus inhumain. Les conditions du travail empirent considérablement en passant de l’artisanat, et même de la manufacture (qui était déjà dure mais non pas inhumaine) à l’usine. Celle-ci produit un type de travail nouveau, impitoyable. Et comme, avec la nécessité de l’accumulation du capital, le salaire est inférieur à la valeur produite, le travail devient plus envahissant : il recouvre toute la vie de l’homme. L’ouvrier est en même temps obligé de faire travailler sa femme et ses enfants pour arriver à survivre. Le travail est donc à la fois plus inhumain qu’il ne l’était pour les esclaves et plus totalitaire, ne laissant place dans la vie pour rien d’autre, aucun jeu, aucune indépendance, aucune vie de famille. Il apparaît pour les ouvriers comme une sorte de fatalité, de destin. Il était alors indispensable de compenser cette situation inhumaine par une sorte d’idéologie (qui apparaît d’ailleurs ici comme correspondant exactement à la vue de l’idéologie chez Marx), qui faisait du travail une vertu, un bien, un rachat, une élévation. Si le travail avait encore été interprété comme une malédiction, ceci aurait été radicalement intolérable pour l’ouvrier.

(suite…)

Ellul-Charbonneau, « Origine de notre révolte »

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Jacques Ellul
Bernard Charbonneau

Origine de notre révolte

(Première partie des Directives pour un manifeste personnaliste, Bordeaux, 1935)

Naissance de la conscience révolutionnaire

1. Un monde s’était organisé sans nous. Nous y sommes entrés alors qu’il commençait à se déséquilibrer. Il obéissait à des lois profondes que nous ne connaissions pas – qui n’étaient pas identiques à celles des sociétés antérieures. Personne ne se donnait la peine de les chercher, car ce monde était caractérisé par l’anonymat : personne n’était responsable et personne ne cherchait à le contrôler. Chacun occupait seulement la place qui lui était attribuée dans ce monde qui se faisait tout seul par le jeu de ces lois profondes.

2. Nous trouvions aussi notre place marquée et nous devions obéir à un fatalisme social. Tout ce que nous pouvions faire, c’était de bien remplir notre rôle et d’aider inconsciemment au jeu des lois nouvelles de la société. Lois en face desquelles nous étions désarmés – non seulement par notre ignorance, mais encore par l’impossibilité de modifier ce produit de l’anonymat – l’homme était absolument impuissant en face de la Banque, de la Bourse, des contrats, des assurances, de l’Hygiène, de la TSF, de la Production, etc. On ne pouvait pas lutter d’homme à homme comme dans les sociétés précédentes – Ni d’idée à idée.

3. Cependant, malgré notre impuissance, nous sentions la nécessité de proclamer certaines valeurs et d’incarner certaines forces. – Or le monde qui nous offrait une place était entièrement construit sans tenir compte de ces valeurs et en dehors de ces forces. Il était équilibré sans que puisse jouer ce qui nous paraissait nécessaire (les libertés de l’homme, son effort vers sa vérité particulière, son contact avec une matière familière, son besoin d’unir la justice et le droit, sa nécessité de réaliser une vocation) ; on offrait bien une place pour ces forces, mais c’était une place inutile, où elles pouvaient s’épuiser stérilement, sans effet dans cette société. Ainsi se posait un double problème : un problème général et un problème personnel.

4. Le problème général consistait à se demander si la valeur de l’homme réside dans la valeur d’un homme pris au hasard dans une société ou dans la valeur de la société où vit un homme. Si, en somme, la société (quels que puissent être ses défauts abstraits ou pratiques mais généraux) reçoit sa valeur des hommes qui la composent, pris un à un, ou si les hommes reçoivent tous d’un bloc, du fait de leur adhésion à une société, les qualités abstraites et générales prévues pour cette société.

