5G : l’entretien que vous auriez pu lire dans « Le Monde », par PMO

Nos lecteurs savent que nous ne faisons pas partie de la Société des Amis du Monde, l’organe central de la technocratie. Nous ne quémandons jamais la faveur d’une tribune dans ses pages « Débats », mais nous avons accepté pour la troisième fois en vingt ans, de répondre aux questions d’un de ses journalistes. Les deux premières fois, il s’agissait des nanotechnologies et de la tyrannie technologique ; cette fois de la 5G et du monde-machine.
L’article du Monde (« Protection de la santé, lutte contre le consumérisme… Pourquoi une partie de la gauche s’oppose à la 5G », 18/08/20 – à lire ici) vise essentiellement à valoriser les parasites et récupérateurs du type Piolle et Ruffin. Il n’était pas question que notre entretien paraisse in extenso. Raison de plus pour le publier nous-mêmes en ligne.

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Le Monde : Comment expliquez vous l’opposition croissante à la 5G et que des partis de gouvernement se joignent à ce combat qui était encore marginal il y a quelques mois ?

Pièces et main d’œuvre : La 5G est la dernière vague de l’emballement technologique qui, depuis 50 ans, accélère l’incarcération de l’homme-machine dans le monde-machine. Comme à chaque étape, une minorité refuse l’injonction à « vivre avec son temps », ainsi que la déshumanisation et la dépossession par l’automatisation.
Cette minorité – méprisée par la technocratie et ses porte-paroles médiatiques – s’est fait entendre plus que d’ordinaire à l’occasion du déploiement à marche forcée des compteurs-capteurs Linky. Nous avons animé des dizaines de réunions publiques à travers la France, réunissant des publics de plus de 100 personnes (avec des pointes à 300), même dans des villages, où s’exprimait ce refus du premier objet connecté imposé (voir ici). Si la presse nationale a longtemps ignoré ce mouvement démarré en 2016, puis l’a tourné en dérision (en gros, un mouvement de « ploucs » ignorants), une revue de la presse locale entre 2016 et 2019 donne un aperçu de l’ampleur et de l’intensité de ces débats avec des « gens normaux », non militants – d’abord surtout des retraités, puis de plus en plus de jeunes.
Après des années d’enquête sur la smart city, la ville-machine et la société de contrainte , nous, Pièces et main d’œuvre, avons été les premiers surpris par ce mouvement de fond. Lequel ne s’est pas arrêté avec le déploiement de Linky, mais a élargi sa réflexion au gaspillage énergétique de la société électrique, à la société-machine et à la 5G, indispensable à l’interconnexion des milliards d’objets connectés censés fonctionner à notre place. (suite…)

Theodore Kaczynski, par Renaud Garcia (Bibliothèque verte de Pièces et main-d’œuvre)

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Theodore John Kaczynski
(né en 1942)

Mise en ligne le 10 juillet 2020 sur le site de Pièces et main-d’œuvre

En 1996, le FBI mettait enfin la main sur Theodore John Kaczynski (dit « Ted »), alias Unabomber, devenu depuis la fin des années 1970 l’ennemi public n°1 aux États-Unis, en raison de ses attentats à la bombe ayant fait trois morts et une vingtaine de blessés. Adolescent solitaire, élève surdoué, Kaczynski entre à Harvard avec deux ans d’avance. Peu friand de mondanités universitaires, il y subit en outre des tests de conditionnement supervisés par le Pr. Henry Murray. Mathématicien de haut niveau refusant de faire carrière dans la recherche, il enseigne deux ans à Berkeley pour faire des économies avant de démissionner en 1969. Revenu chez ses parents, embauché sans succès dans l’entreprise de son frère cadet, il finit par acheter un lopin de terre non loin de Lincoln, dans le Montana, pour mettre en application son idéal de rupture avec le système techno-industriel. Le temps passant, sa bienaimée nature toujours plus défigurée, les gens aussi passifs que des rouages graissés, Kaczynski remâche sa haine de la civilisation moderne et se met à confectionner des bombes qu’il expédie, dans la plupart des cas, par courrier. Les victimes sont liées de près ou de loin à la recherche scientifique et au progrès industriel : le propriétaire d’un magasin d’ordinateurs ; un cadre d’une entreprise de publicité ; le président de la corporation de sylviculture de Californie. Toujours recherché après dix-sept ans, il envoie en 1995 un manifeste, signé du pseudonyme collectif FC (pour Freedom Club), aux rédactions du New York Times et du Washington Post. Il promet d’arrêter ses activités terroristes en échange de la publication de La société industrielle et son avenir. Une fois publié, son frère et sa belle-soeur reconnaissent dans le manifeste les grandes lignes de sa pensée et certains de ses tics langagiers. Ils le dénoncent aux autorités, qui l’arrêtent, suite à la traque la plus coûteuse de l’histoire du FBI, dans sa cabane de Stemple Pass Road. Depuis 1999 Ted Kaczynski purge une peine de réclusion à vie dans le quartier de haute sécurité de la prison de Florence, dans le Colorado. Cela ne l’a pas empêché de poursuivre sa réflexion, dans la mesure des moyens alloués. On dispose ainsi de près de trois-cents pages d’analyses et de correspondance, publiées en 2008, qui complètent en français la traduction du manifeste.