5. Le problème personnel consistait à se demander si nous pouvions incarner effectivement la nécessité que nous portions en nous. Si nous pouvions réaliser notre vocation – c’est-à-dire avoir une prise réelle dans cette société au nom des valeurs qui nous faisaient agir et qui étaient pour nous une contrainte intérieure. – Cette contrainte rendait le problème effectif et non pas seulement intellectuel. (suite…)

Jacques Ellul, « Le naufrage de la gauche »

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Jacques Ellul

Le naufrage de la gauche
(1975, in Trahison de l’Occident)

Et quelle est donc, désormais, la position de la gauche envers les pauvres, qui étaient sa seule vérité ? La terrible aventure de Makhno n’a pas été un accident de parcours, elle n’a pas été une erreur, elle n’a pas été une déviation regrettable mais oubliée : elle a été le point de départ d’une évolution qui s’est déroulée avec une rigueur implacable et qui a défiguré la gauche. Elle était d’ailleurs inscrite déjà dans la construction si subtile de la stratégie et de la tactique par Lénine. Il dit, tout le monde le sait, qu’il faut d’abord calculer les chances de la révolution. Il faut choisir ce qui peut servir à la révolution. Il faut s’allier avec n’importe quelles forces qui, actuellement, favorisent (volontairement ou non) la révolution. Il faut rejeter celles qui risquent de la desservir. Ainsi peut-on condamner la révolte des Tchèques contre l’oppression austro-hongroise. Ainsi, bien plus tard, on peut faire alliance avec Hitler. Ainsi, bien plus tôt, on peut laisser écraser les Spartakistes et Rosa Luxembourg. Les pauvres ? ils sont une pièce de l’échiquier. Ils sont un levier pour la stratégie ou la tactique. Ils sont une armée de réserve. Et si le prolétariat chômeur est l’armée de réserve du capitalisme, le prolétariat pauvre n’est rien de plus que la masse de manœuvre et l’armée de réserve de la révolution. Celle-ci est devenue une sorte de déesse transcendante, dont l’évocation suffit comme raison dernière, justification absolue, objectif qualificateur, sens et limite. Les pauvres n’ont aucune valeur par eux-mêmes, ils ne sont pas défendus et protégés parce que pauvres, parce qu’hommes détruits et aliénés. La gauche ne « s’intéresse » à telle catégorie de pauvres que dans la mesure où ils servent le grand dessein, où ils peuvent être inscrits dans son plan, où ils acceptent aussi le rôle de pion, de masse de manœuvre, de troupe anonyme, dans un ensemble qui est l’équivalent d’une armée.

(suite…)

Jacques Ellul, « L’utopiste, géomètre et technicien »

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Jacques Ellul

L’utopiste, géomètre et technicien
(1975, in Trahison de l’Occident)

L’Occident est trahi. Ceux qu’il a conquis et convertis à lui-même ont retourné contre lui ses propres armes. L’Occident s’est trahi. Ses propres enfants le couvrent de sarcasmes et d’insultes, plus personne, s’il veut encore se reconnaître européen, ne peut plus tolérer de porter la charge de l’Occident. Mais il s’est trahi lui-même, et ce qui se passe aujourd’hui est en effet le fruit d’un très long processus, où tout s’est retourné – où chaque conquête a été durement payée ; pour être ensuite inversée. Nous avons dit incidemment que le langage raisonnable avait produit la perte irréparable du mythe, de la capacité créatrice, évocatrice… lourde rançon. Mais le pire fut, au fil du progrès, de voir l’impossibilité de rester où l’Occident avait créé sa propre grandeur. Tout fut inversé, dans un certain mouvement. Tout fut porté au paroxysme, alors qu’il eût fallu, au contraire, la plus grande maîtrise, la plus grande discrétion. La liberté découverte produisit l’esclavage des autres peuples, et en Occident même celui des travailleurs : effroyable malédiction. La liberté provoquant non seulement des crimes mais son contraire – si bien que l’on ne pouvait plus, en rien, la prendre au sérieux, on ne pouvait plus la considérer que comme un mensonge, une illusion, une hypocrite déclaration de principes ; permettant le déchaînement des plus forts. Un exemple d’inversion. La raison s’est traduite dans un rationalisme borné, en prétendant la pousser jusqu’au bout – c’est-à-dire en faire un paroxysme. Étrange retournement ici encore. La raison faite de mesure engendrait la démesure d’une raison dévorante, exclusive, autoritaire, hargneuse, inquisitoriale. La raison faite de clarté plongeant dans la confusion des croyances primaires avec le scientisme. Paroxysme au lieu de mesure. Comme une malédiction secrète, tout ce que l’Occident a déclenché, inventé, tout a été détourné de ce qu’il devait être. Nous sommes bien au-delà des conflits de classe et des interprétations sociologiques. L’Occident avait visé trop haut. Trop haut dans la perfection, il atteignit la puissance. Tel est son drame final.