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Epicure, par Renaud Garcia (Bibliothèque verte de Pièces et main-d’œuvre)

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Mise en ligne le 10 juillet 2020 sur le site de Pièces et main-d’œuvre

Épicure
(341-270 av. J-C)

Les épicuriens

Peu de philosophes furent aussi combattus, calomniés et caricaturés qu’Épicure. Peu sont
parvenus à se constituer un auditoire aussi vaste et fidèle à travers les siècles, en dépit de la disparition de la plus grande part d’une oeuvre monumentale, réduite à trois lettres et diverses sentences plus ou moins authentifiées. Épicure le tard venu, l’insulaire né à Samos, pensant à l’ombre de Socrate, Platon et Aristote. Le sage du Jardin, dernier philosophe d’une époque de décadence : la cité-État s’est effondrée, l’homme grec de l’empire macédonien de Philippe, puis d’Alexandre, ne se reconnaît plus comme « animal politique ». Il trouve refuge dans les mystères de l’Orient ou dans l’acceptation stoïcienne d’un rôle sur la grande scène du

Cosmos, ordonné par la Providence. Au milieu des décombres, Épicure enseigne la joie de vivre, la sobre jouissance de notre nature sensible. On l’attaquera constamment pour cela : il manquerait à la vertu, ses disciples seraient des « pourceaux », voluptueux sans mesure, selon le poète latin Horace (65-8 av. J-C). Image sur laquelle s’appuieront les Pères de l’Église pour condamner les épicuriens, ces mécréants intéressés à jouir loyalement de leur être.

À Rome, son disciple Lucrèce (98-55 av. J.-C.) célèbre dans son poème De la nature la rébellion du philosophe irréligieux : « La vie humaine, spectacle répugnant, gisait sur la terre, écrasée sous le poids de la religion, dont la tête surgie des régions célestes menaçait les mortels de son regard hideux, quand pour la première fois un homme, un Grec, osa la regarder en face, l’affronter enfin. » Le blasphémateur fut le premier à « forcer les verrous de la nature » puis, vainqueur, il « revient nous dire ce qui peut naître ou non, pourquoi enfin est assigné à chaque chose un pouvoir limité, une borne immuable ». En réalité, Épicure ne nie pas les dieux. Il les éloigne dans des intermondes. Il ne veut rien leur confier, et surtout pas de fausses espérances. En revanche, en disant « ce qui peut naître ou non » et pourquoi chaque chose ne dispose que d’un pouvoir limité, Épicure reste un blasphémateur pour les apprentis sorciers contemporains, nouveaux possédés du progrès sans merci.

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PMO, « Et si nous sommes, qui sommes-nous ? »

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Et si nous sommes, qui sommes-nous ?

Mis en ligne par PMO sur son site le 10 juillet 2020


S’ils veulent exister collectivement – c’est-à-dire politiquement – dans le débat public et les rapports de force, anti-industriels et anti-autoritaires n’ont rien de plus important à faire que de se trouver un nom qui ne soit pas « anti-… », ni « alter-… », mais qui dise pour quoi au juste, ils se battent, puisque la seule chose que l’on sache d’eux, c’est qu’ils sont contre tout et son monde. Un nom c’est une idée. L’émergence de leur courant, occulté en tant que tel dans les médias et les esprits, dépend de sa capacité à se faire ce nom générique, positif et immédiatement compréhensible, qui échappe au condominium des saint-simoniens : libéraux et communistes, droite bourgeoise et gauche technocratique.

Celui de luddite n’a de sens qu’en pays anglophone mais punk, hippie et beatnick ont fini par s’imposer ici comme ailleurs. C’est l’avantage de l’impérialisme culturel. Les communistes libertaires, comme les chauves-souris, ont un mot de trop pour ne pas susciter l’ambiguïté et la méfiance. De même « l’écosocialisme », chimère rouge à pois verts, brevetée par le sociologue trotskyste, Michael Löwy et quelques-uns de ses pareils, pour rabattre au NPA et aux Insoumis, des individus décidément trop verts. L’anarchisme est trop vague, trop pollué et lié à l’industrialisme. Surtout depuis que queers et cyborgs, activistes de la reproduction artificielle et de l’auto-machination – technopoièse, autopoièse – ont usurpé des noms jadis honorables, féministes, libertaires, etc., pour renverser de l’intérieur le sens de l’émancipation, ajoutant l’eupoièse à l’eugénisme honni. Certes l’anarchie a souvent été le lieu commun de principes antinomiques, mais travestir Foucault, Butler et Preciado en successeurs d’Emma Goldman, Louise Michel et Kropotkine ; s’affranchir de notre dépendance envers une « mère » nature indifférente, abolir la reproduction libre et gratuite, pour s’asservir à la mère machine, au pouvoir des marchands et fabricants d’enfants, c’est arracher le vivant politique de ses conditions même d’existence ; et donc de toute possibilité d’autonomie.

Dommage, ils étaient sur la bonne voie ces naturiens de la fin du XIXe siècle, quoique affreusement minoritaires et raillés par leurs compagnons. Les actuels primitivistes devraient peut-être reprendre leur nom, à défaut d’imposer le leur (1). La décroissance fait son trou malgré son croassement ingrat et sa critique parcellaire concentrée sur la seule croissance. Elle est déjà, grâce au journal qui porte son nom, l’horrible alternative à l’économie politique pour tous les commentateurs, journalistes, politiques, économistes, etc. C’est bon signe. Mais le seul mot nouveau qui se soit imposé dans le public, en politique, depuis un demi-siècle, c’est l’écologie. (suite…)

PMO, « Leurs virus, nos morts »

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Pièces et main-d’œuvre

Leurs virus, nos morts

L’espoir, au contraire de ce que l’on croit,
équivaut à la résignation.
Et vivre, c’est ne pas se résigner.
Albert Camus, Noces

 

Les idées, disons-nous depuis des lustres, sont épidémiques. Elles circulent de tête en tête plus vite que l’électricité. Une idée qui s’empare des têtes devient une force matérielle, telle l’eau qui active la roue du moulin. Il est urgent pour nous, Chimpanzés du futur, écologistes, c’est-à-dire anti-industriels et ennemis de la machination, de renforcer la charge virale de quelques idées mises en circulation ces deux dernières décennies. Pour servir à ce que pourra.

1. Les « maladies émergentes » sont les maladies de la société industrielle et de sa guerre au vivant

La société industrielle, en détruisant nos conditions de vie naturelles, a produit ce que les médecins nomment à propos les « maladies de civilisation ». Cancer, obésité, diabète, maladies cardio-vasculaires et neuro-dégénératives pour l’essentiel. Les humains de l’ère industrielle meurent de sédentarité, de malbouffe et de pollution, quand leurs ancêtres paysans et artisans succombaient aux maladies infectieuses.

C’est pourtant un virus qui confine chez lui un terrien sur sept en ce printemps 2020, suivant un réflexe hérité des heures les plus sombres de la peste et du choléra. 

Outre les plus vieux d’entre nous, le virus tue surtout les victimes des « maladies de civilisation ». Non seulement l’industrie produit de nouveaux fléaux, mais elle affaiblit notre résistance aux anciens. On parle de « comorbidité », comme de « coworking » et de « covoiturage », ces fertilisations croisées dont l’industrie a le secret (1).

(suite…)

PMO, « Du « transidentitaire » à l’enfant-machine »

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Pièces et main-d’œuvre

Du « transidentitaire » à l’enfant-machine

Voici un entretien avec Fabien Ollier, à propos de son livre L’Homme artefact.
Indistinction des sexes et fabrique des enfants (Éditions QS ?),
précédé de rappels et considérations sur le sujet. 

Depuis la parution de notre Manifeste des Chimpanzés du futur contre le transhumanisme, en septembre 2017 (Éditions Service compris), nous voyons des volées d’ouvrages tournant dans l’air du temps, autour du même sujet, s’abattre sur les tables des librairies. Peut-être avons-nous mis à jour un puzzle de faits et d’explications qui, une fois assemblés, saute aux yeux avec la force de l’évidence et de la surprise, contraignant dès lors ceux qui l’ont vu à y penser et à en parler. Et il en sera ainsi tant que l’humain, le vivant politique dans son milieu vivant, sera une cause disputée, et non un produit de laboratoire commandé sur Amazon et livré par drone.