 

La trahison de la raison et de l’histoire :
l’utopiste, géomètre et technicien

La raison inventée par l’Occident a donc été trahie. Et nous pouvons mesurer trois degrés. Nous parcourrons rapidement les deux premiers parce qu’ils sont bien connus. La raison a engendré la rationalité. Ratio, en latin, c’était la mesure. La rationalité fut l’orgueil d’une mensuration universelle. Tout soumettre à la raison, tout faire entrer dans un cadre de rationalité, n’accepter aucune dérogation, aucun excès, aucune ombre. L’impondérable ou le non-mesurable ne devait plus exister. La raison qui était la mesure exacte de soi-même, le garde-fou contre les délires, est devenue l’origine d’un nouveau mode d’être, celui de la mensuration. Seul ce qui se pèse, se dénombre, se mesure existe. Mais comment ne pas voir que dans la simple formulation de ce mot « seul », est déjà incluse la contradiction de la raison. Car celle-ci était la mesure de la démesure de l’homme. Elle était le frein à son hybris, elle était la ligne droite correcte qui pouvait enfin être tracée. Elle était le compas, la carte et le sextant qui permettaient au capitaine de tracer la course exacte de son navire, mais elle n’était pas la négation du vent fou qui pousse le navire. Pour être elle-même, elle supposait au contraire que soit toujours en action la force souterraine qui donne l’être et l’intègre, la ressource d’où surgit le torrent des possibles. Au contraire, dans l’exaltation de la découverte d’un si merveilleux instrument, l’homme a plongé dans l’extrême en niant ce qui le faisait vivre ! Mais l’absolu de la rationalité s’accompagnait d’une autre déviation pire, le rationalisme. Ici nous sommes passés dans l’univers du mythe et des croyances. Mais chose étrange, le Dieu est devenu la Raison. Autrement dit, on s’est mis à adorer ce qui était le destructeur normal (ou tout au moins la mise en question) des adorations. Le rationalisme fait de la raison ce en quoi l’on croit, ajoute une dimension mythique à ce qui est l’inverse du mythe. Mais comme toute pensée religieuse, le rationalisme devient incohérent, étroit, sectaire, borné. Rien de plus mesquin que les rationalistes du XIXe siècle. La raison qui est ouverture et maîtrise de soi devient exclusion de l’autre et refus a priori de ce qui n’a pas un aspect rationnel. Inutile d’insister sur ces deux aspects si souvent dénoncés, si souvent mêlés à la critique de l’Occident. Par contre, le troisième me paraît aujourd’hui devoir retenir l’attention à cause du succès de l’utopisme et des erreurs commises à son sujet (1). (suite…)

Jacques Ellul, « Trahison de l’Occident »

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Jacques Ellul

Trahison de l’Occident
(1975, conclusion)