Parmi les pièces de ce puzzle en cours depuis vingt ans, on peut citer en vrac et de manière non exhaustive : les concepts de machination et d’auto-machination (homme-machine, monde-machine, etc.) ; le lien établi entre volonté de puissance et développement des moyens/machines (mekhané) de cette puissance ; la filiation reliant la technologie (moyens de production) à la technocratie (en tant que classe détentrice effective de ces moyens) et la technocratie au transhumanisme ; le « multiculturalisme » et le transhumanisme comme idéologies dominantes – et convergentes – de la technocratie dirigeante. Au même titre que son art, « l’art contemporain », est l’art officiel de notre époque. La reproduction artificielle de l’humain et la convergence, objective et subjective, entre transhumanistes et transidentitaires (alias queer).

Parmi la volée de livres évoquée plus haut, il en est de mauvais et d’autres. Sans parler des livres transhumanistes, consacrés à la défense et illustration de « l’homme augmenté », nous avons vu passer des ouvrages platement opportunistes, d’auteurs et d’éditeurs désireux de figurer sur ce marché, et dans ce débat ouvert par l’intrigante audience du Manifeste ; quitte à en paraphraser les références et les idées. Il aurait fallu recenser ces livres au fur et à mesure, engager la discussion avec leurs auteurs, etc. Faute de temps, nous avons préféré creuser notre propre enquête (1), et participer à la contestation populaire des villes-machines (smart city) avec le mouvement anti-Linky. (suite…)

PMO, « Ellul & Charbonneau contre la fabrication de l’homme-machine »

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Pièces et main-d’œuvre

Ellul & Charbonneau contre la fabrication de l’homme-machine

(Repris du site de PMO)

Voici un article de Bernard Charbonneau (1910-1996), Vers un meilleur des mondes, publié en 1984 dans Combat nature, et un extrait de Ce que je crois, de Jacques Ellul (1912-1994), publié en 1987 chez Grasset (à lire ci après). Deux textes contre la fabrication de l’homme-machine (FIV, PMA, GPA, eugénisme et manipulations génétiques), que nous republions à l’occasion du vote de la nouvelle loi de « bioéthique », étendant à toutes les femmes, fécondes ou non, seules ou en couples, l’accès aux technologies de production infantile.

Merci à qui nous les a passés et à qui les fera passer à son tour.

 

Ces textes, nous ne les connaissions pas quand nous avons publié dans La Décroissance, en octobre 2019, notre Appel contre l’eugénisme et l’anthropocide[1]. Ni en septembre, Alertez les bébés ! Objections aux progrès de l’eugénisme et de l’artificialisation de l’espèce humaine[2]. Ni les multiples enquêtes consacrées depuis deux décennies à la machination de l’homme, notamment dans le domaine de la production infantile.

Certains nous ont reproché, comme d’habitude, de parler trop tôt, ou trop tard, trop fort, trop clair, trop compliqué – enfin trop. Nous avons découvert avec surprise et plaisir qu’Ellul & Charbonneau employaient déjà nos mots, et sans plus les mâcher que nous : « fabrication de l’homme par l’homme », « bombe génétique », « eugénisme scientifique », « homme-machine », « ensemble de pièces détachées », « mécanique composée de multiples rouages que l’on peut séparer, reporter, recomposer autrement… », etc.

Non que nous soyons sensibles à l’argument d’autorité, mais nous préférons avoir raison avec Ellul & Charbonneau que tort avec tout le monde. Et les critiques qu’ils adressent sur le vif au biologiste Jacques Testart, « inventeur » de la fécondation in vitro (FIV), restent les nôtres :

« D’ailleurs, Le Monde nous apprend que le « père » d’Amandine, le premier bébé éprouvette, a commencé sa carrière à l’INRA avant de passer à l’INSERM. On nous apprend que cet éminent inséminateur « supporte mal le monde médical, son appétit du gain », c’est pourquoi « il veut gagner un peu plus que son salaire, il a obtenu l’autorisation de vendre ses services à l’hôpital américain de Neuilly » (Cf. Le Monde 12-13 février 1984).[3] »

(suite…)

PMO, « Alertez les bébés ! »

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Alertez les bébés !

Objections aux progrès de l’eugénisme et de l’artificialisation de l’espèce humaine

 

 

Ce mois d’octobre 2019 verra donc l’enregistrement légal par le parlement français – sauf chute d’une comète sur le Palais Bourbon – d’un coup de force élargissant à toutes les femmes, fertiles ou stériles, seules ou en couple (ou en « trouple », ou en troupe, etc.), l’accès à la fécondation in labo, prise en charge par une équipe médicale et par la sécurité sociale.
Ce succès, dû à une convergence de mouvements, ne s’arrêtera pas là.
Nous qui ne sommes ni croyants, ni catholiques, ni de droite (ce qui n’aurait rien d’infâmant), mais de simples chimpanzés du futur, athées, libres penseurs, anti-sexistes, écologistes radicaux, luddites, etc. – comme la plupart de nos lecteurs – exposons à cette occasion les raisons de notre opposition, à toute reproduction et modification artificielles de l’humain.

Que ce soit pour les homos ou les hétéros, seuls ou en couples, avec ou sans père. C’est clair ?

Et pour que ce soit encore plus clair, nous le faisons avec des femmes, des féministes et des lesbiennes. Celles du Feminist International Network of Resistance to Reproductive and Genetic Engineering, par exemple, qui, dès les années 1980, combattait les « technologies déshumanisantes » et le génie génétique et reproductif, « produit de développements scientifiques qui considèrent le monde comme une machine. »

L’insémination artificielle des femmes – artisanale ou médicale – pratiquée depuis le XIXe siècle, préservait encore le hasard de l’engendrement. A l’inverse, avec la fécondation hors corps et le tripatouillage de gamètes dans une boîte de Petri, la reproduction biologique devient une production artificielle, dont le vivant est la matière première.
Depuis les années 1970, les médecins ont de leur propre chef appliqué ces procédés aux femmes stériles puis aux fertiles. Ils trient les gamètes, sélectionnent les embryons. Déjà, ils modifient les génomes à l’aide des « ciseaux génétiques » CRISPR-Cas 9. En clair, ils élaborent des hommes « augmentés » (transhumains, posthumains, etc.), ayant bénéficié de leurs traitements ; et donc des sous-hommes, des « chimpanzés du futur », ceux dont les parents auront refusé ces traitements ou n’y auront pas eu accès. Retour de l’« hygiène de la race » et de l’eugénisme décomplexé. Et vous, aurez-vous des enfants ? « Augmentés » ou ordinaires ? Posthumains ou chimpanzés ? Par les voies naturelles ou artificielles ?

La loi de bioéthique votée en 1994, autant violée par les médecins, qui repoussent toujours plus les limites de leurs prouesses, que par les « parents d’intention », adeptes du « tourisme procréatif » afin de contraindre l’Etat à ratifier leurs transgressions, en est à sa troisième révision. En attendant que la quatrième ou cinquième révision de cette loi bio-élastique n’étende également l’accès à la reproduction artificielle aux couples d’hommes et aux hommes seuls.

Nous protestons donc, en tant qu’humains ordinaires, membres de l’immense majorité de l’espèce, dotés depuis nos origines de facultés de reproduction naturelles (libres, sexuées, gratuites – et parfois défaillantes), contre l’instauration de ces procédures artificielles (technico-marchandes), et contre la destruction et l’appropriation de nos droits reproductifs, aux mains des biocrates. Nous protestons contre notre stérilisation technologique et sociale au profit de l’espèce supérieure des inhumains génétiquement modifiés.

Nous sommes nos corps. Nous, humains ordinaires, animaux politiques et chimpanzés du futur. Nous voici donc en état de légitime défense. Sommés d’agir ou disparaître.

Que si nous disparaissons, la victoire des plus aptes se révélera sans avenir. Le contrat techno-social est un marché de dupe. Croyant s’affranchir, l’homme-machine s’asservit. Croyant dominer, il obéit. Quand on utilise les moyens technologiques, on donne le pouvoir aux technocrates. Quand on utilise les moyens biotechnologiques, on donne le pouvoir aux biocrates. Quand on se repose de soi et de tout sur la Mère-Machine, on donne le pouvoir à la Mère-Machine.

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Sommaire : 1- L’hypocrisie sélectionniste. 2- Extension de l’eugénisme. 3- De l’enfant artificiel à l’espèce artificielle. 4- La fabrication plutôt que la naissance. 5- Droiche-gaute : le faux clivage qui masque les vrais. 6- Découvrons le complot hétéro. 7- La reproduction sans homme, une augmentation transhumaniste. 8- Eliminer l’humain pour éliminer l’erreur. 9- Le fait accompli comme contrat social : le droit du plus fort. 10- La liberté de disposer d’un corps obsolète. 11- Au-delà des limites : transformation du désir en droit (mon désir sera ta loi). 12-Mère-Machine s’occupera de tout (maternage et infantilisme technologiques).
Glossaire : Novlangue de la reproduction artificielle.

(Si certains passages vous donnent une impression de déjà-lu, c’est normal. Ceci est une version réduite, augmentée, revue, corrigée et mise à jour de Reproduction artificielle « pour toutes » : le stade infantile du transhumanisme, publié en juin 2018.)