Quos perdere vult, Jupiter dementat*

J’aime l’Occident malgré ses vices et ses crimes. J’aime la vision des prophètes et la grâce du Parthénon, j’aime l’ordre romain et les cathédrales, j’aime la raison et la passion de la liberté, j’aime la perfection de ses campagnes, la mesure de ses produits et la grandeur de son projet, j’aime l’Occident… Je sais, je sais, les mines du Laurion et les crucifixions d’esclaves, je sais les massacres des Aztèques et les bûchers de l’Inquisition, mais malgré tout, le crime n’est pas l’histoire de l’Occident, et ce qu’il a porté dans le monde dépasse infiniment ce qu’il a fait contre des sociétés ou des individus. Mais il est vain de parler. Et ce livre une fois de plus me donne le sentiment de l’acte parfaitement inutile, car personne ne pourra l’accueillir, personne ne peut plus dans ce monde occidental croire à cette vocation ni à cette grandeur. Nous sommes pris dans une sorte de fatalité que rien, semble-t-il, ne peut plus dénouer, puisque les adeptes du Christ eux-mêmes se ruent dans la fatalité de cette destruction. Seule la négation de tout ce qui est occidental, de tout ce que l’Occident a produit peut aujourd’hui satisfaire les hommes de ce même Occident. Nous assistons dans toute l’Europe et l’Amérique à une sorte de mystère, nous sommes pris dans une procession gigantesque de flagellants qui se déchirent mutuellement, et eux-mêmes, avec les pires fouets. Nous nous sommes déguisés, pour que personne ne puisse reconnaître ce que furent les vertus des hommes de notre monde, nous nous sommes barbouillés de peinture et de sang pour manifester notre mépris envers tout ce qui a fait la grandeur qui nous a faits. Et nous nous flagellons avec hystérie pour des crimes que nous n’avons pas commis. Nous assistons avec joie, enthousiasme uniquement à ce qui nie, détruit, dénature, ce qui fut l’œuvre de l’Occident. Nous trépignons sur son corps et crachons à son visage. Si le XIXe siècle a trahi par la bonne conscience (qui ne fut jamais la vérité de l’Occident), nous, nous trahissons par la mauvaise conscience, qui devient à la limite pur délire. Quand on voit le cinéma des vingt dernières années, on est confondu de se rendre compte que seuls les films qui ont diffusé le mépris, l’ordure, la flagellation ont réussi. Et nul argument ne peut servir en face de ces évidences, de ces lieux communs totalement acceptés. Nulle raison. Nulle prise de conscience. On ne « prend conscience » que d’une seule « vérité » : l’ignominie du monde occidental. Je vois marcher l’Europe à grands pas vers sa fin. Non pour des raisons économiques ni techniques ni politiques, non qu’elle soit submergée par un tiers-monde, en réalité impuissant, non qu’elle soit aussi mise en question par la Chine, mais parce qu’elle est partie pour son suicide. Toutes les conduites (je dis bien toutes) des techniciens, des bureaucrates, des politiciens, et en plein accord fondamental, malgré la contradiction apparente, les discours des philosophes, des cinéastes, des scientifiques sont toutes des conduites suicidaires. Tout facteur positif qui peut apparaître est aussitôt retourné, déformé, inverti, pour devenir un nouveau chef d’accusation ou un moyen de destruction. La gauche a triomphalement rejoint la droite dans cette course à la mort, et le christianisme célèbre ses noces avec le marxisme pour procéder à la mise à mort de la vieille carne impuissante qui fut la gloire du monde. Dans cet accord des plus opposés, unanimes sur ce seul point, je ne puis voir une démarche naturelle et un développement spontané ; que les arguments les plus forts, les démonstrations les plus solides, les dangers les plus évidents, les valeurs les plus éprouvées, les certitudes les plus scientifiques ne servent à rien, que l’on ne puisse déplacer d’un millimètre la décision technicienne ou le discours pseudo-révolutionnaire, tous concordants pour cette négation de l’Occident, prouve qu’il y a autre chose. Nous ne sommes pas, en présence de cette unanimité et de cette inflexibilité, devant une décision consciente clairement prise en connaissance de cause, la récusation du procès dialectique qui était la vie même de l’Occident, l’aveuglement total devant le risque de faillite, la rage destructrice, incombe à ce que certains ont appelé Destin, Fatalité, d’autres Jupiter ou Nemesis. (suite…)

PMO : « Machines arrière ! »

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Machines arrière !
(des chances et des voies d’un soulèvement vital)

 

(Texte mis en ligne le 8 mars 2016 sur le site de Pièces et main d’œuvre)

 

 

Une revue universitaire vient de nous poser l’une de ces questions qui remplissent les bibliothèques de livres et les penseurs d’angoisse depuis 1945 : « Quelle forme est-il encore envisageable de donner à la résistance ? Peut-on espérer voir se lever les populations superflues contre le capitalisme technologique et ses soutiens politiques ? »

Il faudrait pour répondre à pareilles questions avec une certitude scientifique, maîtriser la théorie du chaos et connaître la situation dans toutes ses conditions initiales et toutes les chaînes de réactions qu’elles peuvent déclencher. Heureusement, ni les big data, ni les logiciels des sociologues et de la Rand Corporation, malgré tous leurs modèles, ne peuvent encore traiter l’avenir comme un mécanisme programmé.