Pour lire le texte intégral, ouvrir la Version imprimable d’Alertez les bébés

 

Mardi 24 septembre 2019 par Pièces et main d’œuvre

 

PMO : « Reproduction artificielle « pour toutes » : le stade infantile du transhumanisme »

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Pièces et main d’œuvre

Reproduction artificielle « pour toutes » :
le stade infantile du transhumanisme

 

Texte paru sur le site de Pièces et main d’œuvre le 17 juin 2018 

 

« Nous sommes partisans d’accorder aux individus une large marge de manœuvre dans le choix des modalités liées à leur épanouissement personnel. Cela inclut l’usage de techniques qui peuvent être développées pour assister la mémoire, la concentration, et l’énergie mentale ; les thérapies permettant l’extension de la vie ; le choix des techniques de reproduction ; les procédures de cryoconservation ; ainsi que toute autre forme possible de modification et d’amélioration technologiques de l’être humain[1]. »

Humanity +, association mondiale transhumaniste

 

« La femme a joué de tout temps un rôle très important dans la survie de l’espèce humaine.
Tout homme, sans elle, serait un orphelin. »

Alexandre Vialatte

 

 

En 2013, un gouvernement socialiste en quête de diversion sociétale et de soutien à gauche légalise le mariage homosexuel, réservant l’ouverture de la PMA aux lesbiennes et aux femmes seules, comme une poire pour la soif, pour une future nécessité. Vif scandale des métropolitains, des journalistes, des militants LGBT et des milieux culturels et intellectuels postmodernes – des gens, aussitôt démonisés, osent s’interroger ou penser autrement ! « Réactionnaires », « homophobes », « droitistes-voire-pire », « France profonde » (ploucs), « catholiques ». Un déchaînement de bien-pensance et de morgue outragées qui en dit plus long sur ses auteurs – sur ce qu’est devenue « la gauche », son idéologie, son personnel – que sur la masse de leurs cibles.

Nous, Chimpanzés du futur, esprits critiques et libres-penseurs, nous sommes saisis de ce symptôme pour continuer notre enquête démarrée en 2003 sur l’avènement de l’homme-machine, cette fois sous l’angle de sa reproduction artificielle. En rédigeant La reproduction artificielle de l’humain avec Alexis Escudero en 2014, nous sommes, à notre habitude, remontés du symptôme d’actualité à la cause et à la racine profondes : la machination et la marchandisation de la procréation pour les homos comme pour les hétéros. Comme nous avons saisi le téléphone portable, la puce RFID, le capteur Linky pour critiquer la société connectée. Ou Minatec, les nanotechnologies, la biologie de synthèse, etc., pour critiquer ce qu’un ouvrage collectif avait nommé La tyrannie technologique[2], et plus justement pour notre part : le techno-totalitarisme[3]. Et pardon pour ce long train de syllabes, ponctué de « t ».

 

Incapables de l’emporter sur le fond, par l’argument, les hurleurs de la bonne société et de la bonne pensée ont glapi à l’homophobie. Ces rigoureux logiciens ont confondu conséquence et corrélation. Facile, puisque nous parlions à l’occasion du débat sur le mariage homosexuel et sur la reproduction artificielle de l’humain, remis soudain à l’ordre du jour.

L’intimidation verbale et intellectuelle, le chantage à l’homophobie, visait, et vise toujours, à faire taire et à réduire les doutes au silence ; à interdire que la question soit posée : acquiesçons-nous aux progrès de l’artificialisation et à la prise en main de l’évolution par les mécanocrates ? Où ces progrès conduisent-ils l’espèce humaine ?

D’aucuns nous ont alors reproché de parler si tard, les sieurs Testart et Frydman ayant produit depuis des décennies leur premier bébé-éprouvette. C’était bien la preuve de notre homophobie. D’autres nous reprochent aujourd’hui, d’avoir parlé trop vif, avec toute la sage pondération que leur donnent quatre ans de réflexion.

Les inspecteurs des travaux finis et les inquisiteurs queer ont au moins un point commun : les uns comme les autres nous reprochent d’avoir parlé. (Trop tard, trop vite, etc.)