Le plus sage serait de dire, oui, on peut espérer un tel soulèvement, mais ses formes, par nature, sont indéterminables, et c’est d’ailleurs ce qui en fera un véritable soulèvement et lui donnera une issue possible. Nous n’obéissons à nul destin. Tant qu’il y aura de la vie et de l’humain, l’irréductible liberté nous ouvrira une issue de secours.

Il y a cependant derrière ces deux questions, une troisième informulée, qui se résume classiquement par : Que faire ? et à laquelle tout partisan de l’émancipation s’efforce de répondre, en paroles et en actes. Que peut cet individu ? Que peut-il avec ses semblables pour transformer la situation donnée ? Et d’abord quelle est cette situation ? Qui sont les superflus ? Qu’est-ce qui les émeut ? Comment leur vient la critique ? Que sont les radicaux et comment peuvent-ils révéler aux superflus, le contenu même de leur rêve ancien ? Quelles sont les oppositions entre extrémistes et radicaux, et pourquoi les extrémistes sont les pires ennemis de toute radicalité ? Quels buts et moyens peuvent se fixer les partisans du soulèvement vital ?

Il ne s’agit pas ici d’un traité systématique. Nous avons tâché d’articuler sous une forme claire et sommaire, des éléments retenus de nos lectures, de nos observations, de notre expérience depuis quelques lustres : des matériaux de base. La pensée et le passé. Le rêve ancien du monde. La clarté des humanités. Des éclairs de Marx, Pascal, Rabelais. Un retour sur Debord et « la construction des situations». Les ZAD, le Chiapas et l’Etat islamique. L’anthropologie mimétique et le refus des politiques identitaires. Une théorie des idées et des propositions pratiques.

Faute d’avoir à offrir, comme d’autres, un grandiose plan stratégique, nous avançons les quelques directions dont nous sommes sûrs, jusqu’à ce que les faits les contredisent, pour servir ce que de bon semblera.

(suite…)

Ivan Illich, Hommage à Jacques Ellul

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Ivan Illich

Hommage à Jacques Ellul 

Intervention en français à l’Institut d’études politiques
de Bordeaux, le 13 novembre 1993, publiée dans
La Perte des sens, Fayard, 2004

Monsieur Ellul,

C’est pour moi un honneur et une grande joie que d’être invité par Daniel Cérézuelle à participer à cet hommage. Monsieur Ellul – j’aimerais plutôt dire maître Jacques –, j’ai été touché par votre comparaison du maître avec le bœuf qui, en tirant la charrue, ouvre un sillon. Je me suis efforcé de vous suivre dans un esprit de filiation, avec tous les faux pas que cela implique. Veuillez accepter la moisson et reconnaître les fleurs dans ce que vous pourriez regarder comme de mauvaises herbes.

Ainsi puis-je exprimer ma gratitude envers un maître à qui je dois une orientation qui a infléchi de façon décisive mon chemin depuis quarante ans. Ma dette à son égard est indiscutable, et j’ai pu le vérifier tout récemment d’une façon particulière.

Pour préparer mon intervention lors de cette séance, je souhaitais relire une vingtaine de vos ouvrages que je n’avais pas sous la main. Mon élève et ami José Maria Sbert a puisé dans sa bibliothèque pour me procurer cette moitié de votre œuvre – des volumes qu’il avait abondamment annotés, sans craindre d’en souligner des paragraphes entiers. Ayant passé mes soirées avec ce trésor, j’ai été confondu par la nouveauté et la vivacité avec lesquelles, au long des années, vous ne cessez de reprendre vos intuitions fondamentales des premiers temps en les clarifiant toujours davantage. Votre ténacité, votre humilité et votre magnanimité devant la critique font de vous un modèle qu’il faut saluer. (suite…)

Radioscopie : Jacques Ellul

Emission enregistrée à Bordeaux et diffusée le 1er octobre 1980 sur France Inter

«Du bluff technologique à l’esbroufe artistique»

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Du bluff technologique
à l’esbroufe artistique 

Contre les projets d’art contemporain de la commande Garonne, et en particulier la mise au puits de l’œuvre de Jacques Ellul par Suzanne Treister

Décidément, les aménageurs n’en peuvent plus d’attentions envers les aménagés. Après la commande artistique Tramway (3 millions d’euros pour les deux premières tranches) qui nous a déjà valu une douzaine d’« œuvres » aussi ridicules que prétentieuses, Bordeaux Métropole (ex-CUB) nous annonce sa nouvelle commande Garonne (12 artistes, 8 millions d’euros) censée agrémenter nos rives dès l’an prochain.

Parmi les projets retenus par un petit cénacle d’oligarques (on ne va tout de même pas demander son avis à la populace), un monumental orgue à 36 sifflets qui fonctionnerait grâce aux rejets de vapeur de l’usine de retraitement des déchets de Bègles et qui nous donnerait, la chose peut être utile, l’heure de la pleine mer. « C’est une œuvre très complexe techniquement », nous prévient la réalisation artistique, qui ajoute  : « L’usine et l’œuvre vont faire corps. » Le mariage de l’Art et de l’Industrie  : on ne vous l’a pas soufflé. Quant à M. Duchêne, aménageur en chef à la Métropole, il nous affirme que ce projet « apporte une certaine forme de poésie dans une zone industrielle qui ne s’y prête pas forcément ». La poésie des ordures… on en est tout émus. Mais le gros lot, c’est une artiste anglaise, Suzanne Treister, qui l’emporte avec son triptyque à 1,5 million d’euros. Bingo !

La première des trois œuvres, une bibliothèque d’ouvrages de science-fiction, sera installée dans le grand équatorial de l’observatoire de Floirac. Six étagères murales, ça ne mange pas de pain, mais pourra-t-on emprunter les livres ? Combien ? Aucune information à ce sujet sur le site de Bordeaux Métropole, où l’on apprend toutefois que Suzanne Treister, après maints gribouillis psychédéliques, est « devenue une pionnière dans le champ du digital au début des années 90, en proposant des travaux autour des nouvelles technologies, et en développant des mondes fictifs et des organisations collaboratives internationales », et qu’elle a élaboré « par le biais de nombreux médias – vidéo, Internet, technologies interactives… – un large ensemble de travaux qui intègrent les récits excentriques et les champs de recherche non conventionnels, afin de révéler les structures qui relient le pouvoir, l’identité et le savoir ». On n’y comprend pas grand-chose mais qu’importe, on sent tout de suite que c’est du lourd. « Ses projets comprennent des réinterprétations fantastiques des taxonomies données et des histoires qui examinent l’existence de forces secrètes, invisibles et à l’œuvre dans le monde, qu’il s’agisse de celui de l’entreprise, du militaire ou du paranormal. » Mazette ! Et, en effet, la dame ne cache pas son goût pour l’occultisme, les sociétés secrètes, le spiritisme…, et se flatte d’avoir conçu un jeu de tarots ésotérico-subversif intégrant les figures d’Adorno, Arendt, Thoreau, Unabomber, Huxley, Zerzan, Mumford… mais, curieusement, pas celle d’Ellul. (suite…)

Jacques Ellul, contre l’art moderne et contemporain

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Jacques Ellul

L’Empire du non-sens

(1980)