Nous allons donc continuer, ne serait-ce que pour notre santé mentale et le repos de notre conscience. Si nous sommes réduits à la simple expression, au moins devons-nous exercer cette dernière liberté afin qu’elle ne tombe pas tout à fait en déchéance. (suite…)

PMO, « La vie dans les restes »

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La vie dans les restes

(Publié sur le site de Pièces et main-d’œuvre)

 

En tant que linguiste elle avait été en mesure de traduire ce terme dès la première fois. Mekkis : le mot hittite pour désigner la puissance ; il était passé dans le sanscrit, puis dans le grec, dans le latin et enfin dans le langage moderne sous la forme de mots comme machine et mécanique. C’était là le lieu qui lui était refusé ; elle ne pouvait y entrer comme les autres.

Philip K. Dick, A Maze of Death

Un ami nous écrit : « Face aux désastres en cours, vous évoquez à la fin de votre Manifeste des chimpanzés du futur[1],l’audience accrue des mouvements écologistes qui « n’est pas forcément bon signe. Il n’y a pas de fumée sans feu ». Celle-ci, « toujours plus épaisse depuis 1972, émane de la terre brûlée par les industriels, elle signale l’incendie mais en aucun cas ne l’éteint. Elle n’est pas le déluge salvateur ».

Quel serait, selon vous, ce déluge qui sauve ? Comment mieux enquêter, révéler les objectifs, dénoncer les collusions ? Comment encourager l’esprit et les perspectives critiques ? Quelles actions mener ? »

Tout d’abord, que reste-t-il à sauver ? L’empire de la destruction n’a cessé de s’étendre depuis le néolithique [2], fortifiant sans cesse les bases scientifiques et matérielles (industrielles), de sa puissance pour se lancer à l’aube du XIXesiècle dans une offensive générale (finale ?), contre le vivant. Ce que depuis Chaptal, le chimiste et entrepreneur, ministre de Napoléon Ier, on a nommé par analogie « la révolution industrielle », alors qu’il s’agissait d’une accélération verticale, ininterrompue et peut-être exponentielle, débutée au Moyen Âge, et même avant [3]. Depuis ce moment, tous les indicateurs statistiques (économiques, démographiques, croissance, production, consommation, circulation, communications, pollutions, destructions…) ont le graphisme d’un tir de missile filant toujours plus vite au zénith. Beaucoup s’en réjouissent et nomment cela, le progrès.

Une bonne part de l’activité scientifique consiste désormais à établir l’inventaire de ces destructions et de leurs autopsies, et à tenir le registre de celles en cours. Nous aurons ainsi la satisfaction de savoir que notre propre disparition relève en grande partie du suicide ; et ce suicide de l’instinct de mort, théorisé par Freud [4]. C’est-à-dire d’une volonté puérile de toute-puissance qui finit par se tourner contre elle-même, tant la puissance croissante des moyens acquis excède la sagesse de leurs détenteurs.

La sagesse n’est ni quantifiable, ni accumulable et n’est donc pas augmentable. Nul contemporain ne peut s’imaginer plus sage qu’Épicure et Lucrèce qui vivaient à l’âge des techniques artisanales, que ce soit en matière d’équipement guerrier ou productif. Et leur sagesse, déjà, était vaine face à la puissance des moyens/aux moyens de la puissance — les deux peuvent se dire et sont réversibles. On peut dire aussi, face aux fous de la puissance et à la puissance des fous.

La connaissance, au contraire, est quantifiable, accumulable et donc augmentable. Nul contemporain disposant des moyens technologiques d’aujourd’hui ne peut s’estimer moins puissant qu’un roi de l’antiquité. Mais toute la sagesse de celui qui dispose déjà de la puissance nucléaire, électrique, informatique, biotechnologique, etc., est de vouloir encore plus de puissance et de moyens (de « progrès ») ; tous les moyens ; les moyens de Tout ; la Toute-puissance. (suite…)

Conférence des Chimpanzés du futur

 

Pièces et main-d’œuvre, le 13 octobre 2017 à la librairie Tropiques, à Paris

Pièces et main-d’œuvre : « M. Picq fait de la prospective »

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Pièces et main-d’œuvre

M. Picq fait de la prospective

Qui va prendre le pouvoir ? Les grands singes, les hommes politiques ou les robots, Pascal Picq (Odile Jacob, 2017. 336 p, 22,90 €)

Pardon lecteur, si l’on saute aux conclusions sous l’aiguillon de la rogne, du temps et de l’argent perdus (outre ce compte rendu), mais c’est qu’en effet, on a lu le tas de mots de Pascal Picq.