Épitomé

Le futur indéfini

Le plus fort sentiment que puisse nous donner l’art moderne dans sa complexité est celui d’un futur indéfini. Au milieu d’un monde comme le technicien, qui se donne une apparence et de rigueur et d’exactitude, de prévisibilité et d’intelligibilité, l’art inverse le processus, mais l’inverse vainement. Il peut aussi bien dans son ambiguïté être le point final à l’architecture close de ce monde, ou la brèche de l’incertitude par laquelle une histoire pourrait se reproduire. Mais je crains que cette brèche ne soit que superficielle, soit en réalité une lézarde du revêtement décoratif, cependant que la paroi de béton reste derrière, inattaquée. Il faut tenter de savoir. Mais, dès l’abord, nous sommes en présence de prises de positions passionnelles. L’antithèse Francastel-Mumford est bien connue. L’attaque de Francastel contre Le Corbusier (réactionnaire politiquement en même temps que techniciste, développant dans ses théories les mythes sociaux du XIXe siècle, « interprète de la haine des inadaptés contre Paris »), contre Mumford (organiciste et humaniste banal, mystique du progrès (?), subjectif et non scientifique), et enfin contre Giedion (accusateur de la technique qui laisse l’homme écartelé, mutilé, affirmant des évidences sans preuves, ayant « une vue étroite dans l’appréciation du degré d’évolution de la pensée et de la sensibilité contemporaine »), procède exclusivement d’un enthousiasme de la technique, de la conviction politique du triomphe d’un socialisme qui résout tous les problèmes et d’une croyance parfaitement mythique dans la puissance de l’art pour transformer le monde. Il croit avec aveuglement que les techniques de tous ordres, y compris artistiques, sont au service de finalités majeures, l’art et la technique se conjuguent harmonieusement pour produire le monde nouveau humain par l’association des arts aux activités positives de la société, l’homme dans tous les cas exerce « son pouvoir démiurgique »… Nous avions déjà fait justice par avance de toute cette idéologie dans notre livre sur La Technique et l’enjeu du siècle. Inutile d’y revenir. Mais en face, la prise de position de Mumford, si mesurée dans Technique et civilisation, puis dans Art and Technics (1952), est devenue à son tour très passionnelle dans Le Mythe de la machine. Passionnelle parce que probablement désespérée. Il dresse un réquisitoire violent et sans concession contre l’art moderne qui est devenu pour lui l’« anti-art » (Mumford désigne en réalité par anti-art la totalité de l’art contemporain depuis 1945) exprimant un culte de l’anti-vie. Ce culte de l’anti-vie est apparu pour lui-même au même moment que, chez les physiciens, l’anti-matière. « Le non-art, l’anti-art sont des méthodes pour induire de vastes quantités de gens cultivés à relâcher leur prise déjà faible sur la réalité, à s’abandonner à la subjectivité creuse… la marque de l’expérience aujourd’hui appelée authentique est l’élimination du bon, du vrai, du beau… avec des attaques agressives envers tout ce qui est sain, équilibré, sensé, rationnel, motivé. Dans ce monde de valeurs inversées, le mal devient le bien suprême… un moralisme à l’envers. » « L’anti-art fait profession d’être une révolte contre notre culture hyper-mécanisée, hyper-enrégimentée. Mais en même temps, il justifie les produits suprêmes du système de puissance : l’anti-art acclimate l’homme moderne à l’habitat que la mégatechnologie est en train de susciter : un environnement dégradé par les décharges d’ordures… les piles nucléaires, les superautoroutes, etc., tout cela est destiné à être architecturalement homogénéisé… » « En faisant son propre objet de l’anéantissement subjectif dont nous menace la mégamachine, l’anti-artiste gagne l’illusion de vaincre le destin par un acte de choix personnel. Tout en paraissant défier le complexe de puissance et nier la régularité des routines, l’anti-art en accepte avec obéissance le résultat programmé. » (suite…)

Jacques Ellul, « Exister, c’est résister »

Écouter l’émission des Nouveaux Chemins de la connaissance

(France Culture, 2 novembre 2015)

“Le Système technicien”, par Jacques Ellul

Jacques Ellul, “Le Jardin et la ville”

Réalisé en 1972, Le Jardin et la ville est l’entretien filmé le plus ancien que nous connaissions de Jacques Ellul.
En voici un extrait de 15 minutes (pardon pour les pubs).