Éthologue et paléoanthropologue, maître de conférences au Collège de France, Pascal Picq fait partie de ces vieux mâles plastronnant dans leur territoire académique, tel Michel Serres, Axel Kahn & Jean-Didier Vincent, que leur expertise réelle ou postiche dans leur mince champ de recherche autorise à pérorer avec plus d’aplomb que le commun des penseurs et des plombiers sur les affaires du monde. Simplement les médias et les maisons d’édition servent de café du commerce à leurs incontinences idéologiques, ressassements pontifiants et patauds, prêches et sermons aux fins d’édification des « gens », variations sur un thème rabâché : la situation paraît grave, elle pourrait devenir pire, voire catastrophique, à moins que l’on ne suive les opinions et prescriptions du « vieux sage » – du sachant – qui coïncident par hasard avec la ligne éditoriale du média qui les publie, laquelle ondule et rampe au gré des intérêts et volontés des décideurs, propriétaires à titre privé (groupe Le Monde) ou publique (groupe Radio France) de ces mêmes médias.

Chaque média dispose ainsi d’un pool, d’une play-list de personnalités « ressources », « de référence », pseudo-indépendantes, comme les marionnettes d’un ventriloque, à qui est réservée la formulation des « vraies questions » et des « vraies réponses » à ses questions, à l’exclusion des « phantasmes », « obscurantistes », « irrationnels » des « ennemis du progrès ». Questions et réponses que les « gens » se répètent ensuite d’un air informé. Et en effet, ils le sont. Au sens où le mot d’information vient du métier de potier qui forme la pâte au moule. L’opinion, ça se pétrit. Ainsi se forment et se diffusent les psittacismes de la technocratie dominante dont Pascal Picq se fait ici le bêtifiant porte-parole. Aux poncifs de l’idéologie dont l’efficacité repose sur la répétition perpétuelle et démultipliée, il est difficile de répondre autrement que par ceux de la critique, sinon par le silence de la lassitude qui laisse le dernier mot aux boîtes à bruit. Faisons donc un exemple en passant M. Picq par les armes de la critique ; n’ayez crainte, c’est un livreur prolixe et qui en fera d’autres. (suite…)

Marius Blouin, « Ce que signifie “avoir les moyens” (au-delà du capitalisme – et pire encore) »

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Marius Blouin

Ce que signifie « avoir les moyens » (au-delà du capitalisme – et pire encore)

Texte publié le 3 mars 2017 sur le site de Pièces et main-d’œuvre

Suivant les idées reçues de Marx et d’Ellul, et pieusement répétées par leurs disciples, les systèmes capitaliste et technicien partageraient un trait commun ; ce seraient tous deux des systèmes automates. Autonomes, c’est-à-dire, ne recevant leur loi, nomos, que d’eux-mêmes. Des « processus sans sujet », uniquement mus par la « force des choses », sans autre but que leur reproduction, leur « auto-accroissement » perpétuel (toujours plus de capital, toujours plus concentré ; toujours plus de technologie, toujours plus expansive). Bref des moyens sans maître et sans autre fin que leur auto-reproduction en perpétuel emballement.

Quant aux capitalistes et aux techniciens, ils ne seraient que les « fonctionnaires » asservis du capital ou de la technique, des instruments impersonnels et interchangeables, non moins soumis à leurs lois que les exécutants de base, et donc irresponsables de leur expansion universelle.

Or ces idées qui prennent l’apparence pour la réalité succombent à l’examen. Les capitalistes ne sont pas réductibles aux « fonctionnaires du Capital », ni à des financiers fous ou à des accapareurs pathologiques. Ce sont des passionnés de puissance qui accumulent les moyens de la puissance dans la société de leur temps : les vaches, la terre, les armes, l’argent, les machines. Que ces moyens changent, ils changent de moyens.

Le système technicien qui est le double entrelacé du capital industriel depuis 200 ans, n’est pas plus « automate », ni « autonome » que lui. Il n’y a pas de « force des choses », sauf à sombrer dans la pensée magique et l’anthropomorphisme, (les objets se « cachent », ils ont de la « malice », etc.) et à s’imaginer que les jouets s’éveillent la nuit pour vivre leur vie secrète.

Il faut distinguer entre la logique intrinsèque et virtuelle de « l’art de faire », du « savoir-faire » – la tekhnê – la mékhaniké teckhnê par exemple, l’art de faire une machine, et son actuel développement par certains hommes. La logique virtuelle « des choses », leur rationalité, présente bien l’aspect automate du système technicien, du capitalisme technologique (et de leur emballement conjoint), mais cette logique virtuelle, cet automatisme, ne peut rien par lui-même, tant qu’il n’est pas actualisé et activé par des hommes qui « ont les moyens », qui « veulent des moyens », qui « se donnent les moyens », etc. Et ils le font, au niveau platement empirique et historique, contre la volonté d’autres hommes, et contre d’autres rationalités, d’autres « logiques des choses », qui perdent en général. (suite…)